Various Artistes Tribute To The Times / Edward Ball – I Helped Edward Ball Escape !
[The Beautiful Music]

10 Note de l'auteur
10

Various Artistes Tribute To The Times / Edward Ball - I Helped Edward Ball Escape !On aurait pu mettre la note maximale à cette compilation tribute en l’honneur d’Ed Ball rien que pour sa couverture magnifique, hommage au numéro 6 de la série Le Prisonnier incarné par Patrick McGoohan. Il n’y a évidemment pas plus anglais que cette série de 17 épisodes créée en 1967… si ce n’est peut-être les chansons composées, tout au long d’une carrière qui s’étale entre 1977 et le tout début des années 2000, par le magicien Edward Ball. On avait célébré il y a quatre ans maintenant son talent à l’occasion d’un coffret anthologie  It’s Kinda Lonely Where I Am qu’on ne saurait trop vous recommander de vous procurer, d’emprunter, si vous retrouvez sa trace.

Le label canadien My Beautiful Music qui avait notamment signé quelques travaux d’importance autour du comparse en chef d’Ed Ball au sein des Television Personalities ou des Teenage Filmstars, Daniel Treacy, vient de mettre sur le marché le résultat de plus d’une décennie de travaux sous la forme d’une splendide compilation tribute en 2 CDs, et une quarantaine de chansons, rendant enfin hommage à ce musicien d’exception qui a la particularité d’avoir disparu de la sphère publique depuis au minimum quinze ans, durée à laquelle on pourra quasiment en rajouter dix si l’on s’en tient au matériel vraiment original. Ed Ball est porté disparu. Il ne répond plus à personne. On l’a dit “dans l’enseignement”, reconverti dans le cinéma ou l’art en général, mais il est quasi impossible de suivre sa trace ou de trouver une quelconque nouvelle sur son parcours. Ceci étant dit, l’homme, âgé aujourd’hui de 66 ans, a laissé suffisamment de traces de son talent, suffisamment de disques et de chansons, pour qu’un auditeur moyen puisse y trouver son bonheur pendant la majeure partie de sa vie. Au sein de la bande de l’Oratoire (un lycée londonien) aux côtés de personnages tels que Treacy donc ou Joe Foster (le producteur de génie derrière le succès d’Alan Mc Gee et fondateur du label Revola), Ball fait ses gammes de compositeur dans le Londres du punk finissant. Il fait équipe avec Treacy sur les premiers TVPs avant de voler de ses propres ailes avec son groupe phare The Times.

Ed Ball entre ensuite au service de McGee au sein de Creation Records. C’est là qu’il mène de front une carrière de dirigeant de label, de musicien avec ses deux groupes, The Times (une douzaine d’albums), Teenage Filmstars (quatre ou cinq disques) puis avec Love Corporation (quatre disques) et en solo (quatre autres). Le patrimoine pop laissé par Ed Ball est donc considérable avec autour de 25 albums, 26-28 si on ajoute sa participation active à plusieurs disques des TVPs. C’est autour de l’ensemble de ces créations qui constituent l’un des corpus de pop anglaise les plus brillants, inspirés, intelligents, référencés, élégants, amusants, cultivés, mélodiques, entêtants de l’histoire des années 80 à nos jours, que The Beautiful Music a choisi d’articuler son tribute. Ce qui est assez paradoxal dans cette affaire, c’est que, malgré tout cela, et en dépit d’une carrière solo plutôt bien médiatisée  (les Inrocks chez nous) qui lui a valu avec Catholic Guilt notamment une exposition critique respectable, il est peu probable que quiconque dans votre entourage connaisse Ed Ball ou ait même jamais entendu un de ses morceaux.

