Quatre ans après leur dernier passage à Paris, les Flamin’ Groovies étaient de retour ce dimanche 13 septembre au Petit Bain, une petite salle du 13e arrondissement nichée sur une péniche, entre la Bibliothèque Mitterrand et l’arena de Bercy.
En attendant les « frimeurs flamboyants », un groupe français nommé Red Cobra ouvre les hostilités. Ils jouent un rock fifties plus boogie que rockab’, fortement inspiré par Jerry Lee Lewis (mais sans la fureur du Killer), dont ils reprennent d’ailleurs Whole Lotta Shake Going On à la fin de leur set. Il est bon de voir qu’un groupe actuel se réclame d’influences que l’on pourrait qualifier de désuètes: tout cela est sympa sans casser trois pattes à un canard non plus. Mais le standard des premières parties est si bas de nos jours que l’on reste indulgent face au moindre groupe faisant preuve de bonne volonté ou montrant un attachement à un genre en voie d’extinction.
Vers 21h10 les Flamin’ Groovies se présentent, toujours menés par Cyril Jordan, éternel adolescent des sixties qui n’échappe cependant pas aux affres du temps. Cette tournée célébrant les cinquante ans de l’album Shake Some Action, on aurait pu espérer voir Chris Wilson à ses côtés comme ce fut le cas en 2017. Mais il n’en sera rien. Cyril Jordan et sa fameuse guitare Dan Armstrong transparente sont donc les seuls membres originaux de la formation et le pivot autour duquel gravitent de nouveaux musiciens, dont Tony Tyrone Sales, le fils de Tony Sales, batteur d’Iggy Pop sur Lust For Life et de David Bowie.
Cyril salue son public et nous dit qu’il est « heureux de revenir en France » puis s’échauffe avec une reprise de Chuck Berry (enfin plus précisément une chanson du bluesman Tampa Red popularisée par Chuck). You Tore Me Down, morceau écrit avec Chris Wilson en 1971, reste une perle mid-tempo douce amère aux guitares carillonnantes, à l’image de l’album dont est issu la chanson , à savoir Shake Some Action (1976).
Deux reprises: Married Woman du bluesman Frankie Lee Sims, dont la version des Groovies provient de sessions enregistrées avec Dave Edmunds au début des années 70, puis
Have You Seen my Baby de Randy Newman. Si ce dernier évoque au mieux pour beaucoup de français les après-midis passés à regarder la série Monk (que j’aime beaucoup soit-dit en passant), Randy Newman est un pilier de la chanson américaine et une figure respectée outre-Atlantique. Les Groovies avaient repris sa chanson sur l’album Teenage Head en 1971, et elle reste encore excellente sur scène.
Vient ensuite une triple ration de chansons à la sauce Beatles: Don’t Put Me On (de l’album Now, 1978), I’ll Cry Alone et Misery..qui est justement une chanson des Beatles. « Vous vous souvenez de ces gars là? » plaisante Cyril. Une bonne ambiance règne ce soir au Petit Bain, Jordan et un des guitaristes s’amusent avec les spectateurs à la grande joie de chacun. « Voici maintenant une chanson sur un truc que je ne fais plus..enfin sauf de temps en temps: prendre de la cocaïne » annonce Cyril. C’est ainsi que les Groovies jouent Between the Lines, un autre titre de l’album Now avant un nouvel hommage aux Fab Four avec Please Please Girl qui était déjà plus vrai que nature.
Le génial Let Me Rock issu de Grease (l’EP des Groovies sorti sur le label français Skydog par Marc Zermati, pas le dégoulinant stéréotype fifties chantant sur pellicule) électrise le public. Encore une boutade de Cyril, qui fait mine de regarder une montre qu’il n’a pas: « Où est passée ma montre ? Quelqu’un me l’a volée. Bon, c’est l’heure de Shake Some Action ». Shake Some Action est un morceau parfait et je ne cesserai jamais de le penser. Il y a certes un peu de Beatles, mais avec une certaine nostalgie et sans être mou, ce qui en fait un des titres essentiels de ce que l’on appelle aujourd’hui la power pop. Le public très enthousiaste prend le titre au pied de la lettre, puisque certains font des pogos tandis que d’autres se mettent à danser. Un vrai moment de fête et d’insouciance qui rappelle pourquoi nous venons à des concerts de rock et pourquoi on continue d’en écouter.
Je dis souvent que les Flamin Groovies sont le groupe des gens qui ne veulent pas choisir entre les Beatles et les Rolling Stones. Si l’album Shake Some Action est le sommet de leur phase Beatles/Byrds, leur période Stones (l’époque Roy Loney, le premier chanteur des Groovies) n’est pas pour autant négligée non plus. Outre la reprise de Randy Newman, nous avons aussi eu droit à une belle surprise avec Yesterday’s Numbers, un des meilleurs morceaux de l’album Teenage Head ainsi que la chanson éponyme au riff implacable, toujours bienvenue. «Nous allons jouer Teenage Head, même si dans mon cas c’est plutôt Old Age Head », admet lui-même Cyril. Voir un monsieur de 78 ans chanter « I’m a Teenage Head » peut sembler ridicule, mais de toute façon, le fait que des mecs qui avaient au moins 25 ans parlent de teenagers était déjà bizarre. Et puis une grande chanson est une grande chanson.
Deux rappels avec Jumpin’ in the night puis Slow Death, chanson anti drogue (comme le rappelle Cyril) que l’on classe assurément parmi les grands titres des Groovies. Merci, brèves salutations et départ de la scène: il est passé vite, ce concert.
Set-list impeccable, musiciens qui se démènent bien et le frimeur en chef qui mène la barque dignement malgré le passage des années, continuant à défendre avec élégance la seule cause qui en vaille la peine: le rock’n’roll. Votons Jordan…Cyril Jordan, bien évidemment.
Le live complet…


Slow Death est la meilleur chanson Stones pas par les Stones. Lorsque les Groovies étaient en train d’enregistrer leur album en 1971, les Stones enregistraient le leur dans le studio d’à côté. Mick Jagger est entré et a écouté un peu. Il leur a demandé quel était le titre de leur album. « Sticky Fingers », lui ont-ils répondu. Devancés, les Groovies ont dû rebaptiser leur album « Teenage Head ». Mick Jagger a déclaré qu’il préférait leur album au sien.
En effet j’avais entendu cette histoire: Mick Jagger a dit que Teenage Head était meilleur que Sticky Fingers. Et c’est le cas !
Et au risque de me faire des ennemis, j’oserais même dire que les Groovies sont supérieurs aux Stones. Merci pour votre commentaire.
Savais-tu qu’il y avait un groupe de rock punk à Toronto nommé Teenage Head? Sans doute ils ont été marqués par cet album!
J’ai entendu parler de ce groupe, mais je n’ai jamais écouté leur musique. Oui je pense qu’ils ont très certainement choisi leur nom en référence à l’album des Groovies.