C’était nos têtes d’affiches de la saison 2 du festival Outsiders : le retour en grande pompe à Paris de The Woodentops, l’année dernière, groupe culte pour l’album Giant (1986) puis son successeur qui leur valut une page de couverture aux Inrocks (numéro d’avril 1988), ce qui n’est pas un mince exploit. Pour ceux qui n’existaient pas encore et qui connurent le groupe ultérieurement, ce fut aussi quelques fous rires et discussions passionnantes autour de pintes dans la froideur magique de la capitale. Bien sûr, il y a les deux autres albums depuis, dont le solide Fruits of the Deep (2024). Le mystère des années séparant la rupture et la réunification, qu’on peut aisément combler par les entretiens passionnants de Benzine (ici et ici) du leader Rolo McGinty, personnage rimbaldien et attachant sur lequel repose toute la vista du groupe. Il y eut aussi l’étonnante et – osons le dire – l’improbable récupération du groupe à la fin des années 80 par la musique balearic. C’est là que nous voulions en venir. Enfin, presque. Car The Woodentops viennent de larguer en catimini un long morceau électronique de près d’un quart d’heure… d’ambient. Oui monsieur. Preuve qu’il ne faut jamais savoir à quoi s’attendre, avec The Woodentops.
C’est d’abord le battement d’un ballon d’eau devant probablement mesurer la propreté du flux. T H A M E S navigue entre la tension palpable de l’indicible et une sorte de délivrance. Comme un sentiment d’acceptation de la morbidité de la condition humaine mais dans la beauté. Des motifs de guitare et la voix grillagée de Rolo apparaissent au premier tiers, et c’est comme si la mémoire passée des enfants (cris, joie plaisancière) se ravivait. Des drones rasent la rivière : nous sommes cernés par les corps de souvenirs ; certains se cachent au fond de la mémoire, d’autres au raz de l’eau gisent, nous revenant en douceur. On est en revanche frappé, à la lecture du descriptif sur Bandcamp, de l’écart entre le ton primesautier du texte, et la relative froideur mortuaire de la piste. On est plus proche d’une remontée du fleuve de Cœur de Ténèbres que d’une promenade dominicale.
On ne connaît pas tous les projets connexes de Rolo, mais s’il s’agit d’une première plongée dans l’ambient, elle fait à elle seule mieux que des labels soporifiques comme White Label Recs ou Shimmering Moods Records. Audoynaud – groupe qui leur succédait un jour après – venez écouter ça ! La piste souffre néanmoins d’une durée trop étirée, non aidée par un retour du motif premier après l’incursion évanescente. Cet EP monopiste profite de la dénomination “The Woodentops”, mais attention, elle relève plus de l’expérimentation solitaire de Rolo. D’où la surprise et possible… déception de certains. On ne sait s’il constitue un petit écart de piste temporaire et joueur ou si elle amorce une sorte de virage plus granitique, “à la Talk Talk post-Laughing Stock” ambient. On miserait plutôt pour la première, une sorte de petite récréation expérimentale.

