[Interview] – Mira Cétii : chanteuse grave et majestueuse

Mira Cétii - CetusAu moment où les Victoires de la Musique viennent de livrer leurs banales notifications annuelles, il est bon de revenir vers des artistes français qui nous touchent, qui nous parlent depuis déjà plusieurs disques. C’est le cas de la divine Mira Cétii. La musicienne vient de sortir un troisième volet à une exploration spatiale, barrée mais intime nommée Ce que les étoiles commettent. Après Orion et Persée, voici donc l’épisode trois : Cetus. Mira dans l’espace, Mira lychienne, Mira intègre. Toujours confidente intime (ce qui est beaucoup). Messieurs les labels : votre nouvelle artiste folk-pop-chansons, avec le grain de folie que ne détiennent pas vos signatures vieillottes, elle est ici. Mira jeunesse.

Dernier volume d’une trilogie : conclusion ou nouveau départ ?

En fait c’est un peu des deux car si la trilogie est terminée, l’envie de travailler sur un premier album grandit…

Triptyque (idée de) ?

L’idée était de « distiller » mes chansons pour me faire connaître tout doucement, à mon rythme. L’enregistrement d’un EP en autoproduction est moins coûteux et moins contraignant. Puis je me suis prise au jeu du triptyque, je trouvais ça symboliquement fort, et puis je savais que j’avais potentiellement de quoi enregistrer 18 chansons en 3 ans puisque certaines commencent à dater un peu ! C’est donc d’une certaine façon un mélange de pragmatisme et de ce besoin de ritualiser la création et l’élan vers les autres.

Avec le temps et les albums, comment analyses-tu aujourd’hui ta nécessité à composer ? Qu’est-ce qui sépare l’Aurore d’Orion de celle de Cetus ?

Je crois que ce qui sépare Orion de Cetus c’est avant tout ma confiance en moi. Je compose toujours de la même manière : à l’instinct, partant d’un mot ou d’une mélodie de guitare. La création peut prendre plusieurs chemins. Mais si je ne sais pas toujours ce que je veux (car beaucoup de styles différents m’inspirent, j’apprends à me canaliser pour ne pas perdre Mira Cétii dans trop d’esthétiques différentes), j’ai appris à aller plus vite et de façon plus assumée vers ce que je veux dire et chanter.

Ton environnement naturel influence beaucoup tes inspirations musicales. As-tu écris Cetus dans un état d’esprit différent des deux précédents EP (que je considère comme des albums) ?

Il me semble que mon état d’esprit est resté le même. Je ne vis plus aussi proche de la forêt, car aujourd’hui je suis « à la campagne », d’ailleurs le côté sauvage de la forêt me manque parfois. Pourtant, que ce soit par frustration ou émerveillement, la nature m’inspire, c’est un peu comme l’air qu’on respire : impossible de faire sans !
D’une manière ou d’une autre, un mot qui renvoie à la nature comme « montagne » ou « falaise », ça donne tout de suite une beauté grave et majestueuse à la phrase. Bon, je ne veux pas généraliser, mais je crois que mes « déclencheurs » d’inspiration sont surtout des éléments naturels ou – malheureusement –  ma colère envers ceux qui dénigrent la nature.

Fausse impression de ma part ? Dirais-tu que le triptyque, au fur et à mesure des albums, tend de plus en plus vers le lumineux. Comme si tu quittais Laura Palmer pour l’humanité Straight Story – je reste dans une métaphore Femme à la bûche.

À vrai dire, j’ai l’impression qu’ils sont tous les trois équilibrés pareil : entre morceaux sombres, graves voire engagés et quelques ballades plus illuminées… C’est vrai que Cetus commence avec un morceau aux refrains plus «dansants » (une fois n’est pas coutume !) : Ce que les étoiles commettent… Mais c’est une danse de fin du monde, celle qui nous prend quand on se dit : bon, jusqu’ici tout va bien pour moi, autant rigoler un peu et admirer la beauté de l’apocalypse ! (rires)

Restons lynchiens, encore un peu : tu as vu la troisième saison de Twin Peaks ? Pour moi, il s’agit du plus beau film de la décennie. Es-tu toujours aussi fan de Lynch en 2018 ?

