Casper Iskov, le mystérieux chanteur Danois qui ne savait pas où aller

Casper IskovLe Danois Casper Iskov s’était jusqu’ici fait connaître à travers les travaux shoegaze grungeo-folk de son groupe (?) Love Talk. On avait croisé la route du jeune homme alors qu’il avait à peine dix huit ans au moment de la sortie de ce qui semblait être son premier album, From An Unspoiled Female Naivety, dont on avait surtout retenu le titre et la jolie pochette. La musique nous avait moins convaincu, bien que pétrie de qualités (vocales, mélodiques). Le jeune homme marchait allègrement sur les terres déjà contestées de Ride mais quelque chose comme quinze ans après, voix d’ange et guitares grésillantes, mais sans la capacité de montée en apesanteur des Oxfordiens – qui étaient deux. Un autre album (sorti uniquement en cassette) avait suivi en 2013 avant qu’on ne redécouvre par hasard le bonhomme sur un titre : Two Hour Sex (2016), face B d’un single lui-même épatant, Rotella, dont on était tombé amoureux du clip (enfin, de l’actrice du clip, pour être précis).

Le son était plus ramassé, plus fort aussi, façon Teenage Fan Club, et notre attirance avait reposé alors sur cette promesse surnaturelle d’une session sexuelle de deux heures avec cette mystérieuse petite soeur de Nico (le clip était référencé alors comme celui d’un groupe de Manchester). On était vite repassé aux affaires courantes, jusqu’à ce que, par la force des réseaux (non pas sociaux mais de copains), un ami nous glisse le dernier morceau en date du gentil Casper. On a du se rendre à l’évidence alors : le beau Danois n’avait pas chômé depuis deux ans, offrant au monde qui l’ignore une floppée, de chansons, de singles, de reprises (Radiohead, Green Day, Ride, par exemple) qui avaient toutes pour elles de… s’écouter et de s’écouler sur son nouveau label (le sien), baptisé Rasta Sound.

Libéré de son groupe Love Talk (de son batteur, de son guitariste), Iskov fait tout lui-même et propose une musique un peu plus apaisée et tranquille qu’auparavant, mais qui reste assez fascinante et pleine de poésie, même si certains la trouveront.. banale et gnangnan. On trouve encore dans tout ce qui est sorti depuis un an des morceaux incisifs comme le curieux Succsex, à la rythmique baggy carrément bizarre, et d’autres carrément mélancoliques comme Face ou le récent Father.

Les images qui illustrent ces singles trahissent le grand écart émotionnel et musical qui caractérise cet artiste (tantôt séducteur à la mèche blonde, tantôt vêtu de noir et au bord du suicide) qui doit désormais approcher la trentaine. Le talent est intact, protéiforme, comme s’il cherchait encore une incarnation ou une force capable de le concentrer sur un effort, un long format capable de dégager une unité esthétique. Casper Iskov est un artiste aimable et qu’il faut avoir à l’oeil. Tout le monde n’est pas capable d’écrire une chanson aussi cool que Poems Like Her. Est-ce qu’il y a mieux à attendre d’Iskov que ça ? Peut-être. Peut-être bien.

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