Playlist : Dario Argento en 6 séquences musicales

Ténèbres - Dario ArgentoQuelques mois après son autobiographie Peur, et quelques semaines avant la sortie d’un (très) redouté remake de Suspiria, le bon moment pour revenir en musique sur l’œuvre de Dario Argento. Car de Verdi à Iron Maiden, des illustres Goblin à Morricone, la mise en scène du maître, tout en contrastes, n’a jamais cessé de fusionner, jusqu’au vertige sensoriel, images et sonorités, meurtres sacrificiels et lyrisme opératique. Point de vue subjectif, en six séquences musicales, sur Dario.

Suspiria – l’arrivée à Fribourg

L’introduction de Suspiria est l’un des moments parmi les plus intenses et décisifs (au sens de révélation) que nous vécûmes durant notre enfance. Portée par les incantations du groupe Goblin (« witch ! »), cette séquence démoniaque contient, sous forme de mystères, toutes les clefs du film : l’affiche de la black forest, une réalité qui ne se voit pas mais qui trouverait incarnation par l’ouïe, l’innocence juvénile contre la furie des éléments, un long chemin tortueux pour accéder à un lieu secret, des inserts gratuits (la fontaine) qui indiquent que chaque recoin possède ici une fausse apparence ou un sens caché. Avec une apparition subliminale de Dario à 2.02mn de la séquence.

Voir Suspiria un jour, et ne plus jamais vouloir en sortir.

Inferno – l’opéra de Verdi

Deuxième volet de la trilogie des Trois Mères, Inferno possède une structure cabalistique à la logique toujours aussi mouvante (effrayante). Moment osé : l’intrigue abandonne un personnage féminin que nous suivions depuis une quinzaine de minutes, pour soudainement, avec une sacrée audace, se focaliser sur son frère en train d’étudier le Va, pensiero de Verdi. Lorsque surgit, façon trip, Ania Pieroni, la mère des ténèbres, et ses incantations susurrées. Nous assistons également dans cette séquence, comme le soulignait le journaliste Christophe Lemaire, au point de vue subjectif du… son !

Profondo Rosso – Scène de la baignoire

Antonioni et Bertolucci avaient posé les bases de la Modernité Italienne. Dario Argento, avec Profondo Rosso, pousse les idées de Blow Up jusqu’aux confins du surréalisme, du songe éveillé, pour totalement réinventer le genre transalpin du giallo (Profondo reste, aujourd’hui toujours, le chef-d’œuvre du « film à l’armes blanches et aux gants de cuir »).

La partition du film, signée Goblin, avec sa comptine pour enfants traumatisés et ses envolées jouissives, est l’une des plus importantes du cinéma italien des années 70 (voire plus).

Ténèbres – Plan à la Louma

Ici plus synthétique, la musique des Goblin donne à Ténèbres un aspect intemporel, comme si le présent de 83 détenait une zone cachée qui aurait valeur de réalité. Tout est donc permis, y compris une faramineuse séquence à la Louma qui n’appartient guère au point de vue subjectif de l’assassin mais au regard de… Dario. Le tueur, c’est le metteur en scène, l’auteur. Le final (spoiler) confirmera le machiavélisme de ce plan faussement gratuit.

En 2007, les arrivistes de Justice reprendront le thème du film (avec deux ou trois variations minimes pour faire passer la pilule) : mieux vaut en rester au score originel signé Claudio Simonetti, Fabio Pignatelli et Massimo Morante.

Phenomena – Flash of the Blade

En 85, stupeur : Argento rythme les meurtres de Phenomena au son de… Iron Maiden ! Un parti pris douteux qui condamnera le film durant de nombreuses années, avant une justifiée réhabilitation. Sublime « Alice au pays des horreurs », Phenomena est le film de Dario qui ressemble le plus à un concert de rock stadium : Jennifer Connelly, d’une chasteté blanche malgré toutes les atrocités qu’elle croise sur son chemin, est la spectatrice somnambule d’une orgie à base de hard rock, de cadavres en putréfactions et de corps démembrés. Argento transforme ses obsessions en spectacle pour adultes (et jeunes filles vierges).

The Stendhal Syndrome – Asia plonge dans la peinture

Probablement la dernière séquence inoubliable tournée par Dario. Sur une musique très comptine dirigée par le maestro Morricone (qui n’est pas sans évoquer celle de Profondo Rosso), l’étrange périple d’Asia, dans la Galleria Degli Uffizi, s’achève… au cœur d’une peinture devenue vivante (le fameux Syndrome de Stendhal). Même Fellini, aux fantasmes pourtant barrés, n’avait pensé à une telle idée. Une séquence psychotrope qui annonce un film dur, violent, parfois insoutenable. Un autre classique sur le tard.

 

Image : Ténèbres (capture d’écran)

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