Robert Gordon & Link Wray / Rumble: Their First European Tour 1978
[Musik Laden / Radio Bremen]

9.6 Note de l'auteur
9.6

Robert Gordon & Link Wray - Rumble : Their First European Tour 1978Perdre son temps à chroniquer un disque rockab et live de 1978 capté aux Pays-Bas alors qu’il y a dix bons disques qui sortent chaque semaine en ce début 2026 est probablement une aberration. Mais pas tant que ça lorsque vous aurez écouté ce Rumble : Their First European Tour 1978 signé des duettistes Robert Gordon et Link Wray. Le menu est roboratif (40 morceaux répartis en 3 disques avec une partie en DVD) et on pourrait passer un mois ou deux, voire une année entière à écouter cette performance sans se lasser ou se fatiguer, tant tout ce qu’on peut aimer dans le rock est présent ici. Pour ceux qui débarquent (et pour sûr, personne ne connaît plus ces types aujourd’hui), Robert Gordon est un chanteur américain né en 1947 et mort il y a deux ans seulement. La particularité du garçon est qu’il a commencé à chanter à l’âge de quinze ans, en imitant (assez bien) Elvis Presley, avant de se marier, de faire des gamins et de vendre des fringues (il avait une boutique de vêtements). Bouleversé par la mort de son fils, Gordon finit par divorcer et se remet à la musique à l’approche de ses trente ans. Il débarque à New York au début des années 70 et démarre dans un registre punk avec les Tuff Darts, groupe qu’il quittera malheureusement avant l’enregistrement de leur premier album. Gordon est non seulement très très beau, mais il a un look d’enfer et la voix à l’avenant. Ce qu’on vérifiera en zieutant l’une des rares vidéos où on le voit sur scène avec ce premier groupe.

Gordon rame un peu pour se démarquer dans un New York de l’époque qui digère le punk, poursuit en même temps une sorte de revival rockab et se tournera ensuite bien vite vers la vague disco. En 1978, il s’allie à Link Wray pour tenter de lancer véritablement sa carrière. Leur alliance ne dure même pas deux ans mais marquera les esprits et constituera jusqu’à aujourd’hui (quasiment 50 ans après) l’une des rencontres les plus spectaculaires entre les deux ou trois inframondes du rock US. Link Wray est un guitariste d’origine indienne (amérindienne), sauvage et azimuté qui démarre sa carrière au milieu des années 50 (il est né en 1929) et signe en 1958 avec Rumble (doublement présent sur le disque) un single instrumental de légende qui comporte (supposément) le premier effet larsen de l’histoire. Avec son usage des “accords de puissance” (power chords), Link Wray l’indien pose les bases du son de guitare punk et rock moderne : pauvre en harmonique mais qui associé à une distorsion produit un effet maousse à la portée de toutes les bourses ! La puissance de feu de Link Wray est une merveille et n’attend évidemment pas son alliance avec Robert Gordon pour prospérer. Rumble avait été banni des ondes (premier instrumental bénéficiant d’une telle mesure) au motif qu’il encouragerait la délinquance. Les ligues de vertu avaient sûrement raison pour cette fois. Chaque disque de Link Wray agit sur vous comme un bâton de dynamite. Ses solos sont dévastateurs et font passer Jimi Hendrix pour un débutant (on exagère). Le jeu de Link Wray réussit le prodige d’être rétro et classique, tout en développant quelque chose de purement punk et anti-psychédélique qui donne le vertige et des fourmis dans le slip.

L’alliance des deux hommes, inattendue et éphémère, donne des concerts incroyables, auxquels selon la formule “on aurait rêvé d’être”, et ici deux ou trois disques d’une précision et d’un impact phénoménaux. Certains morceaux marquent plus les esprits que d’autres, à l’image de l’entame The Way I Walk, reprise de Jack Scott et des Chantones, où le mariage de la voix de baryton de Gordon et de l’électricité de Wray sonnent formidablement bien. Qu’il s’agisse de reprendre Gene Vincent (Five Days, Five Days), ou de chanter du Bruce Springsteen (le génial Fire, peut-être LA meilleure chanson de toutes ici, composée par le Boss pour Elvis… qui est mort juste avant de la recevoir), d’émouvoir sur le caressant I Sure Miss You, de tout piétiner avec Rumble ou de foutre carrément les jetons sur le toujours remarquable Mystery Train (qui emmène son baby vers une mort certaine). L’ensemble est juste phénoménal, électrisant et réellement bouleversant si on aime un tantinet ce genre de musique. On peut avoir échappé au revival rockab (les Stray Cats) ou à la vague punk et apprécier cette musique qui a la caractéristique d’emprunter autant aux années 50 qu’aux années 70. Elle présente ainsi des caractéristiques tout aussi modernes (à défaut d’être révolutionnaires) qu’on pourra (rétro) tracer dans les lives du Velvet Underground, les démonstrations parallèles d’un Alan Vega, un autre “indien” dans la ville, ou encore le proto-punk des Modern Lovers. Ce sont dans ces disques incroyables que se niche une bonne partie des origines du rock indé US, des Pixies au Dinosaur Jr, d’Hüsker Dü à Nirvana.

Tracklist

CD1 – Live at MusikLaden Extra (24 janvier 1978)

01. The Way I Walk
02. Twenty Flight Rock
03. Five Days, Five Days
04. My Baby Left me
05. Lonesome Train (on a lonesome track)
06. Rumble
07. Baby, what you want me to do
08. Sea Cruise
09. Red Hot
10. Fire
11. If This Is Wrong
12. Summertime Blues
13. Mystery Train
14. Baby Let’s Play House
15. I Got A Woman

CD 2 bonus (live Paradiso, Amsterdam, 21 janvier 1978)

16. Summertime Blues

CD2 bonus (live at Eksit, Rotterdam, 20 janvier 1978)

01. Twenty Flight Rock
02. Red Cadillac and A Black Moustache
03. Link Talks
04. I Want To Be Free
05. Rumble
06. Lawdy Miss Clawdy
07. Flyin’ Saucer Rock n’Roll
08. Mystery Train
09. Summertime Blues
10. If This Is Wrong
11. Baby Let’s Play House
12. Red Hot
13. Fire
14. Sea Cruise
15. I Sure Miss You
16. Rawhide
17. Baby What You Want Me To Do
18. The Way I Walk
19. Lonesome Train (on A lonesome track)
20. Five Days, five Days
21. Boppin’ The Blues
22. I Got A Woman
23. Endless Sleep
24. Red Hot (reprise)

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