Ceux qui écouteraient la compilation sans connaître les originaux seraient assurément scotchés par des morceaux qui sont d’authentiques chefs d’oeuvre aussi différents que Mill Hill Self Hate Club, Liam Gallagher Our Leader, Manchester ou encore Love Is Blue. Il y a bien sûr le single signature I Helped Patrick McGoohan Escape qui dit toute l’ambition du bonhomme : se libérer complètement de toute entrave sociale pour enfin échapper aux grosses boules rondes et voguer vers l’indépendance et l’autonomie. Toute l’histoire de Ed Ball se résume à discuter en musique de la liberté d’aimer, de la liberté citoyenne, de la liberté d’être heureux ou triste, amoureux comblé ou amoureux affligé. Ses chansons sont résolument britanniques : elles sentent le thé, l’insularité, l’isolement, la camaraderie, les valeurs désuètes, l’aristocratie, l’humour pince sans rire, le surréalisme, l’amour des Beatles mais aussi l’ironie et l’irrédentisme. Ed Ball aura été avec Treacy présent aux sources de ce qu’on a appelé plus tard le rock indé. Il en aura tiré les ficelles au niveau national et international, jusqu’à s’y brûler les doigts et l’âme, aux côtés de Mc Gee, avant sûrement de revenir aux sources et de vouloir s’en échapper à tout jamais. On connaît finalement assez peu de sa vie personnelle, de ses idées, de son parcours désormais mais on peut lire celui-ci à travers ses chansons et sentir l’homme bien à travers elles. La compilation rassemblée ici est tout bonnement somptueuse. Sur la forme d’abord avec son livret, ses illustrations, ce double disque chargé jusqu’au trognon. Sur le fond surtout avec des reprises qui, pour certaines, ne sont pas forcément moins bonnes que les originaux. Ed Ball n’est pas un chanteur à voix, ni un interprète qui dégage “une forte singularité”. Sa voix n’est pas immédiatement reconnaissable. Son ton calme et ses habitudes de composition le conduisent à évoluer dans un registre mélodique et généralement down ou mid-tempo qui est souvent tout sauf spectaculaire si bien qu’il est possible pour des groupes bien intentionnés de rivaliser d’assez près avec le maître.

Certains sont réellement doués. On adore Lovejoy qui sonne comme un Treacy un peu plus grave et nous fait pleurer de joie sur le superbe When You Lose Your Lover Learn To Lose. On adore The Che Men qui s’attaque à la montagne Mill Hill Self Club, l’un des “tubes” de Ball, période britpop, par la meilleure face. Les Yellow Melodies sont excellents aussi sur Manchester, notre chanson préférée. Et on peut aussi décorer les Eddies (Red With Purple Flashes) pour leur pop psychédélique, et Self Love pour sa version de Blue Fire (disque 2). Qu’un type qui reprend une chanson qui n’est pas de lui fasse quasiment aussi bien que l’artiste original est parfois le signe du caractère moyen ou générique de l’interprète. C’est à peu près tout le contraire de ce qui se passe ici avec Ball. On a le sentiment que cette capacité qu’ont les autres à lui rendre un hommage sincère et fidèle fait partie intégrante du caractère accueillant et de la générosité qui sommeillent au creux de ses chansons. I Hate Ibiza, par exemple, est exactement le genre de chansons qui se doit d’être chantée par de nombreuses personnes. C’est une chanson qui invite au partage et au rendu choral. Le travail que font les Pretty Eyes for Captain America est admirable. Les chansons de Ball sont souvent un peu tristes mais toujours solaires, tendrement maladroites, fragiles, fébriles. Ball et Treacy partageaient cette sensibilité extrême. Ball y ajoute un travail plus approfondi sur les structures, un usage plus rock et mécanique des guitares électriques, une capacité à dépasser l’intuition initiale par une construction savante et régulée qui assure la progression des titres.

