The Toxic Avenger & Greg Kozo / Alone Together
[Enchanté Records]

8.2 Note de l'auteur
8.2

The Toxic Avenger & Greg Kozo - Alone TogetherC’est appréciable d’écouter une musique jouant la carte de la contre-programmation aux chaleurs saisonnières. Alone Together, nouvel album “capté sur le vif” succédant à l’Inframonde (2025) de The Toxic Avenger qu’on avait lauré l’année dernière, est le parfait album de mois de novembre dont cet été a besoin. Celui-ci se voit accompagné par Greg Kozo, DJ-producteur électronique et co-fondateur avec Simon Delacroix du label maison sur lequel sort cet album réalisé en complète autarcie et dans une économie de temps (solaire).

Gonzo Time

Il est étonnant de remarquer à quel point le terme DIY (do-it-yourself) a pu changer dans ce qu’il désigne. Alors que pour le rock, le rendu DIY semblait grésillant et potentiellement cabossé, à l’arrache, les albums électroniques (ou autres) contemporains, fabriqués eux aussi avec les moyens du bord, ont un rendu formellement impressionnant. Alone Together est dans ce cas ; l’exigence de productivité ne se fait jamais au détriment de la qualité. Il profite probablement des quatre EPs Modular Sessions des deux compères l’ayant précédé (2019 et 2020). Tout commence d’un pas lent, lourd et tumescent. La désolation ordinaire d’un coin paumé, terre promise au cul-de-sac. On aperçoit au loin un camé marcher dans une lande insensible ; il a le son grimaçant et oblongue de Skream. Cet album a la gueule d’une dépression. Ça présage du pire ; on entend le meilleur.

On a véritablement l’impression d’être paumé dans un bled en Mayenne ou dans le Nord ; un environnement humide, végétal et désindustrialisé… plus d’hommes, que des loques. Le message d’une femme désœuvrée sur le répondeur, toujours le même : “Are You OK? Call Me Back“. On sent que cela ne va pas très bien, et le destinataire semble plus à plaindre encore. Le rythme alenti donne un aspect absurde et plus pathétique à l’album. L’ambiance rappelle celle du roman de Ghislain Gilberti, Dynamique du Chaos, plus encore lorsque l’album lorgne vers quelques sonorités indus et post-punk-grunge imputables à TTA ; pas de pauvreté, mais une vie presque liminaire.

La musique est notre métier

Par sa conception, Alone Together prend des airs de jam ; le tandem part à la pêche à l’inspi’ et, dès qu’elle mord un bœuf, la saisie. On siffle un petit noir chaque matin, avant d’aller au charbon. We Were Kings a ce côté Nine Inch Nails, avec une force de frappe métallurgique. Sur Greedy Hunters, on abat le travail, À la ligne (de Joseph Pontus). On reste concentré, on contient le ki, dents serrées, nerfs crispés ; c’est Tricky, mais on ne lâchera pas la bête électronique avant d’extraire la rythmique parfaite. Qu’est-ce qui nous différencie de la machine, à ce stade ? N’aurions-nous pas été le modèle de toutes, humains ? On va cueillir des champignons magiques, pendant que le loup n’y est pas, prépare des mixtures qu’on transvase dans les ordinateurs. Boards of Canada aurait fait ce genre de musique si les Ardennes les avait inspirés. Greg fait jouer son expertise instrumentale ; sur l’excellente Monophobia, on amadoue la bête en la faisant danser sur le chant d’une batterie tam-tam, pour qu’elle pousse des flatulences dubisantes. L’album cultive le délayage, offrant un large aperçu des talents, épuisant les possibilités. On ne se souvient pas d’un album aussi raboteux chez les deux.

Fin de la journée, on est à bout ; fait chaud dans la tête, ici. Greg propose un détour par un lieu de luxure (le salon érotique d’Arras), mais devant la devanture, regardant les âmes, on se dit que c’est le lieu le plus triste du monde. On est à deux doigts de commettre une Massive Attack contre le consumérisme, juste avant de se dire que c’est folie ; et puis nous reste la lecture du Capital à finir… y a du boulot. Demain, une balade en urbex attend. On visite quelques maisons délabrées, et bien que relativement jeune, on n’est pas mieux à l’intérieur. On a eu l’excellente idée de jouer plutôt à Slender hier soir. À leur vue, les objets semblent convoquer leurs propriétaires, et se manifeste un Petit Fantôme dont le dernier album nous rappelle celui-ci par la palette de ses expérimentations, mais dans une couleur plus Warp Records ici. La Province est plus triste quand le cœur est sec. On ne sait si c’est l’environnement regardé qui accable, ou si le problème vient juste des yeux du sujet infecté. Que cela soit dans une ville ou les combles d’une masure, nous sommes seuls. Oui, toujours ; mais au moins, bien accompagnés en musique.

Tracklist :
01. Missing Footprints
02. Are You OK? Call Me Back
03. We Were Kings
04. Cooking In An Empty House
05. Greedy Hunters
06. Monophobia
07. Empty Lands
08. Brutal Choirs In The Forest
09.The Ghost Is Running
10. Road Closed
11. Michel, Finally
12. Never Ending Journey
13. Down
14. Middle Of Nowhere

Liens :
Toxic Avenger sur Instagram
Greg Kozo sur Instagram
Le label sur Instagram

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