Radhika / Cine-Pop
[Glass Modern]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Radhika - Cine-PopC’est l’histoire d’une passion personnelle qui dure depuis plus de 40 ans ; personnelle et néanmoins largement partagée, notamment par ici : celle pour le rock de Glasgow ; écossais élargira-t-on. Une passion durable, non seulement parce que certains de ces illustres précurseurs rencontrés dans les années 1980, de Simple Minds aux Pastels en passant par les Jesus & Mary Chain sont encore très présents bien que plus ou moins actifs, mais surtout parce la métropole écossaise, inexplicablement oubliée du Rock City Guide de Jean-Daniel Beauvallet, a su au fil des décennies renouveler un vivier qui a toujours semblé intarissable et rarement décevant. Dernières pousses en date d’une n-ième nouvelle scène en pleine émergence, Fatale, Bogle, Supersun ou Radhika sont des noms qui deviennent de plus en plus audibles et dont on n’a certainement pas fini de parler. C’est cette dernière qui a en premier attiré l’attention, à cause de ou grâce en vérité à son petit côté « nepo baby », toutes proportions gardées évidemment ; on est à Glasgow, pas Londres, Paris ou L.A. Radhika Meera Dade est donc la fille de Sushil K. Dade, éminent membre de cette scène qui le vit émerger au sein des Soup Dragons, prendre le virage électro sous le nom de Future Pilot A.K.A. mais surtout être le collaborateur infatigable d’une multitude de projets et acteurs culturels de ce milieu bouillonnant des bords de la Clyde. Admettons que comme modèle d’éducation, on fait pire.

Cine-Pop sorti au printemps dernier est donc le tout premier album de la jeune femme qui donne son prénom à un trio dans le lequel son père tient très officiellement la basse, son instrument de prédilection. Pour parfaire le CV et comprendre qu’il n’y a pas d’autre choix pour qui suit amoureusement la scène de Glasgow que de se pencher très vite sur cet album, il suffira de rajouter qu’elle aura ici bénéficié du parrainage hautement symbolique de l’aussi discret qu’indispensable Gerard Love (Lightships, ex-Teenage Fanclub) ainsi que de Mitch Mitchell, membre historique des Pastels. Alors oui, évidemment que même dans le milieu de la pop indépendante, être bien née et bénéficier du soutien musical des amis de papa, de véritables héros pour Radhika comme pour beaucoup, ça aide forcément un peu. De même, se retrouver à chanter la partition de Liz Frazer (une autre écossaise, ne l’oublions pas) en compagnie de Stuart Murdoch (écossais lui aussi, évidemment) et d’anciens membres du groupe sur Primitive Painters, l’une des plus belles chansons de Felt a tout du rêve éveillé pour la jeune femme ; ou traduit objectivement l’émergence d’un véritable talent. Ça, c’est à Cine-Pop d’en donner un début de réponse. Mais vous le savez, on n’a pas tellement l’habitude de perdre du temps avec les disques tièdes et celui-ci ne va pas déroger à la règle.

On n’élève pas des enfants pour en faire des clones et tant qu’ils s’épanouissent, quel que soit le domaine ou la façon de le faire, c’est bien le principal. Mais de la même façon que les parents sont fiers de voir leur progéniture adopter les valeurs qu’ils ont essayées de leur mieux de leur transmettre, les voir embrasser une carrière musicale s’inscrivant dans la continuité familiale à de quoi vous soutirer une petite larme et l’envie, si demande il y a, de filer tous les coups de main nécessaires pour que cela fonctionne. Ainsi accompagnée, pour ne pas dire mentorée, Radhika propose un album qui va surtout surprendre par sa fraicheur plus que par son orientation musicale assez conforme à ce que la promesse peut laisser entendre. La pop est légère et charmeuse, un rien psychédélique avec ses airs de swinging sixties et renvoie régulièrement au très apaisé Illumination des Pastels en 1997, sans doute pas leur album le plus iconique mais de loin leur plus serein, faisant la part belle au chant féminin et aux mélodies chaloupées. Et puis, franchement, peut-on décemment douter d’une jeune artiste qui fait sienne la splendide Nowhere Near de Yo La Tengo ?

