Exclu : le nouveau clip de DOOKOOM avec David Banner électrise la question raciale entre Afrique et Amérique

DookoomChoc. Brutal. Radical. Salutaire. Ce sont les 4 termes qui viennent à l’esprit lorsqu’on regarde et qu’on écoute les paroles et la musique du nouveau single du groupe sud-africain DOOKOOM, The Worst Thing, interprété avec le rappeur américain David Banner. « The worst thing », la pire chose arrivée à l’Afrique, c’est l’homme blanc, chante le groupe en guise de refrain, appelant le monde noir à réagir et à mettre à terre, une nouvelle fois, les murs, les barrières qui font que la situation d’apartheid, officiellement levée depuis plusieurs décennies, est en train de renaître, de re-surgir ou de ré-apparaître sous une forme ou une autre en Afrique du Sud ou… aux Etats-Unis. Le groupe a en ligne de mire ce qu’il appelle un racisme structurel, résiduel, permanent, soutenu par une « logique d’état », et qui a peu à peu pris la place d’un racisme établi juridiquement. Le message est clair : l’émancipation, la lutte pour les droits civiques, a marqué un progrès mais a très vite été étouffée par une situation d’occultation à peine déguisée des droits égalitaires. Sur le terrain, les inégalités n’ont aucunement été battues en brèche. La période est à leur renforcement, voire à une sévérisation des mesures vexatoires.

Tiré du ep Silbi Dog, sorti en 2016, The Worst Thing, est pensé, comme la majorité des morceaux du groupe (qui mêle des Blancs et des Noirs, rappelons-le), comme un électro-choc, un uppercut violent et destiné à éveiller les consciences qu’elles soient noires ou blanches. Le clip met en scène l’enlèvement et la torture de deux oppresseurs blancs par des noirs, dans le contexte mêlé de tensions raciales exacerbées en Afrique du Sud et d’émeutes larvées ou en cours dans le Sud des Etats-Unis. La présence de David Banner vient donner une résonance internationale au message. Le rappeur, ancien membre de Crooked Lettaz et dont le nom est emprunté à la série l’Incroyable Hulk, apporte une crédibilité supplémentaire à cette charge frontale. Banner n’est pas réputé pour être le premier exalté venu et fait figure dans les milieux du rap américain d’intellectuel puisqu’il peut se prévaloir (ce qui n’est pas si fréquent) d’avoir fréquenté les bancs de l’université jusqu’à décrocher un… master et a toujours prôné une attitude responsable, même s’il est connu pour son activisme et la radicalité de ses textes (il y a 10 ans, il avait été entendu par le Congrès autour d’une commission d’enquête sur la violence dans le hip-hop).

Effet Trump d’un côté, situation paralysée en Afrique du Sud où le groupe a été traduit en justice devant la Commission des Droits de l’homme pour avoir soulevé à travers une chanson Larnay Jou Poes des questions qui ont déplu au groupe Afriforum de défense des droits des Afrikaaners. Il appartient à chacun d’apprécier si les moyens vidéos et musicaux mis en oeuvre par Dookoom sont recevables ou pas. Est-ce que le positionnement du groupe est trop violent ? Est-ce que ce discours est entendable ? Peut-on ainsi mettre en scène la violence ? Sur le plan artistique, on notera que le propos s’il est exprimé de manière radicale est mis en images en référence aux scènes de reconditionnement d’Orange Mécanique (les kidnappés étant soumis à un régime de projection d’images d’oppressions racistes, plus que physiquement abusés) et non ouvertement de manière ultraviolente. Il n’en reste pas moins que le clip pousse au débat. Comment est-on arrivé là ? Excessif ou non, les références à Ben Laden ne devraient pas non plus passer comme une lettre à la Poste de ce côté-ci du monde occidental.

Dans l’histoire des luttes noires, Dookoom renoue avec la rhétorique d’un Malcolm X qui n’était pas prêt à quémander l’égalité mais à en faire une exigence et à la conquérir PAR TOUS LES MOYENS, violence comprise. Où qu’on se situe, la musique de Dookoom est aujourd’hui un questionnement radical et indispensable portée vers les décideurs, les amateurs de musique, les populations en général. Si le hip-hop est né par et pour ce type de questionnements, le groupe ne fait qu’en prolonger brillamment (les textes sont excellents, la rythmique d’un niveau d’un bon Prodigy) la raison d’être.

L’agression est punk. C’est la violence qui est toujours autoritaire.

Crédit photo : Loucas Polydorou.

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