Les Instantanés d’Imara #47 – ESG à New York

En déplacement à New York pour une exposition célébrant le cinquantième anniversaire de Punk Magazine à laquelle je participe, (celle-ci a en fait lieu à Hudson, une petite ville à deux heures de train de la Grosse Pomme), j’eus la bonne surprise d’apprendre quelques jours auparavant que le groupe ESG, auquel j’avais consacré une chronique dans le numéro 29 de cette rubrique allait se produire sur scène la veille de mon vernissage.

ESG par Imara

Les soeurs Scroggins nous ont donné rendez-vous vendredi 16 octobre dans une petite salle de Brooklyn, le Baby’s All Right. Les mamas du post-punk new-yorkais montent sur scène à 20h40.

À droite, voilée de rose de la tête aux pieds se trouve Marie Scroggins, qui fait les chœurs, joue des congas..et de la cloche à vache. Sa sœur Renee est la chanteuse du groupe, comme c’était déjà le cas en 1981.

À l’exception du batteur Mike Giordano, ESG reste une affaire de famille: le fils et la fille de Renee remplacent depuis quelques années les deux autres soeurs Scroggins, Deborah et Valerie.  Nicholas est au tambourin tandis que sa sœur Nicole (qui porte ce soir là un amusant t-shirt à l’effigie de Bob l’éponge) est à la basse. Si il y a bien un instrument qui a défini le post-punk, c’est la basse. Que seraient PiL ou Joy Division sans la basse ? Les new-yorkaises ont d’ailleurs partagé pendant un temps le producteur (Martin Hannett) et le label des mancuniens, puisque leur premier EP était sorti chez Factory Records.

La basse proéminente et bourdonnante s’entend dès les premières secondes de Dance, le premier morceau du set, un titre on ne peut plus parlant issu de leur premier album, Come Away with ESG. Renee Scroggins a toujours cette petite voix très atypique qui a contribué au son de ce groupe. Et surtout, elle et sa famille ont gardé leur spontanéité et une joie de vivre malgré les nombreux aléas de la vie.

Il y en a notamment un qui est très content d’être là: Nicholas, le fils de Renee. Pour beaucoup, son rôle pourrait sembler mineur: il fait les chœurs et joue du tambourin et de la cloche à vache. Mais il contribue grandement à créer l’ambiance festive qui règne ce soir- là. Ce joyeux drille enrobé au t-shirt fluo danse, fait des va-et-viens ainsi que divers mouvements. Il chauffe la salle et déborde de bonne humeur. La famille entame le groovy Earn It puis leur fameux instrumental U.F.O, samplé par des centaines de rappeurs depuis plus de quarante ans…sans que les sœurs ne touchent un centime, alimentant ainsi une grande amertume chez elles (on les comprend). Nicholas et Marie Scroggins enfilent à ce moment là des masques d’extraterrestres: la musique c’est aussi fait pour s’amuser. Chaque titre se termine par un bref solo de batterie rythmé faisant office de transition vers le morceau suivant.

Des morceaux plus récents comme I feel it tonight sont également au programme, mais la majeure partie du set se concentre sur les débuts, ce qui n’est pas plus mal bien que les titres plus tardifs ne dépareillent pas et restent très sympathiques à entendre. Elles jouent ensuite plusieurs morceaux du premier album, The Beat puis les géniaux You Make no Sense et My Love for you, repris plus tard par les Dirtbombs.

Moody, le tube de ESG est vivement accueilli par le public: les gens dansent et s’amusent certes, mais c’est avant tout Nicholas la mascotte de cette soirée. Il s’éclate à fond avec ses claves et ses cloches à vache ! Il y a des guitaristes qui tirent la tronche en jouant des solos de virtuose à rallonge, mais lui est heureux et se donne à 200% avec des instruments rudimentaires entouré de sa famille ! Et voilà qu’il porte une scintillante veste bleue à plumes et un masque de perroquet ! Plus qu’une fête, ce concert devient un bal costumé sous le signe du funk et du punk. Une des chansons jouées ce soir s’appelle Strange Creatures Dance. C’est le cas de le dire !

L’un des grands moments de cette soirée est aussi celui qui sonne son glas, avec l’interprétation de Step Off, morceau donnant son titre à leur album de retour sorti en 2002. Bien que les lignes de basse de ESG soient solides et entraînantes, celle de Step Off est particulièrement hypnotique. Grosse fiesta en plein Brooklyn avec en prime un solo de sifflet (!) et un hommage à James Brown, le héros des sœurs Scroggins avec son Get up offa that thing. Le morceau s’étire et pourrait durer toute la nuit: on ne s’en plaindrait pas. Renee et sa famille remercient le public qui scande avec ferveur: “ESG ! ESG!”

Une soirée courte (cinquante-cinq minutes) mais marquante à laquelle je suis heureuse et chanceuse d’avoir assisté, d’autant plus qu’il s’agit (paraît-il) de leur dernière tournée.

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