C’est tout ceci qui est rendu ici. Cet esprit british, cette spiritualité, cette simplicité brillante dans les compositions. Ed Ball a composé des morceaux qui se prêtent à tout type de traitement et appartenaient à des genres assez différents. Il a été un peu punk, pas mal rock, surtout pop mais il y a des reprises qui rappellent qu’il a aussi fait dans le shoegaze à la My Bloody Valentine, travaillé l’électro, voire même des trucs plus blues, ce que rend assez bien The Painted Word sur Confiance. Le deuxième disque est un peu plus énergique que le premier et permet à ceux qui étaient restés sur le compositeur mélancolique du milieu des années 90 de voir qu’Ed Ball est un artiste complet et qui est capable de ruer dans les brancards. On aime son Controversial Girlfriend, joué par Crabber, chanson qui aurait mérité d’être un tube au moins aussi gros et dégueulasse que ceux de Oasis. A propos de Oasis, on aime toujours beaucoup la chanson de The Times qui s’appelle Liam Gallagher Our Leader, un titre qui se passe de commentaire et est réellement hilarant. Cerdito fait des merveilles sur It’s Time. Il y avait aussi nombre de voix de femmes dans l’univers d’Ed Ball. On trouve des accents de A House chez les Dupont Circles, des bribes des Inspiral Carpets.

Difficile de dire si Ed Ball a eu une influence sur la pop anglaise, tant il semble coller à la définition même du genre et en épouser les moindres nuances. Au point qu’on se demanderait presque si son nom ne cache pas un collectif d’artistes. Le disque 2 se termine sur un enregistrement live de The Times sur Britannia Sleeps Tonight. C’est la seule fois qu’on entend Ed Ball en personne sur ce disque. Il n’est ni plus cool, ni moins bien que les autres. Son irruption alors qu’on ne s’y attendait pas est comme épiphanie, comme s’il nous rendait enfin visite, par surprise, et nous disait qu’il est toujours là quelque part. On ne sait pas qui a eu cette idée de glisser ce morceau ici mais c’était une vraie inspiration. Ed Ball vit. Il respire le même air pop que tous les groupes qui lui rendent hommage.

Vous pouvez vous ruer sur ce double disque. C’est le meilleur disque de pop que vous trouverez cette année, sans aucune hésitation.

Tracklist :

CD 1

01. True Stories – I Helped Patrick McGoohan Escape
02. Rotifer – Red With Purple Fashions
03. The Che Men – Mill Hill Self Club
04. The Yellow Melodies – Manchester
05. Moore – Liam Gallagher Our Leader
06. Summerhouse – Tears On A Rainy Sunday
07. The Leading End – Love Is Blue
08. April Events – Miss London
09. Colin Swan – Last Tango For One
10. James Clarke Five – Extase
11. Mike Gale – Controversial Girlfriend
12. Lovejoy – When You Lose Your Lover Learn to Lose
13. Armstrong – It’s Kinda Lovely Where I Am
14. Pretty Eyes For Captain America – I Hate Ibiza
15. Alistair Jackson – There’s A Cloud Over Gillingham
16. The Broken Heed – Mill Hill Self Hate Club
17. Terryball – Boys About Town
18. Si Farrier – Heaven Sent Me An Angel
19. Tender Engines – Love Is Blue
20. Super 8 – Liam Gallagher Our Leader
21. The Answers – If Now Is The Question
22. Post Plastic World – I Helped Patrick Goohan Escape

CD 2

01. The Woermwood Scrubs – Britannia Sleeps Tonight
02. The Eddies – Red With Purple Flashes
03. The Painted Word – Confiance
04. Crabber – Controversial Girlfriend
05. The Selfish Cales – Thamesbeat
06. Bartholomew Mellowglass – Picture Gallery
07. Cerdito – It’s Time
08. Dupont Circles – Jokes On Zandra
09. The NoMen – Kiss Me (Teenage Filmstars)
10. The Great Auk Fanciers Society – Pinstripes
11. Cherry Fez – If Only
12. Lloyd Meadows – Theme From Dangerman
13. Dodgy Accent – Big Painting
14. Los Padrinos! – Looking At The World Through Dark Shades
15. Woog Riots – My Andy Warhol Poster
16. Self Love – Blue Fire
17. The Che Men – Mill Hill Self Club (instrumental)
18. Spring Rain – Liam Gallagher Our Leader
19. Terryball – Boys About Town (2025 mix)
20. Tetley – Big Painting
21. The Tables – Looking At The world Throught Dark Shades
22. The Times – Britannia Sleeps Tonight (Live London 1986)

Lien :
La compilation sur le label The Beautiful Music

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