C’est marrant, avec des amis nous avons ingurgité en trois jours les deux premières saisons (ainsi que beaucoup trop de café, des tartes et autres douceurs dignes de la gourmandise de Dale Cooper !).
Nous allons bientôt entamer la 3ème saison, j’ai hâte ! En tous cas, les deux premières m’inspirent plus que jamais, ça a très bien vieillit, je suis encore plus fan !

Enfant, tu étais fascinée par l’astrologie. Jusqu’à écrire aujourd’hui, en tant que compositrice, trois albums consacrés aux étoiles. Mais dans ces trois disques, l’intime se confond avec tes rêves d’enfance. Dirais-tu que ta discographie (car nous pouvons maintenant parler de discographie) te permet de relier l’adulte que tu es avec les visions, les rêves, les obsessions de tes jeunes années ?

J’étais (et suis toujours) fascinée par l’astronomie et aujourd’hui je verse aussi – au grand dam de mes amis cartésiens  – dans l’astrologie effectivement. J’aime bien garder un pied dans la science et un autre dans la magie. Les étoiles sont parfaites pour cela : on en apprend toutes les nuits sur l’Univers, et pourtant le mystère reste, s’étend, et offre une infinité de vérités. Comme un livre d’histoires : on y revient toujours, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on est dedans…

Comment une passionnée telle que toi, qui écrit par nécessité, qui ne sort aucune chanson anodine, qui balance son âme à chaque album, s’adapte-t-elle aux difficiles fluctuations de l’industrie musicale ? Quel regard portes-tu en 2019 sur l’industrie du disque, et sur les labels en général ?

Je porte un regard à la fois frustré et résigné sur l’industrie musicale car je sais que ce n’est pas la sincérité ou même le talent qui permet de « vivre de sa musique ».
En plus ça m’a toujours paru étrange de mêler argent et musique – quoique je suis bien consciente de la chance et du privilège d’avoir (encore) un statut d’intermittente. Alors je me considère davantage comme une artisane qui fait « ses petits paniers en osier », « ses bijoux » avec quelques objets glanés dans ses promenades. Je suis heureuse quand mon travail touche quelqu’un. Évidemment, j’adorerais être entourée par une équipe de passionnés qui m’aideraient à développer ma carrière, mais il faut croire que je ne suis pas douée pour attirer leur attention…
Ceci étant, je connais des gens qui « ont signé » comme on dit, et ça n’est pas forcément la panacée. Au début on se retrouve avec les moyens de faire à peu près ce qu’on veut, mais les fluctuations du milieu font que l’on peut se retrouver sur le carreau du jour au lendemain, avec parfois des contrats qui empêchent de retrouver une autonomie d’action.
Alors je relativise, je fais mon chemin, tout doucement.

Pour terminer, quels sont les albums, les artistes, les chansons qui en 2018 t’ont parlé, touché ?

J’écoute pas mal de truc un peu au hasard et souvent mes découvertes n’ont pas d’actualité… Je n’ai pas suivi la sortie d’un album en particulier. J’aime beaucoup le dernier album d’Anna Calvi sorti en 2018 mais mes derniers coups de cœur sont des artistes installés depuis quelques années, que j’ai découvert sur le tard tels que Alabama Shakes ou Théo Katzmann (le chanteur-guitariste de Vulfpeck).

A quand un nouveau concert parisien ?

Je vais jouer à la Manufacture Chanson en juin pour le festival « Lâcher d’Artistes » et j’essaie de trouver d’autres dates sur la capitale pour la rentrée 2019.

 

Mira Cétii en playlist

Mira Cétii – Persée (Ce que les étoiles commettent #3, #2 et #1)



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