Thandii x Regalado / Coco Okayo
[Sama Sama Records]

6.9 Note de l'auteur
6.9

Thandii x Regalado - Coco OkayoDans la panoptique musicale permise par internet et ces banques de streaming toujours plus vastes, il semble qu’il n’y ait presque aucun son hors d’accès au dénicheur voulant poser son oreille. Les terras incognitas musicales se font rares, pour le plus grand bonheur des passionnés. Elles permettent parfois une réhabilitation, certes toujours tardive, auprès d’un public naturellement plus jeune. Avec Coco Okayo, c’est le légendaire batteur philippin Jen Regalado qui en bénéficie en partageant l’affiche avec Thandii, sympathique duo d’électro-pop-soul britannique de Margate. La proposition du label Sama Sama était trop attrayante pour le duo, récemment fan du batteur (à présent septuagénaire) depuis la sortie de la compilation Ayo de Kayo (2024) dont la piste Pinoy Funk a fait sensation…. une quarantaine d’années après sa fabrication. Coco Okayo est donc le sixième album de ce jeune duo et le premier “à son nom” de ce vétéran pourtant prolifique du jazz-funk asiatique, cumulant près de 500 accréditations d’albums.

Chaud Okayo

C’est une des sorties gourmandise-caliente de septembre. Sur Coco Okayo, on se baladerait presque en tenue d’Adam. L’ensemble est crémeusement funky, et on regarde parfois notre regretté Crazy P(enis). On a comme des chaleurs dans la tête. Comme l’impression que notre cervelle marine dans une jarre de Piña Colada. D’être avalé par une longue vague sensuelle, d’afflanquer la Rio Kosta, de sombrer dans la Jungle, nouveaux référents un peu lourds de cet album. C’est diablement licencieux ! “Code Haynes, on a trop d’images dans la tête !” diront les bachibouzouks. Et pourtant, nous sommes seuls. On a l’impression de longer la piste cyclable géante traversant un désert, pour enfin arriver à une armoire électrogène entre les dunes… dans laquelle attend secrètement un Orangina glacé, placé là pour nous. Thandii s’inscrit avec cet album pleinement dans ce “renouveau” (très numérique) soul-funk des groupes mentionnés. C’est évidemment agréable de prime abord, même si le tandem dit ici adieu à ces productions un peu plus froides qu’on préférait. On suppose que c’est une pause. Dans tous les cas, cela ne réinvente pas l’eau chaude ; elle est déjà réchauffée.

Coco Okayo permet donc une entrée dans la demi-saison en douceur. Regalado régale, bâtant la chamade. Enfin, on aimerait bien le dire tout du long. Évidemment, la batterie, instrument-ossature éminemment essentiel au jazz comme au rock, a pour contrecoup de n’être pas le plus incarné. Même si Thandii pivote et s’adapte avec une ambiance plus exotique, c’est bien le duo qui incorpore Regalado dans son univers et non le contraire. Mais ce décorum de Thandii se révèle trop aseptisé à la longue, comme les aliments qu’on appelle “ultra-raffinés”. C’est le problème de cette profusion de groupes comme Zimmer90, Homer ou Sirens of Lesbos : le talent mélodique est là et incontestable, mais il manque comme un pouvoir de nuisance, une envie profonde de marquer le territoire de l’auditeur.

La tendinite

On a l’impression du bas de catalogue de Roche Musique. L’ensemble s’écoute plaisamment et ravira l’arrière-fond sonore d’une soirée, le temps d’une robinsonade érotique, mais Coco Okayo ne semble pas vouloir dépasser ce stade de muzak post-disco. Et alors que l’on peut parfois être un peu fatigué d’écouter de l’aspect collage de nombres de producteurs naviguant dans ces eaux, on en viendrait presque à préférer le découpage de beatmakers à la Degiheugi pour leurs imperfections, leur chaleur carton-pâte. Sur My Angel, on apprécie ce petit battement qui rappelle la musique d’un vieux film italien qu’on a oublié, ces airs de percussions ; le tout dans un écrin de musique chill out funky et fondant. Mais la chanteuse Jess Berry prend tout d’un coup des airs de Kali Uchis. Quelques secondes, mais suffisantes pour que l’oreille rodée se dise : déjà entendu. Tout comme on pensera à Brijean, Tutankhamun ou encore Les Imprimés. Au risque de se répéter, il y a un pivotement avec ce Coco Okayo ; ceci est appréciable. Mais moins quand il s’agit de tomber dans des sonorités préexistantes et bien occupées par d’autres, si on ne les détourne.

On oublie parfois Regalado, comme s’il s’évaporait (plutôt que de s’y voir incrusté) dans ce décorum qui n’est pas même plus tant celui de Thandii. Peut-être aurait-il fallu que Thandii aille du côté de Regalado, de l’analogique, bien que le duo ait fait appel à des amis musiciens ? De Deodato ? De Jestofunk ? Boy Katindig ? De ces folies-là d’hier, tout en gardant une bonne distance pour trouver une unicité ? L’ensemble, fait avec amour, tient plus du généreux EP que de l’album. Il s’écoute aussi bien qu’il s’évapore, alors que l’on aurait été prêt à quelques compromis : une insolation, une otite même… C’est d’autant plus dommage lorsque l’on accueille un vétéran venant d’une époque analogique, où les instruments parfois débordaient, avaient du grain.

Tracklist :
01. Coco Okayo
02. Run Run (ft. Ian Santillano)
03. Future Lover
04. Get Out My Head
05. My Angel
06. The Return
07. Love From Another Time

Liens :
Thandii sur Facebook
Thandii sur Instagram
Le site du label

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