La Féline, l’aventurière

La Féline - SengaFallait-il attendre d’Agnès Gayraud une nouvelle variation autour du paradis perdu et des affres (toujours lucides) liées aux contingences adultes ? Non, bien sûr. La Féline, on le sait depuis longtemps, redoute le surplace. Chaque album laboure en effet une thématique précise, quand il ne s’agit pas de recueillir, sur un mode intimiste et philosophique, des pages arrachées au livre de la vie. Agnès écrit sur sa pensée, sur ce qui la relie au monde actuel – ou bien l’en éloigne.

Avec ce nouvel EP, La Féline se dédouane de la réalité pour plonger dans le fantasme. Une rupture stylistique qui permet à la compositrice d’exploiter d’autres facettes issues de ses marottes artistiques (et particulièrement, ici, le manga).

Agnès Gayraud, sur un Senga qui ne pourrait se réduire à une simple écoute distraite, se rêve en aventurière, en héroïne littéraire cherchant à faire corps avec Dame Nature. Loin du marasme et du chaos de l’époque contemporaine, l’échappatoire vers le songe est certainement préférable à une quelconque affirmation du discours. Mieux vaut fuir que subir. Se perdre en soi plutôt que de commenter un présent qui déprime les cœurs.

Annonciateurs d’un nouvel album (début 2017), Senga et Trophée permettent à La Féline de poursuivre une collaboration fusionnelle avec le surdoué Xavier Thiry (Hello Kurt) tout en s’associant à Mondkopf pour le second titre.

Et puis il y a cette pochette représentant une tête royale de la fin de la XVIIIe dynastie des pharaons d’Égypte (« avec cette coupe de cheveu qui ressemble à celle que je pourrais me faire, si j’optais, à la place de cheveux organiques, pour une pratique perruque de Playmobil », comme le précise Agnès sur son excellent blog Moderne, c’est déjà vieux). Un autoportrait (hasardeux) qui échappe à la lisibilité du temps puisque cette sculpture, nous apprend Agnès, est « protégée dans l’obscurité des profondeurs du Louvre ». Un secret. Comme la musique de La Féline, qui semble surgir d’une évidence jusqu’alors enfouie.

La Féline – Trophée


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