Tristesse Contemporaine à la pointe avec XRaver

Tristesse ContemporaineOn a toujours eu horreur des critiques qui faisaient sentir aux lecteurs qu’ils avaient sur eux un temps d’avance et avaient eu accès à l’album d’un artiste en vue des mois avant sa sortie. Il se trouve qu’on écoute  le quatrième album de Tristesse Contemporaine depuis un bail maintenant et qu’on imagine assez mal ce que pourraient en penser les apprentis gothiques qui s’enthousiasmaient il y a dix ans tout rond sur la cold wave glacée de leur premier album. Le trio a traversé la décennie avec une capacité à évoluer qui semble intacte. D’aucuns parleront d’opportunisme ou de manque de direction artistique. Les entretiens qu’on a eu la chance de mener avec le trio disent tout le contraire.

Tristesse Contemporaine est un groupe aux allures démocratiques qui s’adapte moins à l’air (vicié) du temps qu’à ses propres envies, comme si la musique répondait au temps et était capable tantôt d’en accélérer le cours, tantôt de protéger l’auditeur (et le groupe) contre la réalité. United est un album remarquable et qui a dû réjouir le label Record Makers à sa réception. C’est un disque hédoniste, dansant, regorgeant de tubes et d’intelligence. Après un Rude! quelque peu perturbant, le groupe envoie à la bataille un deuxième extrait, XRaver, qui n’est même pas l’un des meilleurs morceaux du disque. Il faudra attendre England, Sly Fox et d’autres pour crier au génie.

XRaver est une proposition originale, électro-pop, qui donne à voir le groupe tel qu’il se trouve en 2022 : un groupe sublimé par le phrasé héroïque et laidback d’un Mike Giffts au sommet de son art, relâché et à l’écriture fantastique. L’entame est extraordinaire, entre jeunesse perdue et images à la Burroughs :

Now these words in my head / Are just so deep/  And when I rock a line/  I’m gone for weeks / Me and my friends / Just a bunch of freaks / We’re getting to the end / With no beliefs We’re hanging in a gang / That’s got no chief / Sometimes we hide/  Sometimes we creep. 

La suite n’a rien à lui envier. Narumi Omori, Leo Hellden et le quatrième homme Lewis Ofman œuvrent aux côté du chanteur pour délivrer un accompagnement millimétré, efficace, vibrant et mélancolique, qui donne au morceau une modernité et une pertinence évidentes. Le chant féminin apporte une sensibilité soul pop qui surfe sur un décroché électronique assez classique mais que le groupe augmente de sonorités urbaines. Giffts termine le travail en se réaccaparant l’ensemble sur quelques mesures qui amènent une puissance expérimentale au tout. Addictif et brillant, c’est ce qu’on en retient en attendant la suite.

Crédit photo : écoute chérie

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