Suicide / Surrender : A Collection
[Mute Records]

10 Note de l'auteur
10

Suicide - Surrender : A CollectionOn n’a pas bien compris pourquoi il manque sur l’édition CD de cette compilation royale et en 15 (et non 16 morceaux donc) l’une des deux versions « inédites » (superbe au demeurant), Girl. Est-ce pour donner une forme d’exclusivité à ceux qui achèteraient le produit dans l’édition double vinyle de luxe ? Ou une question de temps sur le disque lui-même ? Il faut aller l’écouter sur YouTube. Mais peu importe.

Surrender : A Collection ressemble à nos exercices d’Album Idéal : c’est un best of qui ne dit pas son nom mais, un peu plus que ça, une sélection « découverte » et « synthèse » assemblée par Martin Rev, le survivant du duo, et Liz Lamere, la compagne et partenaire d’Alan Vega (le chanteur… mort du duo). Pour dire la chose, on n’est pas sûrs qu’on aurait fait mieux et à peu près certains que cette collection s’approche de la perfection. On pourrait évidemment dire qu’il vaut mieux (toujours), prendre les disques en entier et se confronter au monument qu’est Suicide (le disque) dans sa version entière et officielle (de 1977). On le retrouve en quasi intégralité (moins deux morceaux) sur le disque, tant il fait figure d’incontournable dans la discographie étalée sur 30 ans du duo. Mais Surrender : A Collection fait quelques choix intéressants qu’il faut saluer et notamment celui de faire la part belle au deuxième album de Rev et Vega, dans lequel se révèlent tout le génie rockabilly du chanteur et la capacité exceptionnelle du compositeur à varier les genres. Ce disque (sorti en 1980) délaisse quelque peu la sécheresse et l’âpreté du premier disque pour ajouter une touche pop et rockab qui digère et dépasse à la fois le punk, la pop, la new wave et l’électro de Kraftwerk avec une facilité déconcertante. Harlem est une tuerie et Mr Ray l’un des morceaux les plus impressionnants de toute l’œuvre des New Yorkais, sidérant et dansant, terrifiant et fondamental.

On ne va pas redire pourquoi la musique de Suicide est exceptionnelle et ce qu’il y a de phénoménal sur chacune de ces 15 pièces. On avait raconté une partie de l’histoire ici, autour de la version originale de Frankie Teardrop qui crée l’attraction sur ce disque. Mais on doute que raconter procure le tiers du saisissement qui prend l’auditeur qui écoute le groupe pour la première fois. Le secret de Rev et Vega tient en deux lignes : il y a Vega qui est une sorte d’Elvis dégénéré, un juif, un indien, un shaman, un punk et un génie du show. Et il y a Rev, dont le sens de la composition (il a été l’élève du pianiste Lennie Tristano) est nourri aux meilleures sources, et qui décide de réduire volontairement l’expression du son, de la mélodie et du rythme au presque rien d’une « pulsation ». Suicide est l’association du plus et du moins et la démonstration d’une antimathématique qui veut que leur addition ne donne pas (pour une fois) « zéro » mais « + l’infini ».

Il est intéressant entre 1977 et 1980 de voir comment Rev ajoute une ligne électronique (2 machines au lieu d’une) pour dupliquer le son et dérouter encore plus l’auditeur. Il y a désormais une double entrée, un dérangement stéréo qui va marquer durablement la musique de Suicide. La pulsation d’un côté/ le divertissement mélodique de l’autre. Les morceaux plus tardifs comme Why Be Blue? (1992) sont à peine moins radicaux, moins impressionnants sans doute mais tout aussi envoûtants. Suicide a de faux airs d’Happy Mondays. American Supreme, leur dernier album véritable, sort en 2002 et est représenté par Wrong Decisions et Dachau, Disney, Disco, deux morceaux assez incroyables. Le premier ressemble à une production du RZA, avec des scratches et des samples blaxploitation qu’on attendait pas ici. Le second est une horreur drone, expérimentale et radicale. Les deux hommes auront fait tout et n’importe quoi jusqu’au bout. Radiation est une combinaison emblématique de ce que fait Suicide depuis toujours : pétiller, électriser, glacer les sangs.

Difficile de ne pas causer de Cheree et de sa réplique Dream Baby Dream. Ces deux-là constituent un indépassable et un inépuisable des musiques du siècle passé qui ne s’oublie pas facilement. Il est possible que la seconde soit la plus belle chanson rock de tous les temps, la plus jolie chanson d’amour aussi. Personne ne s’y est trompé : le titre figure sous une forme ou une autre un peu partout et sur tous les disques qui sont sortis ensuite. Des 1001 versions qui existent, on peut comme avec les version de The Forest, par exemple, choisir sa préférée selon qu’on veut ou pas dix secondes de plus, une vocalise appuyée ou non. Dream Baby Dream est d’une pureté et d’une simplicité animale ET technologique qui concentre/condense tout ce que les « musiques alternatives » nées du blues primitif (le rock) ont essayé de faire pendant 70 ans.

Surrender : A Collection est une formidable introduction au groupe et un des disques qu’on peut emporter sur une île déserte ou dans la tombe.

Dream baby dream
Dream baby dream
Dream baby dream
Dream baby dream
Forever
Keep them dreams burnin’ leave it
Keep them dreams burnin’ forever

Tracklist
01. Dominic Christ
02. Diamonds, Fur Coat, Champagne
03. Harlem
04. Rocket USA
05. Cheree
06. Dream Baby Dream
07. Touch Me
08. Ghost Rider
09. Mr Ray
10. Surrender
11. Why Be Blue ?
12. Wrong Decisions
13. Dachau, Disney, Disco
14. Radiation
15. Frankie Teardrop (first version)
Écouter Suicide - Surrender

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1 Comment

  1. says: Dorian Fernandes

    « Mr. Ray » de Suicide m’a toujours fait penser au « Just Fascination » de Cabaret Voltaire. En peut-être plus expérimental. Le morceau étant né en 1980, elle a dû influencer Cabaret, dont le titre, composé en 1983, est beaucoup plus lisse et électronique, new wave. Beaucoup plus cuir moustache disons. Amusant.

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