The Endless Couloured Ways : The Songs of Nick Drake
[Chrysalis Records]

6.5 Note de l'auteur
6.5

The Endless Couloured Ways : The Songs of Nick DrakeOn a tardé un peu avant de rendre compte de The Endless Couloured Ways : The Songs of Nick Drake, cette compilation dont les premiers extraits ne nous avaient pas convaincu. Amoureux de Nick Drake depuis sa découverte (par nous s’entend) au milieu des années 90, on ne voulait pas, cependant, dire du mal d’une démarche qui, autour d’un casting royal, offrait (sur le papier) une large revue des titres emblématiques du chanteur anglais, disparu à l’âge de 26 ans, il y a 49 ans. Le travail de promotion de l’œuvre et de la mémoire de Nick Drake a été important ces deux dernières décennies, s’accompagnant de belles compilations et de rééditions hommage, de livres biographiques, d’articles ou d’essais qui ont sans doute permis à l’artiste de prendre la place qu’il mérite dans la mémoire musicale de son époque et de la nôtre.

Avec un peu de recul, on n’est toujours pas persuadés persuadés que le monde ait besoin d’un album de 23 reprises (en 2 CDs) de Nick Drake quand il peut juste apprécier l’harmonie et l’équilibre infinis des originaux, mais on doit reconnaître que cette compilation de reprises (il y en a eu plusieurs) est d’une ambition sans faille et doit être saluée pour cela. Il est idiot de parler de la qualité du casting (une reprise est juste réussie ou non) mais Chrysalis a réussi à attirer autour de la table des grands noms qui vont de Fontaines D.C (Cello Song, pas mal du tout) à Ben Harper (Time Has Not Me, joli décalque – inutile- de l’original) en passant par Liz Phair (beaucoup trop américaine sur Free Ride) ou des outsiders qu’on suit ici comme Skullcrusher (impeccable sur Harvest Breed)  ou Aurora (divine sur Pink Moon). L’impression qui se dégage de ces deux disques est que le cahier des charges semble avoir été de prendre un peu de distance par rapport aux orchestrations originales (souvent critiquées mais qui font partie intégrante de l’oeuvre). Une majorité des reprises sont aventureuses, tentent d’approcher les monuments de manière atypique en en changeant le registre ou carrément le genre. Cette ligne est évidemment la meilleure, la plus louable : mieux vaut se planter lamentablement en essayant d’apporter quelque chose au morceau que de mal le paraphraser.

Dans les faits, et si on écoute la compilation en continu (et avec une bonne connaissance des chansons originales), il faut avouer que le résultat est très inégal et pas forcément si convaincant. Entre les reprises poids légers (comme le Hazey Jane II de Camille), les chorales (le pas si mal Road de Bombay Bicycle Club), les mainstream bizarres (From The Morning de Let’s Eat GrandMa), les consensuelles (l’affecté/raté River Man de Feist) ou encore le trip-hopé Parasite de Stick In The Wheel (viral et qui ressemble à du Massive Attack), on est confrontés ici à autant de curiosités bien tentées qu’à d’authentiques horreurs sacrilèges. Ecouter la compilation en séquence reste ainsi un exercice un peu difficile : on conseillera plutôt de l’étudier titre à titre pour percer les intentions d’interprétation de chaque artiste. Car avec des chanteurs et arrangeurs de cette qualité, ce qui distingue The Endless Couloured Ways d’autres compilations antérieures, c’est que les reprises ne sont pour la plupart pas gratuites ou juste débiles. Elles sont réfléchies et pensées pour produire un autre effet que les originales (ou alors le même par d’autres biais). On peut prendre pour exemple le joli boulot réalisé par John Parish et Aldous Harding autour de Three Hours. La chanson est réorganisée autour d’une ligne de basse rock et interprétée à deux voix, dans un mode mi-jazzy, mi-musique contemporaine, qui donne une lecture très juste du voyage de trois heures entrepris par le narrateur et ses personnages contre le cours du soleil. On est carrément moins fan d’un Northern Sky (notre chanson préférée de Nick Drake) quelque peu éteint et massacré, jusqu’au dans son crescendo final (« would you love me for my money ?….) par Karine Polwart et Kris Drever. Le Black Eyed Dog de Craig Armstrong et Self Esteem est un autre exemple de belle tentative (l’arrangement est magnifique) qui ne prend pas tout à fait et passe au final un peu à côté de son sujet. La chanson à l’os de Drake finit noyautée par des envolées simili-gospel/soul étranges. Nadia Reid ne s’en sort pas plus avec un Poor Boy rasoir,  tandis que Joe Henry opère dans un registre vocal trop trop différent de celui de Nick Drake pour faire autre chose que nous horrifier…. Ces ratés, pas étonnants sur 23 titres, n’enlèvent rien aux bons moments qu’on croise un peu partout. Philip Selway fait un travail valeureux et pas inintéressant sur un Fly qu’il ralentit au delà de ce qu’on imaginait possible. Même si cela a tendance à nous couper les ailes, le texte de Nick Drake est bien mis en avant et la reprise provoque un vrai intérêt. Même chose pour John Grant dont l’approche synth-baroque colle bien avec le crépusculaire Day Is Done. C’est peut-être bien notre titre préféré tant il réussit à s’affranchir de l’original pour trouver sa voie.

En synthèse, l’exercice est beau et noble; la copie très contrastée. On donnera un 8 pour l’effort et un 6 pour le rendu final. Cette compilation n’en reste pas moins un bel acte d’amour, de révérence et d’irrespect à l’égard de l’une des oeuvres les plus marquantes de ces cinquante dernières années.

Tracklist
01. The Wandering Hearts – Voice From A Mountain (Prelude)
02. Fontaines D.C. – ‘Cello Song
03. Camille – Hazey Jane II
04. Mike Lindsay feat. Guy Garvey – Saturday Sun
05. Bombay Bicycle Club and The Staves – Road
06. Let’s Eat Grandma – From The Morning
07. David Gray – Place To Be
08. John Parish and Aldous Harding – Three Hours
09. Stick In The Wheel – Parasite
10. Ben Harper – Time Has Told Me
11. Emeli Sandé – One Of These Things First
12. Karine Polwart and Kris Drever – Northern Sky
13. Craig Armstrong feat. Self Esteem – Black Eyed Dog
14. Bombay Bicycle Club and The Staves – Road (reprise)
15. Nadia Reid – Poor Boy
16. Christian Lee Hutson feat. Elanor Moss – Which Will
17. Skullcrusher and Gia Margaret – Harvest Breed
18. Katherine Priddy – I Think They’re Leaving Me Behind
19. AURORA – Pink Moon
20. Joe Henry and Meshell Ndegeocello – Time Of No Reply
21. Famous Blue Cable feat Feist – River Man
22. Liz Phair – Free Ride
23. Philip Selway – Fly
24. John Grant – Day Is Done
25. The Wandering Hearts – Voice From A Mountain
The Endless Couloured Ways : The Songs of Nick Drake

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