Vix End / Catch Kaïros, You Impostor
[Autoproduit]

6.4 Note de l'auteur
6.4

Vix End - Catch Kaïros, You ImpostorL’electro-pop à la française est une espèce en voie de disparition. Plus le temps passe et plus les Français se détournent de ce mode d’expression qui mêle une vraie culture électro à une structure chanson traditionnelle (couplet/refrain, plages de moins de 5 minutes). On se tape du coup ou de la mauvaise pop ou de la mauvaise électro mais assez rarement un mélange harmonieux et équilibré des deux. Le contre-exemple absolu reste Étienne Daho (on met de côté Christophe, pour lequel c’est un peu plus compliqué) qui est probablement l’un des seuls artistes majeurs à être demeuré fidèle au genre (et même si ses dernières prestations l’ont ramené dans le chant du rock).

Vix End, emmené par le chanteur et compositeur Vicente Negre, vient relever le flambeau avec son improbable projet en attendant le deuxième album de notre chouchou VIOT, lequel devrait projeter le genre dans des territoires tout aussi radicaux. Negre travaille sur cet album qui comporte 9 titres avec Benoït Guivarch, Edb (Edouard Bougueret) et Antoine Kerninon, qu’on a pu croiser notamment avec Armand Méliès ou Autour de Lucie. Catch Kaïros, You Impostor est une belle et généreuse tentative d’explorer le genre par le biais d’une écriture soignée, ouverte aux influences et qui ne s’enferme pas dans l’unité de ton et la répétition d’une formule. La chose démarre sur un mode enlevé et joueur avec le remarquable Mantra, porté par une electronica offensive et une batterie dynamique. L’anglais est fragile (comme lorsqu’il est chanté par un français) et offre un contrepoint d’abord sensible puis plus assuré à une mélodie remarquable. Vix End est ici plus proche d’un Human League ligne claire que d’un Depeche Mode dont il poursuivra le fantôme tout du long. L’imposture qui suit introduit un chant en français dont on raffolera ici plus que des séquences en anglais. Le titre est solide, juste, joliment écrit et s’appuie sur une électro inspirée et d’obédience new wave. Cela fait un peu « années 80 » mais le crescendo est habile. On parle désordre amoureux, insomnie entre Daniel Darc et… les Démons de Minuit, pour un résultat tout à fait convaincant et accessible. La synth pop de Vix End prend parfois des tours lugubres au point de ressembler à l’électro d’un Carpenter en apesanteur sur Assault on Precinct 13 (dont on a cru saisir quelques notes au début de l’imposture).

Mais la véritable figure de ralliement du groupe est sans aucun doute Vince Clarke, le génie manquant (ou manqué) de Depeche Mode puis de Erasure que Negre finit par rattraper sur l’impeccable les Oranges de l’Enfance. Le mélange des langues continue de nous poursuivre de manière plutôt étrange sur ce morceau et la Decepcion, mettant en avant un petit symptôme de dispersion qui nuit à la cohérence de l’ensemble. Car tout à son envie de conjuguer pop et synthé à tous les temps, Vix End alterne les registres et les référents émotionnels. La voix elle-même semble se chercher entre la force qu’elle exprime par séquence et une fébrilité véritable quand elle évolue dans le registre intime.

Difficile cependant de résister au magnifique Holding My Breath, petit tour de force qui évolue entre tube pour dance-floor et hymne pop. L’espace de quelques minutes, Vicente Negre se change en une sorte de Marc Almond français, fringant et irrésistible : le rêve. Sex U All fait penser à du Frankie Goes To Hollywood de la belle époque avec son électro glaçante et baroque, tandis que r.s.n revient aux amours du début avec une délicatesse millimétrée. Le romantisme contenu « à la Martin Rossiter » de Vix End est l’une des qualités qui n’est pas exploitée à fond ici et qu’on aimerait explorer plus avant, comme sur le beau final au piano twentyfiveyearsoflife, ambitieux et très touchant morceau-bilan qui s’épuise toutefois à force de confesser.

Ce projet de Vix End est louable à bien des égards et met en évidence une vraie force de composition et un attachement courageux à un genre un brin désuet. On attend donc avec impatience, en bon fan de Russ Meyer, Super Vix End et Mega Vix End. D’ici là, le groupe se produira à l’Empreinte, à Savigny le Temple, le 15 septembre.

Tracklist
01. Mantra
02. L’imposture
03. Les Oranges de l’enfance
04. La Decepcion
05. Violence
06. Holding My Breath
07. Sex U All
08. s.n
09. twentyfivemoreyearsoflife
Lien
Ecrits aussi par Benjamin Berton

Les soirées de l’Ambassador sont très réussies : le roman rock de l’année

Auteur avec Ambassador Hotel d’un roman rock saisissant et imprégné d’authenticité rock,...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *