On était carrément sceptiques à l’idée d’écouter et découvrir le premier album de ces punks anglais en culottes courtes (Mathew Cartlidge le chanteur et guitariste a 17 ans, sa soeur Issey, 19), adoubés par le gratin anglo-saxon et surbrandés pour leurs tenues, leur allure, leurs amplis etc. Annoncés comme la relève “jeune” des Libertines, héritiers des Sex Pistols (Paul Cook a joué avec eux), forts de centaines de concerts déjà et des louanges de Doherty, Green Day et on en passe, les Molotovs partaient… avec un handicap et une étiquette “HYPE à la con” scotchée derrière le dos de leurs costards design de créateurs. Encore restait-il à écouter leur premier album, Wasted On Youth, pour procéder à leur exécution qui démarrerait par une critique acerbe sur leur surlook et leurs singeries rétro-chic bidon.
Mais voilà. On trouve là où on croyait entendre une sorte de surimi punk, une voix impeccable, qui ne fait pas son jeune âge, de la modulation en veux tu en voilà (l’excellent Nothing Keeps Her Away en mode crooner pop donne un aperçu du registre) et surtout des chansons majoritairement épatantes, pleines d’éclat et de vie, de refrains assez emballants et qui fonctionnent comme une petite histoire illustrée du rock anglais depuis les années 70. Il y a bien quelques chansons qui vont jusqu’à singer un revival punk raté et ralenti, lourd et vraiment médiocre (le terrible Come On Now) mais surtout des titres impeccables, joués à toute berzingue et qui font mouche à l’instar de l’ouverture imparable Get A Life. Le texte semble mettre en scène un voyou, accusé à tort par sa nana (?) d’un crime qu’il n’aurait pas commis. On pense immédiatement à de fausses violences “conjugales” qui seraient une drôle de manière de lancer un disque par les temps qui courent mais… passons.
I hope you feel
This makes you interesting
Another story
For you to shout and sing
To any fucker
That is listening
How about you go get a life?
I said, go get a life
Le refrain “achète toi une vie” suffit à faire notre bonheur et à basculer sur un Daydreaming qui ressemble à une chute de Oasis période Standing On The Shoulder of Giants, efficace et balourd à la fois, mais très attachant. L’accent ouvrier de More More More rappelle une version prolétaire des chansons chorales de Doherty et Barat et on doit bien admettre qu’on n’avait pas croisé si souvent des groupes capables d’assumer cet héritage aussi crânement et sans dévier d’une approche au premier degré aussi sotte que rafraîchissante. Les approches de The Molotovs sont souvent assez bizarres et décalées, à l’image de la balade Nothing Keeps Her Away qui parle de la relation étrange du chanteur à une fan hardcore… entretenue comme dans un rêve jusqu’à ce qu’il la plante pour ne pas payer l’addition au resto. C’est très amusant et du coup un peu kitsch dans l’approche du vrai faux sentiment. Bien qu’on ne sache pas trop vers quel genre d’émotion le groupe veut nous orienter, on déroule le titre avec la certitude qu’on a entre les oreilles une très belle leçon de rock anglais. Le titre éponyme reproduit avec beaucoup d’aplomb la construction répétée des punks historiques (disons les Angelic Upstarts) avec un démarrage en sourdine et presque a capella, et une grosse explosion médiane dégoulinante de solos électriques. On aime ou on n’aime pas mais il y a chez ces jeunes pousses beaucoup d’engagement et de manière. Geraldine, sorte de romance sociale et nostalgique, a tout d’un classique et l’emporte dans le genre coup d’œil dans le rétro avec sa merveilleuse “Geraldine, do you get what i mean ?“. Il y a d’autres rimes avec “queen”, “been”, etc., qui font de cette chansonnette un tube en puissance presque aussi évident que facile.
Quitte à s’immerger jusqu’aux Doc Martens dans cette mixture sans âge, on foncera sans trop se poser de questions sur la ritournelle régressive et sûrement pas si originale de Newsflash. Mais qui serions-nous pour donner la leçon à un groupe qui prépare une potion énergique dans un chaudron qui a déjà servi.
“well, i write the social commentary
and tell the truth, it’s very scary
you’re frightened of the whole universe
are you under some recurring curse?
blinded by all your propaganda
can’t wе have some governmеnt slander?
but i don’t even know if you’re listening
or is it me?”
Le texte est engagé et inoffensif à la fois (pas forcément toujours compréhensible) mais les punks des premiers jours ne faisaient parfois pas beaucoup mieux. On aime le cabotinage balancé et athlétique de Rhythm of Yourself, petite pièce ska qui fait penser aux Clash (pas la meilleure période mais Clash tout de même), aux mods et aux Specials mais aussi à un titre de Menswear dont on a pas retrouvé le titre. Ce qu’on ne ferait pas pour un rythme à deux temps. Popstar ne chemine pas sans redondance avec ce qu’on a écouté avant mais c’est vraiment un bon morceau qui n’est dépassé et concurrencé que par le final jovial, dévastateur et accrocheur Today’s Gonna Be Your Day. Le titre fait des ronds de jambes et propose une sorte d’hymne punk boyscout avec plein de mots et de good vibes. On adore la guitare et la rythmique rockab d’un final qui fait penser à du skiffle époque The Shadows.
Pendant que certains (Frustration ?) s’amusent à rénover le punk et à jouer avec, les Molotovs jouent la partition telle qu’on l’enseigne à l’école avec fidélité, enthousiasme et un talent non négligeable. Ce premier album est appliqué, inspiré et procure le frisson de la nouveauté avec des moyens et des recettes nées il y a maintenant 50 ans dont on aurait néanmoins quelque peu gommé les outrances, les aspérités et le sens de la provocation. Punk et pas toc, Wasted on Youth n’est pourtant pas dénué de portée sociale et pourrait initier une jeunesse éloignée des enjeux politiques au coup de pied dans les tibias et au crachat dans la gueule. C’est déjà ça et bien mieux que d’aller écouter le fantôme de Doherty.
Le groupe sera en France en juin pour un concert au Festival Retroctrop, au château de Tilloloy dans la Somme, qui affiche une programmation plus qu’intéressante et dont il faudra qu’on reparle.
The Molotovs Live
| Tracklist |
Liens | |
| 01. Get A Life 02. Daydreaming 03. More More More 04. Come On Now 05. Nothing Keeps Her Away 06. Wasted On Youth |
07. Geraldine 08. Newsflash 09. Rhythm of Yourself 10. Popstar 11. Today’s Gonna Be Our Day |
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