Le charme ne met pas longtemps à opérer. Dès l‘instrumental introductif Theme From R.A.D.H.I.K.A. (For David Lynch) qui sera décliné deux autres fois sur Intermission Theme (Slight Return) et Theme From R.A.D.H.I.K.A. (For Lalo & Laetitia) voire une troisième sur une piste cachée plus anodine, on se laisse emporter par ce morceau particulièrement convainquant, groovy à souhait avec sa ligne de basse extra, exotiquement relevé de tambura et de flutes ou de Da-doo-wap angéliques. Avec ses variations, ils opèrent donc comme une véritable ponctuation de l’album (début, milieu et pré-générique de fin), une affirmation que ce que Radhika cherche à nous proposer pour sa première œuvre est bien à prendre dans son intégralité. Feline Bandits est sans doute le morceau sur lequel se fait le plus sentir l’influence des Pastels, dans le timbre de voix en particulier qui rappelle par moment celui d’Annabel “Aggi“ Wright sauf quand elle s’envole dans un joli refrain de haute facture ; un peu à l’inverse de la lascive et obsédante Sleep sur lequel la voix se fait plus feutrée et sensuelle. D’ailleurs, Since Yesterday (une autre reprise, cette fois du duo girly-synthpop-80’s et…. écossais Strawberry Switchblade) sur laquelle Radhika reçoit le soutien de Tracyanne Campbell de Camera Obscura ou Cocoa Butter Eyes nous happent par la performance vocale d’une jeune femme sûre de ses choix et rappellent à quel point le chant dans la pop peut aussi s’avérer être un véritable instrument qui cristallise l’attention sans pour autant la phagocyter, équilibres harmoniques de toute beauté, absolument entêtants.

Avec Tum Hi Ho, on reste en famille puisque le morceau qui puise dans les racines indiennes des Dade est chantée par Vanita Dade, mère et femme de. Sans y comprendre grand-chose, on se laisser emporter par la musicalité de la langue qui s’accorde parfaitement à la lente douceur d’un morceau joué en sourdine qui nous transporte dans un ailleurs qui s’éloigne des clichés habituels. Et puis il y a Starry Eyes qui, outre le fait qu’on est heureux de retrouver la voix de Gerard Love (l’unique album de Lightships date de 2012 et la dernière fois qu’on l’a entendu au sein du Teenage Fanclub, c’était sur Here en 2016 avant son départ du groupe), est le joli tube de l’album, chanson spontanée d’une belle évidence qui ne paie de mine au premier abord mais vous attrape sans crier gare. Et puisqu’on parlait à l’instant de la bande de Bellshill, Future Me se présente sans doute comme le titre qui renvoie le plus à la grâce toute west coast que Norman Blake et ses acolytes n’ont de cesse de développer dans leur musique depuis de nombreuses années.

Ni coup de génie, ni d’ores et déjà « album de l’année », Cine-Pop nous fait entrer dans l’univers référencée d’une jeune musicienne bien entourée mais qui parvient sans peine à faire éclater au grand jour sa classe et son talent symbolisés en particulier par un chant déjà très affirmé et un sens mélodique issu de la meilleure école qu’il soit. A l’image de la plupart des musiciens et musiciennes qui ont émergé de cette scène glaswegianne au fil des décennies, Radhika aborde sa carrière avec beaucoup d’humilité. Si certains, à Glasgow comme ailleurs se sont brûlé les ailes, d’autres que l’on connait bien ont tranquillement mené leur barque jusqu’à atteindre les sommets sans rien sacrifier à leur esprit originel quand quelques-uns sont même devenus cultes en étant le plus discret possible. On ne souhaite rien d’autre à Radhika Meera Dade que ce Cine-Pop ne soit que le premier tome d’une longue et passionnante série.

Tracklist :
01. Theme From R.A.D.H.I.K.A. (For David Lynch)
02. Feline Bandits
03. Starry Eyes
04. Sleep
05. Tum Hi Ho
06. Intermission Theme (Slight Return)
07. Since Yesterday
08. Cocoa Butter Eyes
09. Future Me
10. Theme From R.A.D.H.I.K.A. (For Lalo & Laetitia)
11. Nowhere Near

Liens :
Le groupe sur Discogs
Le groupe sur Instagram
Le site du label

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