The Durutti Column / Renascent
[London Records]

7 Note de l'auteur
7

The Durutti Column - RenascentRenascent signifie renaissant en anglais. C’est de fait le premier album de nouvelles chansons du Durutti Column depuis la série d’attaques qui ont laissé leur leader Vini Reilly sacrément diminué physiquement, entre 2010 et 2013. Celui que d’aucuns, et pas des moindres comme Johnny Marr, considéraient comme le meilleur guitariste du monde a dû réapprendre l’usage de son instrument et faire évoluer son style. Seize ans après A Paean To Wilson, le groupe de Manchester réunissant Reilly, le batteur percussionniste Bruce Mitchell et l’homme à tout faire Keir Stewart, s’est remis à l’ouvrage difficilement, alternant les périodes créatives où le geste ne suit pas l’esprit et celles où c’est ce dernier qui ne fait rien pour alimenter la mécanique.

Renascent est l’un de ces albums au long cours, développé sur de nombreuses années et quelque peu dans la douleur, dont le premier miracle est de voir le jour. S’enthousiasmer exagérément sur ce genre de projets est difficile, même si le résultat a la séduction des prodiges et la légèreté des oeuvres revenues de très loin, déguisée sous une forme d’abstraction qui trahit la longueur du voyage. Vini Reilly était un compositeur solitaire et énigmatique avant ces accidents cardiaques. Il l’est encore plus après, confiné à un minimalisme aussi intrigant que fascinant. Le disque démarre par deux plages évanescentes et fuyantes, Echoes in The Memory et l’onirique, Your Shadow At Morning, qui mêlent musique ambient et couleurs romantiques. Le tempo est lent, l’ambiance contemplative. La guitare est économe et peu démonstrative. Time Present and Time Past, dans un registre assez similaire, dessine une progression plus vive et déterminée. L’ensemble est clair, lumineux et ménage beaucoup d’espace entre les notes. Le disque est largement dominé par les plages instrumentales mais Reilly fait de la place, par deux fois, à la chanteuse Caoilfiohnn Rose, jeune artiste mancunienne, qui vient distiller un charme flou et envoûtant sur un Angonistes qui sonne tout de même un poil comme de la musique new age des années 80 et surtout sur le beau Sargasso Sea qu’on trouvera un peu plus loin. Ce dernier morceau, conduit au piano, est le plus beau et classiquement pop du disque, une petite miniature élégante et pleine de poésie, qui vient enchanter ce disque largement muet. Une autre chanson chantée est positionnée en conclusion du disque et interprétée par le jeune chanteur Lucas Eliott. Elle émerge, là encore, dans un registre pop et autour d’une mélodie ambient peu caractérisée pour conclure une série de plages énigmatiques. Scammer (escroc) est une sorte de spoken word atrophié et fragile, poussé par Reilly lui-même, une plage comme volée au temps et à la vérité, qui tourne en apesanteur autour de son sujet. C’est une pièce qui interroge l’identité, la sincérité et situe le disque dans le champ du questionnement plutôt que des affirmations.

Renascent est certes un disque de renaissance mais aussi un disque qui fonctionne comme si le monde, le sol et tout ce qui va avec se dérobaient sous nos yeux. Il y a sur Liars, une forme de fatalité qui repose sous le slam, et qui met en cause tout ce qu’on croyait solide et fiable. “I am sorry”, répète Reilly, “I Love you”, comme s’il avait quelque chose à se faire pardonner. On ne saura jamais quoi. Tout ceci est indistinct, comme volé à la mémoire, aux traumatismes et à la maladie, flou et fugace. La musique repose sur des traces, des signes à peine esquissés par l’artiste et qui, lorsqu’on croit en saisir le sens, se défilent ou laissent la place à d’autres. Vapour in A Matchbox répond bien à son titre. Quand la boîte s’ouvre, il ne reste que le vide, un souffle de fumée, rien à saisir et à serrer dans ses bras. Il y a dans ce disque beaucoup de fragilité, une humanité qu’on pressent mais qui ne semble pas vraiment vouloir communiquer avec nous. On en ressent la présence, on peut en éprouver l’émotion, la peine, les sensations mais aussi rester parfois à l’extérieur à se demander si tout ceci n’est pas un simulacre. Your Shadow At Evening constitue de fait un prolongement du même titre… au matin mais sans entretenir de rapport évident avec celui-ci. C’est un contrepoint imaginaire, vaguement jazzy, qui est construit à l’écoute par notre cerveau et lui seul.

Renascent est autant un signe de renaissance de Durutti Column qu’un travail qu’on doit entreprendre par et pour nous même. C’est un disque énigmatique, où l’on doit faire une grande partie du boulot, exploiter les variations infimes du canevas, jouer avec les nappes de brouillard pour s’inventer ou se réinventer un film. On peut aimer cela ou trouver que c’est du vent ou du sable. Dans les deux cas, c’est divin et vain à la fois, magnifique et désespérant.

Tracklist :
01. Echoes In The Memory
02. Your Shadow At Morning
03. Time Present and Time Past
04. Agonistes
05. Liars
06. Vapour In A Matchbox
07. Your Shadow At Evening
08. Sargasso Sea
09. Scammer
10. For Friends Everywhere
11. All They See Is Fire

Liens :
Le site du groupe
Le groupe sur Facebook
Le groupe sur Instagram

Recevez chaque vendredi à 18h un résumé de tous les articles publiés dans la semaine.

En vous abonnant vous acceptez notre Politique de confidentialité.

Plus d'articles de Benjamin Berton
[Soup Music #4] – Yannick Noah / Bonheur Indigo
[Columbia / Sony]
Il est assez probable que le monde et le pays se porteraient...
Lire
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent