Les Instantanés d’Imara #33 – The Masonics à Paris

The Masonics à ParisLes Masonics ont joué à guichets fermés le vendredi 13 mars à la Java, petite salle du quartier de Belleville. Il faut dire que chaque apparition scénique d’un groupe de Medway en France constitue un évènement attendu pour leur petit mais solide noyau de fans, tant ils se font relativement rares dans l’hexagone: la dernière fois qu’on a vu des musiciens de cette scène en concert, c’était Holly Golightly et Lord Rochester à Montreuil en 2023.

La première partie est assurée par The Squares. Tout droit venus de Nancy, ils sont l’un des seuls groupes français à avoir été signés sur Hangman Records, le label de Billy Childish, chef de Medway. Il y a cependant un hic avec cette salle: la scène est basse et les murs autour sont étroits: si vous n’êtes pas au premier rang, vous l’avez dans le baba et vous ne voyez rien, si ce n’est à quelques occasions les têtes des musiciens (sauf du batteur). On aperçoit quand même le bassiste sautillant des Squares qui manque presque de se prendre le plafond, ainsi que le chanteur et son chapeau. Le set des Squares, entre rock garage qui démonte comme il faut et blagues potaches, est assez bon mais s’éternise. On se languit des Masonics.

Après un petit entracte, voici enfin les Masonics. Le trio se compose du chanteur Mickey Hampshire (The Milkshakes), du bassiste John Gibbs et du batteur Bruce Brand, toujours fidèle au poste. Les trois anglais se présentent au public dans un français qui peine mais essaye, avec même un clin d’oeil à Jacques Dutronc avant d’entamer leur concert. Plus de reprises que d’originaux dans le cadre de la promotion de leur nouvel album, qui n’est en fait ni plus ni moins que l’ensemble de leurs derniers EP regroupés sur un 33 tours. Parmi les originaux, on entend ce soir des titres plus anciens comme Hey Calinda, Going Down Fast, Obermann, Don’t torment me ou l’instrumental Coelacanth. Si leurs chansons se caractérisent souvent par une certaine amertume, que ce soit dans le chant ou les textes d’Hampshire, ces trois messieurs débonnaires avaient l’air ravis d’être là, communiquant avec énergie mais sans fioritures leur joie et leur amour du rock n’roll à un public certes réceptif mais pas toujours respectueux. En témoignent les quelques malotrus qui parlaient non seulement pendant le set des Squares, mais surtout pendant celui des Masonics ! Mais qu’est-ce que c’est que ces manières?!  Entre la visibilité plus qu’à désirer, le sentiment de compression dans la fosse et les bavards décérébrés, je ne pense pas remettre les pieds dans cette boîte à sardines qu’est la Java. Fort heureusement, les Masonics se sont montrés à la hauteur, bien plus que la scène sur laquelle ils jouaient. L’impeccable et élégant Bruce Brand, homme à tout faire du Medway, quand on pouvait l’entrevoir, est toujours aussi doué avec son jeu et sa décontraction naturelle héritée des batteurs de jazz. John Gibbs et Mickey Hampshire ne sont pas en reste non plus.

En ce qui concerne les nombreuses reprises, nous avons eu droit à Bertha Lou, rockabilly repris par Tav Falco au début des années 80, écrit par John Marascalco qui a signé plusieurs standards du genre pour Little Richard, au classique Ride Your Pony du soulman Lee Dorsey ou encore I Can Tell de Bo Diddley, éternelle influence des groupes de Medway et autres. Hampshire invite ensuite Ludella Black (chanteuse des Delmonas) à les rejoindre. Elle chante comme au premier jour et met un grain de sel qui est tout à fait la bienvenue. Cerise sur le gâteau, l’ensemble joue une version enthousiasmante de Why don’t you smile now, obscure composition de Lou Reed et John Cale d’avant le Velvet devenue standard pour les groupes de Medway.

Les Masonics annoncent la fin du concert. Déjà ? C’était court. Finalement et comme on pouvait s’en douter, ils reviennent pour un rappel avec un morceau que l’on reconnaît dès les premières mesures: New Rose des Damned. Une chanson cultissime et parfaite qui détonne, tant la musique des Masonics et des groupes de Medway est ancrée dans le début des années 60. On oublie parfois que eux aussi ont été marqués par le punk, dont ils ont gardé le minimalisme et l’énergie. Voilà qui peut compenser le fait de ne pas avoir pu assister au concert des Damned le mois dernier, qui eux aussi ont essentiellement joué des reprises, et peut-être pas aussi bien que les Masonics. Ils jouent ensuite Oooh-Poo-pah-doo, classique de rythm n’ blues de la Nouvelle-Orléans signé Jessie Hill et Allen Toussaint avant d’annoncer un titre en allemand à chanter en choeur…Mais que ceux qui n’ont pas fait allemand LV2 se rassurent: Il s’agit de Lookin for my baby de Doc Starkes, dont le seul mot dans cette langue est un “ja,ja” répété à l’infini, soit yeah yeah. La base, quoi…

Remerciements des Masonics avant de tirer leur révérence. Humbles, généreux, enthousiastes et passionnés, personne ne pourra dire que les Masonics ou que les groupes de Medway ne maintiennent pas le rock en vie.

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