Yalisco / Orange Orange
[Table Basse Records]

8.2 Note de l'auteur
8.2

Yalisco - Orange OrangeOn fait parfois de ces drôles de rencontres sur Bandcamp ! ou bien au hasard d’une liste hebdomadaire de sorties musicales (quand ce n’est une liste électorale…) ! La dernière remonte à Yalisco, groupe de surf et garage rock genevois et de leur nouvel album, Orange Orange.  Comme beaucoup de subdivisions issues du rock ou du jazz qui ne pipent mot, c’est un leurre : ces genres se portent bien, très bien même, comme on le voyait dernièrement avec nos Corespondents d’Amérique. Le groupe, dont le cœur se compose de David Torche, Anthony Savarit, Tarik Lazouni et Valentin Girardet, est paré pour secouer sa pulpe et nous couler un peu de soleil en ces temps moroses.

Nectar de garage

L’effet premier est celui d’une bouffée d’oxygène ; celui d’un transport, sans La Femme (la révérée, la nôtre – ouf !). On est toujours un peu troublé que cette musique typiquement américaine, faite il y a quelques décennies encore exclusivement par eux, soit aussi bien comprise à une bonne dizaine de milliers de kilomètres. On a l’exemple récent des passionnés de Ponta Preta en France, qui nous vient immédiatement à l’esprit, de même que Les Agamemnonz, plus continentaux dans l’âme. Tout ceci est compris et digéré, jusque dans l’écho des cordes ou de la voix, en retrait, évanescente. Car c’est d’abord une géographie toute particulière qui détermine cette musique. La puissance d’évocation chez Yalisco est alors instantanée. Les vallons et coteaux suisses dont on pensait tout connaître prennent des allures de jeu, accueillants, et l’on voit notre petit pâtre aujourd’hui en grand échalas émacié, mâchant sa chique. C’est évidemment un Mirage qu’on se plaît à contempler. Avec Orange Orange, Yalisco vous injecte un bout de Californie dans les oreilles, nous en mettant plein les mirettes. Cela fait un bien fou, comme un jus d’orange… mais pas pressé du tout, cool du zeste.

Car oui : plus qu’une géographie, le garage rock est une philosophie. Nada Más a la désinvolture des saints branleurs, instinctivement sympathique et revigorante, avec ce petit truc qui nous (les) Kinks. L’espagnol leur va bien, l’anglais aussi. Des mamacitas passent, elles s’esclaffent de leur beauté, à nos compliments hasardeux, et on rit de notre ridicule. Comme casse-croûte, on savoure un saucisson des Alpes autour d’un bivouac improvisé, partageant le pain avec les copains. Allah-Las, que c’est grand, que c’est bon ! Les guitares ferraillent et peignent paysage sur paysage. Et alors qu’on râlait il y a peu à l’écoute des albums de TVAM et TRAITRS, incapables de  suffisamment renouveler leur genre niche (la darkwave, chez eux), il émane d’Orange Orange une force de sincérité. Certes, ce ne sera pas ici non plus que la surf fera sa révolution – si ce n’est par quelques petites libertés locales, comme le choix du français sur certaines pistes, donnant des petits airs de Marlon Magné, indolent, nous laissant circonspects – mais l’ensemble est truculent de chez truculent.

Surf qui peut !

On reprend la route, vers les Abruzzes : on s’est mis en tête d’aller chercher des producteurs ritals pour relancer le western en Espagne, en mode suédé et gonzo, budget riquiqui mais envie maxi. La durée de l’album est d’ailleurs bien choisie, permettant de ne jamais tourner à vide. Et merde, on a perdu La Clé de la bagnole… et la voiture avec. On est en haut de la vieille Europe, on savoure les Couleurs d’Automne du haut de Montreux et un instant – extase ! – notre El Dorado imaginaire se superpose. Puisque les saltimbanques nous ont donné un drôle de petit remontant, on part bille en tête trouver une certaine vache aux taches violettes qu’on a vue dans nos effluves profondes, une vache répondant au doux nom de… Milka. Et on ne sait pas si la fumée vient du barbecue ou de nous, et la fin vire psychée. Des charo(gnard)s tournent auteur de la fumée du feu, ou alors est-ce celle émanant de nos bouches – on a juste un peu trop tiré sur la musique et l’imagination, on vous jure : “Vole oiseau, vole tout doucement.” On est emporté, on fait de la glisse sur un manteau de neige (mais attention, la cavalerie suisse n’est pas commode) ; puis allons nager dans les nuages de barbe à papa, destination Zurriola.

Suffit d’un coup de gratte pour nous peigner un paysage de soleil et de nomades aventureux. Orange Orange se veut plus vitaminé que le premier album, Yalisco (2024), le second étant moins folk mais plus fou. C’est la capacité du rêve, d’inspiration, que soulève cet album, aussi bien que la capacité d’un groupe de passionnés de nous l’insuffler dans les oreilles. Avec un tel album, le voyage n’attend pas le départ.

Tracklist :
01. Mirage
02. La Clé
03. Orange Orange
04. Sei
05. Nada Más
06. All This Time
07. Couleurs d’Automne
08. Zurriola
09. L’Oiseau

Liens :
Le groupe sur Instagram
Le label est sur Instagram

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