Luke Haines / Adventures in Dementia a Micro Opéra
[Outsider Music – Cherry Red Records]

Luke Haines Adventures in Dementia a micro OpéraOn est rarement déçu ces temps-ci par les disques de Luke Haines tant il est facile d’y trouver son compte et d’apprendre par la même occasion un bon millier de trucs complètement inutiles sur la culture anglaise. C’est le cas ici quand bien même ce CD ne fait que 15 à 20 minutes pour six chansons. Depuis quelques années, Luke Haines fomente une révolution clandestine où il met à mal l’industrie du disque et ses petites habitudes de rock star en plaçant sa liberté et ses envies par-dessus toute autre considération. Cela nous a valu un album dédié aux catcheurs anglais du passé, un curieux album sur les Rock N’Roll Animals qui mêlait musique pour enfants, dessin animé et le rock n’roll des origines et puis un album consacré aux figures du New York des années 70. On ne sait pas trop pourquoi mais ces trois disques étaient de vraies réussites dans leur genre. Luke Haines a aussi écoulé un lot de portraits peints sur le net et très récemment vendu pour une centaine d’euros (75 livres) un album entier et unique à seulement 75 heureux privilégiés. Le chanteur qu’on dit à l’abri du besoin a trouvé sa propre économie et celle-ci se situe très très loin des labels (il reste soutenu par Cherry Red Records), des ventes énormes et globalement très très éloignée de ses grandes heures britpop du milieu des années 90.

English version below.

Même à cette aune, Adventures in Dementia a Micro Opéra reste un projet bizarre. Luke Haines a été invité l’année dernière à un festival à Berlin où il a donné deux jours durant une représentation de ce qu’il a appelé un micro-opéra consacré à Mark E. Smith. Le livret est assez simple et marrant  : le groupe The Fall doit rejoindre un festival où il joue et s’embarque dans un road trip épique dans une caravane. L’ambiance est joyeuse, selon les standards du groupe, c’est-à-dire tendue, nerveuse et sous influence. Mais il y a un hic : Mark E. Smith n’est pas vraiment là et a été remplacé, sans que personne s’en aperçoive, par un imposteur, un clone. Finalement, le groupe a un accident idiot et percute un célèbre skinhead qui passait par là…. Ça vous suffira ? Aventures in Dementia ressemble à un concept album sans véritable concept. C’est à la fois un hommage à The Fall et en même temps un vrai disque de Luke Haines, ironique, critique et plein d’amour pour la culture britannique, élégant et spirituel sur chaque note. On se retrouve donc avec une chanson cryptée sur Parsley le Lion, un lion chantant venu d’un dessin animé des années 70 de Michael Bond dont la bande son avait été composé par le groupe The Herbs. On ne sait pas trop pourquoi mais la chanson est cool. Il y a une excellente relecture du Containers Driver de The Fall baptisée ici Caravan Man et qui tient lieu de single. Un rockabilly parfait, Cats That Look Like M.E.S, qui ressemble exactement à ce qu’on pouvait attendre de mieux d’un tel projet : fidèle à l’esprit punk de The Fall et en même temps caractéristique du talent de songwriting de Haines, hargneux, nerveux à guitares, hypnotique (et synthétique) sur son rythme saccadé. Le texte véhicule une critique sévère de l’âge de l’Internet et se révèle à la fois frais, drôle et percutant. Pour ceux qui connaissent la version originale, Haines propose encore une version emballante et instrumentale du Jerusalem de The Fall en 2 minutes et 12 secondes de plaisir. Regeneration a des airs de déjà entendu sous un autre nom. Était-ce chez The Auteurs ou The Fall ? Peu importe. La meilleure chanson du lot est toutefois la chanson titre, soit quatre minutes de pure folie avec une rythmique reggae, de la flûte et des tas de bruits bizarres. Rien que pour cette dernière, l’album vaut le détour.

Si on récapitule : une histoire marrante, de la bonne musique et des références populaires et ésotériques. Bienvenue au Luke Haines Magical Mystery Tour. Le cirque ouvre ses portes à 20 heures. On ne sait pas trop pourquoi ni comment mais cet album fonctionne suffisamment bien pour qu’on ne sente pas arnaqué par sa trop courte durée. On sait, pour avoir lu ses bios, que Luke Haines a jadis (pour l’argent) travaillé sur des comédies musicales et c’est exactement ce qu’on regrette ici : pourquoi est-ce qu’on n’a pas droit à un opéra complet ? Ces Adventures in Dementia sont super et méritent qu’on les découvre mais elles auraient été franchement plus réussies si Haines y avait ajouté quelques chansons supplémentaires, avait engagé un ou deux types et avait pris la peine de développer son affaire comme elle le méritait. Avec Rock n’Roll Animals et ce disque-ci, il tourne autour du pot, sans nous enlever de l’esprit qu’il y a un truc plus consistant à bâtir. Lui qui n’en a jamais manqué pendant ses jeunes années, pourrait relever son niveau d’ambition et nous servir enfin un de ces opéras rock indé populaire sur lesquels on a pu fantasmer jadis et qu’on a pas le souvenir d’avoir jamais entendu. Ce genre de projet ferait du bien à son génie et nous ravirait. Et oui, on pense que rendre hommage à Mark E. Smith est une cause nationale.

A Luke Haines release these days means you won’t get disappointed and probably will learn a thousand useless things in the process. That’s true even when you only get something like 15 or 20 minutes and six songs this time. Through the years, the former The Auteurs frontman has fomented a discreet personal and industrial revolution where freedom and excitement to do exactly what you (or he) wan(s) are at the center of the game. He has recorded an amazing album about old English wrestling scene, a really good LP about rock n’roll animals (we still don’t know exactly why!) and another one about NY in the 70s rock scene. Luke Haines has also painted and sold a few marvelous portraits and very recently sold a 75 pounds full-LP to 75 lucky individuals who were the first ones to have it. The guy seems to have found his own economy, quite far from labels, huge sales and distribution industry and as far as possible from his Britpop (horror and) glory days.

Adventures in Dementia is even after that a very strange project. Luke Haynes was invited last year to a Berlin festival where he performed what was called a micro-opera (so the length….) dedicated to The Fall’s singer Mark E. Smith during two nights. The plot is quite funny and will tell you more than you must know: well… The Fall takes on a caravan trip to join a rock n’roll festival. Everybody is there and happy (which means on drugs and very very nervous even by the Fall standards) except Mark E Smith has been… well… kidnapped or been replaced by a clone or at least another guy playing his part. Then they have an accident and meet a very famous skinhead. Adventures in Dementia sounds like a concept album… without the concept. It is both homage to The Fall and classical Luke Haines songwriting, meaning witty and elegant in all of its parts.

We have a wonderful cryptic song about Parsley The Lion, which is a (friendly singing) lion from a 70s cartoon (Michael Bond) whose soundtrack was performed by the Herbs. Don’t know why but the song is really fine. We have this Containers Driver kind of song named Caravan Man which is used as the main single and quite a good tune. We have the almost perfect rockabilly song Cats that look like M.E.S which is exactly what we could hope from such a project: faithful to the Fall’s punk spirit and typical Luke Haines song with nervous guitars, hypnotic (and synthetic) rhythm. The lyrics carry a heavy charge against the Internet ages and it is both refreshing and funny. Then – for the ones who know the original version – we get this wonderful re-reading instrumental version of The Fall’s Jerusalem which is (only) 2 minutes and 12 seconds of absolute pleasure. Regeneration gives the impression it has already been heard before under another name but it is still a good song. Best song of the bunch is the title song which is something like 4 minutes of pure madness with reggae rhythms, flute and strange noises. You must really give that one a listen.

So we go : funny plot, good music and esoteric popular references. Welcome to Luke Haines magical mystery tour. Circus doors opening at 20.00. We don’t know why but it works so well we don’t have the feeling we’ve been robbed from our money considering the fact it is so short. We have read in his books Luke Haines has worked in the past for full-length musical of this sort (for money). That’s what we regret here: not being confronted to full treatment of the plot or opera. Those Adventures In Dementia are good and worth a listen but they probably could have been far far better and funnier would have Haines sketched a few more songs and hired more personal. With Rock N’Roll Animals and this one, we have the feeling there is still some unfinished business on the desk. Luke Haines, who never did lack any in his younger times, could easily rise his ambitions and give us something which hasn’t been done for a while: a true British and indie rock opera. It would suit his genius well… By the way, yes, we do think Mark E. Smith should be worshipped for everything he is not.

Tracklist

01. Caravan Man
02. A Very Friendly Lion Called Parsley
03. Cats That Look Like MES
04. Jerusalem Mix
05. Regeneration
06. Adventures In Dementia

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