My Own Ghosts / My Own Ghosts Ep
[Finalistes / Modulor]

7.7 Note de l'auteur
7.7

My Own Ghosts EPLes amateurs de modernité musicale en seront pour leur grade. L’un des meilleurs eps du moment a des allures de classique des années 90, ce qui n’en fait nullement un disque régressif ou à réserver aux plus de trente ans. My Own Ghosts était apparu il y a un peu plus d’un an (deux peut-être) avec un single incisif et rentre dedans aux accents shoegaze, Started A War. Il revient aujourd’hui avec un premier six titres (dont un remix) qui, on l’espère, se prolongera par un album, tant le groupe y affiche de qualités et de prédispositions à composer des chansons pop rock mémorables.

Les deux animateurs principaux du groupe ne sont pas des inconnus. On ne présente plus Kid Loco, l’ancien Bérurier Noir devenu l’un des metteurs en son (trip-hop pour faire simple) et compositeurs pop français les plus habiles de l’époque, beaucoup trop rare à notre goût, et dont la renommée s’étend à plus de 23 000 kilomètres autour de son repère bellevillois. Thomas Richet, le chanteur poétique de Old Mountain Station, que Kid Loco a produit il y a quelques années, est à ses côtés avec son atout principal : une voix magnifique et au grain aussi instantanément émouvant que celui de Jason Lytle (Grandaddy). Les deux hommes se partagent le chant et probablement les guitares. On trouve à leurs côtés Simon Beaudoux et le formidable manieur de sons DJ Seep, l’un de ces hommes souvent cachés qui vous bonifient une production et un disque sans avoir l’air d’y toucher.

La fine équipe impressionne d’emblée avec le laid back Lonely Weeks of Mine, chanté par Kid Loco. Le rythme est lent, l’attitude relâchée et la scansion comme abattue par l’effort. Le titre rappelle ces morceaux slackers jetés nonchalamment mais fièrement depuis un canapé, la bière à la main et une énième rupture en bandoulière. « I’m gonna show you, i am gonna fuck you, i am gonna kill you », chante Kid Loco, avant d’énumérer les jours de la semaine comme s’il appelait à la fin du monde. Le titre est un hymne majestueux aux hommes fatigués et à la tête basse. L’amour tue autant que la cigarette. C’est une certitude. Sur un tempo à peine plus relevé, Thomas Richet enchante le morceau qui suit, A Place On A Hill, qui nous rappelle la justesse mélodique des meilleurs Boo Radleys. Le rythme est là encore plutôt lent, soutenu par une batterie à l’américaine. La voix de Richet dégage une mélancolie imparable tandis que le texte invite à la contemplation et à la prise de distance d’avec le monde. Sur la colline, on ne regarde jamais en bas. C’est le mot d’ordre sublime qui s’exprime ici, soutenu par une ligne d’harmonica et une nappe électro subtile.

La qualité des compositions et de la production fait de ces chansons quasi traditionnelles (on se situe ici en territoire pop rock, indé et psychédélique) des points d’interrogation vivants. Le son est extrêmement travaillé et l’arrière-plan enrichi de motifs qui interpellent. Kemper’s Confessions Blues qu’on imagine porté par la guitare héroïque de Kid Loco est un long instrumental d’apparence banal mais qui dégage une puissance et une hargne combative bluffantes. Parle-t-on bien du serial killer Ed Kemper ? Le résultat est à la fois hypnotique et angoissant. L’équilibre est subtil entre les influences américaines et de faux airs de Jesus And Mary Chain. Le ep se prolonge sur Fuzzy, le titre le plus bouleversant du lot, et reprise du hit de Grant Lee Buffalo (1993). Faux frère rythmique du A Place On A Hill précédent, le morceau frôle la perfection. Le chant est magnifique, l’intention poétique tout autant. Les instruments et la production se mêlent en toute cohérence, donnant naissance à un ghost rock traversé de sonorités synthétiques qui renvoie au nom du quatuor. Ce morceau est l’un des plus beaux qu’on a entendus cette année et un exercice de reprise qui égale aisément la version originale.

La musique de My Own Ghosts est une musique qui parcourt les grands espaces mais où les chemins sont sans cesse traversés par des ombres, des spectres, des cœurs brisés. La vue se brouille parfois, la tête tourne, mais on continue toujours à avancer dans le brouillard. Entre l’agencement des voix, la simplicité apparente des rythmiques, la musique de My Own Ghosts se présente partout comme si elle renvoyait au rock d’avant, à l’image du beau Down On My Knees, tout en se projetant plus loin. Les guitares se tordent et rugissent tandis que de belles mélodies tentent de se frayer un chemin au premier plan sans jamais y parvenir tout à fait.

L’entrée en matière de My Own Ghosts mérite qu’on y jette une oreille. Le Ep sort en vinyle et en digital. On ne sait pas ce que le groupe donnerait sur la durée d’un album mais ce format lui va à ravir. Sans doute est-ce qu’il lui faudrait introduire d’autres pulsations et des variations de rythme plus marquées. Comme on n’a ni le courage ni l’envie de se lever pour remuer et danser ces dix prochaines années, on fera largement avec ce qu’on a. Cette musique est à la fois trompeuse, enivrante et toxique. Ce n’est pas ainsi qu’on libèrera les forces vives de la nation, le travail et l’esprit national. Que fait la police ?

Le groupe jouera le 28 avril à Paris pour la release-party du ep.

My Own Ghosts EP

Tracklist
01. Lonely Weeks of Mine
02. A Place On A Hill
03. Kemper’s Confessions Blues
04. Fuzzy
05. Down On My Knees
06. A Place On A Hill (Kid Loco Remix)
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