On ne va pas faire le coup à chaque fois dès que la température dépasse les trente degrés mais ce Bricolage de ProleteR est EXACTEMENT ce qu’on a envie d’écouter quand il fait chaud et que l’été nous consume à petit feu. Le nouvel album (présenté comme un EP même s’il s’étale sur 7 titres) de Benjamin Roca aka ProleteR est un bonheur pour les oreilles, mélange de beatmaking savant et de décontraction sans âge qui oscille entre électro lounge et une ambiance années 30 jazz et swing qui vous propulse instantanément dans un univers (à l’américaine) de bars louches, de chanteuses sensuelles en robe de satin rouge, de salles enfumées et de voitures à traction. Il prolonge les qualités du précédent disque, Temperamental Cats, agile et souple comme un arc.
The Things of the Past annonce la couleur d’emblée par son titre et son côté voyage dans le temps. Le dépaysement est immédiat et servi par cette patine incroyable du son, qui craque et ondule comme une aiguille danserait sur un vieux vinyle. Tout y est : les choeurs soul, le sample de vieux film de gangsters. On pense aux excellents morceaux de Smokey Joe and The Kid qui naviguent assez exactement dans les mêmes eaux, à cette élégance naturelle et presque “facile” tant elle dégage de fluidité et de souplesse. Le deuxième morceau reçoit le renfort des strasbourgeois de Lyre Le Temps qui viennent amener une touche sud-américaine au cocktail. Le chant est nasal, pas forcément ce qu’on préfère, mais il y a une clarinette (?) à la Moondog qui opère superbement à l’arrière-plan et vole la vedette à tout le monde qui nous plaît. Le disque est bref (moins de 20 minutes) mais c’est une bénédiction, concise, divine, efficace. On va au bal sur Last Night In Heaven pour danser avec la fille de nos rêves. Ca valse, ca swingue et on est comme sur un petit nuage, droit sorti du Last Night In Soho d’Edgar Wright, l’un de nos films préférés de ces dernières années. ProleteR rend à la perfection cette époque, cette ambiance. Il le fait avec précision et avec des moyens contemporains ce qui évite l’écueil toujours douloureux de la musique rétro ou strictement conservatrice. Les beats amènent une dynamique tout à fait spécifique, comme si on ajoutait des paillettes au songe et à la réminiscence. Il va de soi qu’on a jamais connu cette époque ni même cette ambiance des clubs de jazz. Mais on s’y croit sur ce Keep It Short qui ressemble à la consigne criée par le taulier du bouge à l’orchestre qui finit par se prendre pour ce qu’il n’est pas. “Faites court” les gars. Ne vous prenez pas pour des artistes. Ce qui fait le charme de cette époque, c’est sûrement en partie ce côté artisanal, cette spontanéité qui ne vise pas à graver les thèmes et les mélodies pour l’éternité mais simplement à jouer pour gagner sa croûte du soir, faire le job et inviter les gens à s’ébrouer. On peut faire le rapprochement avec le travail du DJ et le statut qu’est en train de prendre ProleteR en tant que DJ dans le petit univers des musiques électroniques nocturnes.
After Eight a une allure plus sudiste que les autres morceaux, comme si le centre de gravité se déplaçait soudain vers Memphis et les orchestres du delta. C’est plus black, plus brut, plus sauvage. Il y a un petit orgue/xylophone qui travaille bien et un usage des voix séquencées et des samples qui enchante. Le disque se termine évidemment par une sorte de bluette revisitée, I Keep Wondering, qui, comme dans une publicité, fait en sorte que le charme ne se dissipe pas trop tôt. Humphrey Bogart est devant nous, l’imper à peine sorti de la machine à laver. Il y a une femme fatale planquée dans le tiroir de la commode qui monte à nos côtés pour une virée nocturne dans les rues d’un Los Angeles interlope. C’est beau le rêve et ça s’écoute aussi. Bricolage est un joli voyage. On ne sait pas si son titre renvoie à une composition qui serait plus expéditive que d’ordinaire mais le résultat ne porte pas si bien son nom, tant le tout est bien ficelé, naturel mais impeccable arrangé.
Bricolage est un parfait disque de saison. Ce n’est aucunement péjoratif, bien au contraire. On adore cette sensation d’avoir sous la main une bande-son pour nous accompagner sur trois ou quatre mois, une bande-son qui ramènera à notre bon souvenir pendant les années qui suivront cette séquence de notre vie où on cheminait main dans la main.
Tracklist :
01. The Things of The Past
02. Do It
03. Last Night In Heaven
04. Keep It Short
05. Pacotille
06. After Eight
07. I Keep Wondering
Liens :
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