Videoclub / Euphories
[Petit Lion Productions / Columbia]

9 Note de l'auteur
9

Vidéoclub - EuphoriesDifficile d’encaisser le spleen des geeks trentenaires qui fantasment une décennie lointaine (les 80’s) et semblent incapables de jouir du présent, au présent. Jeunes, déjà vieux (cons). Rien à voir avec Adèle Castillon et Matthieu Reynaud, les tendres amoureux de Videoclub, qui ne sont ni geeks, ni nostalgiques, ni même pleinement adultes. A 18-19 ans, ils possèdent un regard assez trouble sur leurs « meilleures années » : s’accrocher à la beauté des choses, à l’immédiateté de l’instant, car tôt ou tard, et probablement trop vite, la jeunesse s’évapore, l’âge adulte supprime les émois et l’innocence des « premières fois » (du moins, peut-être). Du coup, Videoclub détient déjà la mélancolie d’une adolescence qui se sait éphémère, mais qui cherche à résister au lessivage adulte, coûte que coûte ! Car pas question, chez Matthieu et Adèle, de se répandre en désillusions ou constats alarmistes : dans un langage assez neuf, car empreint d’une sincérité hédoniste n’excluant guère une certaine inquiétude baudelairienne, Videoclub aborde, tels hier Elli & Jacno, des thématiques certes communes mais qui n’exigeaient qu’un petit dépoussiérage afin d’à nouveau retrouver leurs poignantes évidences – l’amour face au passage du temps, la conscience de fusionner avec son époque, une certaine soif de vivre.

Videoclub ne connait pas la nostalgie. C’est la grande force de ce duo. Et c’est également pourquoi, chez les auteurs de “Enfance 80”, la décennie Gremlins / Buckaroo Banzaï / Jack Burton ne sert jamais de fuite en arrière. Inversement aux geeks ventripotents s’échinant à écrire des analyses faussées sur une décennie qu’ils n’ont pas vécue, les années 80, chez Videoclub, enrobent le présent, ajoutent une esthétique, un vintage cool au quotidien déjà très fun d’Adèle et Matthieu. Le duo donne parfois la sensation de chercher ce qu’il y a de plus 80’s dans son existence Web 2.O, comme s’il fusionnait deux époques entre elles, avec un naturel, voire une naïveté (rien de péjoratif), qui tend vers le combatif plutôt que le passéisme.

Depuis 2018, Videoclub égrène la toile de singles tubesques, logiquement acclamés car trop frais pour y déceler le moindre cynisme (Amour plastique, Roi, Mai…) : électro-pop spoken word, poésie in french aux beats enivrants, candeur et perfectionnisme new wave, sans vraiment de références avouées sinon peut-être inconscientes (Elli & Jacno, encore, ou bien le Air de Premiers Symptômes et Moon Safari)…

Il serait injuste de reprocher à Euphories, l’attendu premier album d’Adèle et Matthieu, de couper la poire en deux : moitié singles déjà connus, moitié nouveaux titres. Ici, l’enjeu ne consiste pas tant à balancer un buzz qu’à graver, ad vitam aeternam, un moment de vie, une époque décisive pour la jeunesse de Videoclub – un polaroïd ou un SMS proches de la confession intime.

Et il est vrai que ce mélange galvanisant entre chansons d’hier et de demain inscrit Videoclub dans une étape intermédiaire : adieu l’enfance, bienvenue aux premières contraintes adultes (Agnès Gayraud, de La Féline, devrait certainement apprécier cet album). Contraintes ? En tant que musiciens professionnels et populaires, à Matthieu et Adèle de ne pas se laisser dévorer par le système (cela devrait bien se passer). En tant qu’artistes, encore moins d’inquiétude : “What Are You So Afraid Of”, reprise de XXXTentacion, parmi les nouveaux titres, affirme le devenir Chromatics de ces jeunes gens modernes. Videoclub : nos futurs Johnny Jewel et Ruth Radelet français ?

Tracklist
01. Amour plastique
02. Euphories
03. Suricate (ODZ)
04. Enfance 80
05. Mai
06. Trois jours
07. Roi
08. Polaroïds
09. En nuit
10. What Are You So Afraid Of
11. Petit monde
12. 808
13. SMS
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