Ray Borneo / Glitters & Bits
[Petrol Chips]

8.9 Note de l'auteur
8.9

Ray Borneo - Glitters & BitsNe cherchez pas ou plus l’album électro de l’été : il est français et signé Ray Borneo pour Petrol Chips. On attendait que le taulier du label mette en ligne sur bandcamp la totalité du disque pour crier notre enthousiasme, qui se gonflait comme un bouton de rose printanier au fil des titres révélés. Mais cette fois, c’est bien sûr : Glitters & Bits est l’album électro dont on rêvait pour danser et oublier la merde ambiante cet été, le disque qu’il faut emmener à la plage, pas pour l’y écouter, mais pour planer dans la fraîcheur du soir, ou celle du matin après s’être mis la tête à l’envers, avoir passé la nuit à baiser, à lire ou à danser. Glitters & Bits est un disque d’électro comme on l’aime, accessible, pétillant, mélodique, pas prétentieux pour deux sous et qui oscille entre développements baléariques magnifiques (Heating Sand) et composition funky chip à l’image du brillantissime Dots, Glitters & Bits.

Il y a un petit côté rétro chez Ray Borneo qui est bien présent ici, une sorte de virtuosité numérique qui rappelle les meilleurs plages de Console mais aussi une sorte de rudesse, de naturalisme et d’absence de sophistication dans le son qui le détache de la french touch acidulée et easy et rappelle plutôt les meilleures plages immédiates et sauvages d’un DJ Mehdi. Le disque est assez ramassé avec sept morceaux seulement et des plages de 3 ou 4 minutes. Les propositions sont peu bavardes, redoutablement efficaces mais suffisamment développées pour que le compositeur ait le temps de construire un vrai discours et d’installer une ambiance ou un univers sonore imagé. C’est le cas sur un Slow Burning qui suggère une déambulation nocturne, un transit, en voiture peut-être, le long d’une corniche, avec la mer, la nuit et la mort au loin. Dots, Glitters & Bits renvoie d’abord à un univers synthétique et digital un peu froid que vient animer une belle boucle centrale divinement répétitive et funky. On pense à l’électro pop déviante et mal polie de Riton pour Grand Central, il y a une petite éternité. L’électro de Ray Borneo a un petit côté boucanier, mal propre qui joue des déséquilibres et d’un refus d’aller pêcher le son putassier qui ferait basculer le morceau dans la facilité. On adore la détermination d’un Splashes of Disco, qui répand l’envie de danser sur les murs de la paillote avec autant de maestria que s’il planquait un corps sous le sable. Notre morceau préféré est probablement Blew Up qui fait écho aux ritournelles électro punk d’un Jacno. La pièce est assez fantastique, se développe aussi rapidement qu’elle finira pas s’éteindre et se déverser dans un double plus rapide et plus sombre, Constant Blow.

Il pèse une forme de tristesse d’afterparty sur l’enfantin Peculiar Armada et son piano-jouet que l’artiste donne le sentiment sur le final d’aller noyer avec le sourire dans la mer. Le final Heating Sand est ample et glorieux comme une démo de Scratch Massive qui n’aurait pas passé le cut, pulsation adolescente qui se refuse à exploser et noie son désir dans une conque.

Qu’on l’utilise pour danser ou faire ce qu’on veut, Glitters & Bits fait nettement mieux que Modules, l’un des précédents albums de Borneo. Il est plus vivant, incarné et suggestif. C’est un album qui contient et invente un petit monde habité où l’on pourra sans crainte retirer ses chaussettes et s’abandonner à une rêverie désordonnée et pleine d’ambitions à décevoir.

Tracklist :
01. Slow Burning
02. Dots, Glitters & Bits
03. Splashes of Disco
04. Blew Up
05. Constant Blow
06. Peculiar Armada
07. Heating Sand

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