PPJ – Páula, Povoa & Jerge / Trindade
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8.2 Note de l'auteur
8.2

PPJ - Páula, Povoa & Jerge - TrindadeOn s’était juré ne plus écrire de chroniques sur la sortie d’un EP, mais ça, c’était avant de tomber sur PPJ ! Páula, Povoa & Jerge, on les a découverts au détour d’un remix pour Tristesse Contemporaine, celui de Rude!. Le groupe de Mike Giffts sait bien s’entourer, car le temps d’un remix, phase obligatoire traitée de manière trop convenue par des artistes électro, PPJ  (à prononcer « pépéjota ») faisait valdinguer les convenances en ajoutant la voix de sa chanteuse brésilienne dessus. Le remix transcendait presque l’honnête original, et on avait cette impression de retrouver ces groupes hybrides mi-club mi-trip hop comme Crazy P à l’époque. Puis on a cru entendre le brin de voix de Páula sur le dernier album de ZimmerAmour. On ne pouvait passer à côté de Trindade, dernier EP – nous parions – avant leur premier album.

Mini-album, Trindade se déguste piste après piste comme un sac de bonbons. Cajuína, avec son rythme anormalement ralenti, n’est peut-être pas l’entrée la plus goûteuse pour un non-initié, mais l’introduction démontre qu’il y a toujours quelque chose à prendre chez PPJ. On pense au pont de milieu de plage en lévitation, ou encore aux guitares électriques lointaines en fin de piste, rappelant que le groupe va autant piocher ses références chez New Order ou Erasure que des DJ 00’s depuis trop longtemps oubliés au fond d’une playlist. Dans un univers électro français tendant trop souvent vers une monotonie de commodité, il y a toujours au moins un élément original ou dissonant chez PPJ. Ce n’est jamais posé là pour impressionner, mais c’est toujours surprenant. Cela se traduit dans Forró par une sorte d’accordéon, ou une sympathique harmonica chez Bora. Le spoken word de Paula s’étalant dessus achève de rendre la chose belle. L’électro occidental tombe souvent dans le piège de la nostalgie ou de la morosité. Or ici, c’est un sentiment de fraîcheur vraie qui se déploie, naturelle et non factice, car non appuyé par PPJ. La piste nous replonge dans des morceaux de souvenirs ensoleillés, bribes de juvénilité qui seront assurément reconduits dans un futur proche.

Exaltants mais légers, les morceaux de PPJ semblent atteindre par moments une profondeur insoupçonnée. Le fait que ce groupe chante (quasi) exclusivement dans un portugais brésilien des plus charmants, amène une étrangeté déconcertante. Sur Cachoeira, la voix de la chanteuse lusophone agît comme une brume, une sorte de fumée enveloppante tout aussi accueillante que mystérieuse. L’EP est un coffret empli de mignonnerie, coloré à l’image du trio. Fourrant ces musiques de multiples motifs et gimmicks sonores (les chœurs, le jeu de basses, les instruments exotiques), tantôt discrets, tantôt plus manifestes, le groupe normand se rend insaisissable. Les basses de Trinity renvoient tout autant à l’électro hip-hop de la fin des années 80 qu’aux rythmiques baile funk ou funk ostentação contemporaines. Dans un tout autre genre, leur inventivité rappellera les premières heures de la PC music, les premiers albums respectifs de Yelle ou d’Uffie. Mais aussi ces années où l’on matait les clips d’Alizée, des esquimaux à la main et la GameBoy à côté. L’bon temps, qu’on vous dit ! PPJ nous aide à le retrouver tout en nous en faisant une promesse de futur proche, festif.

En deux ans d’existence, PPJ est capable de balancer un hymne club à l’effet dévastateur. C’était Não Sei sur le premier EP Primavera, maintenant ce sera le destructeur Dar Um. Morceau d’eurodance survitaminé, il rappellera aussi bien la house de Tonka – qui, dans les années 2000, utilisait plein de sonorités venues des 80’s – que les productions deep de MK (Mark Kinchen), notamment si l’on est attentif aux contours de sa version longue. Le travail sur ce qui s’apparente être des chœurs lointains et plein d’azure est incroyable. Un peu avant sur Policía da festa, le grain de voix du refrain rappellera à certains celui de chanteuses hispanophones comme María García pour Paradisio. Le groupe est aussi bien capable de changer d’ambiances à l’intérieur même d’une piste. À y réfléchir, ce n’est pas étonnant que le groupe ait signé sur le label de Jacques, phénomène d’hybridité électro à lui seul, passé de débuts électro ultra-pointus à un album de variété française « à la Philippe Katerine« . On insiste, mais à la première écoute de leur Dar Um, on aurait gagé que le morceau vienne d’un producteur solitaire et dont les performances live se limiteraient à se cacher derrière les platines. Et qu’il se réduirait à produire ce genre de morceaux clubs par facilité. Or non, PPJ est d’abord un groupe touche-à-tout dont la raison d’être se joue aussi sur scène, allant à l’encontre du pilotage automatique de nombreux artistes de ce même milieu. C’est cette aptitude enfantine à vouloir goûter à tout, à être ouvert à tout, qui est à souligner. C’est peu dire qu’on attend le premier album de ces joyeux drilles. Et c’est un euphémisme…

Tracklist
01. Cajuína
02. Bora
03. Forró
04. Trinity
05. Policía da festa
06. Dar Um
07. Cachoeira
08. Dar Um (Extended Club Edit)
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