[Les filles font le printemps #2] – Beau roule du cul dans les marécages

Beau - Heather Golden et Emma RoseDifficile de résister à nos pulsions primitives à l’écoute de la musique de Beau dont le premier album est sorti il y a quelques mois maintenant. That Thing Reality, illustré ici par le clip d’Animal Kingdom, premier single tiré de l’album, est un truc sacrément bizarre qui renvoie à deux envies difficilement répressibles.

La première consiste probablement à désirer les deux jeunes créatures printanières et sylvicoles qui se baladent en se trémoussant dans les marécages. Comme les deux jeunes femmes (20 ans) sont jolies, bien nées (New York, milieu artistique), douées et tout à fait avenantes, on pense d’abord à exploiter les charmes portés par leur folk énergique et typiquement américaine. Les Beau respirent la modernité, la joie et l’allégresse. Quasi jumelles, Beau – Heather Golden et Emma Rose – ont été élevées ensemble par des mères qui étaient aussi les meilleures amies du monde. On imagine les quartiers huppés de New York, entre cours de peinture et défilés de mini-miss. A 13 ans, les deux jeunes filles jouent de la musique ensemble et mijotent des projets où tous les arts se mêlent, tout en torturant leurs premiers mecs rondouillards et branchés qui fantasment sur d’éventuels plans à trois. En 2012, elles commencent à prendre les compositions au sérieux tout en se disant que si cela ne marche pas, elles pourront se rabattre sur les arts plastiques. La vie est belle et porteuse d’opportunités. Les deux filles aiment l’Americana, les traditions et incarnent l’Amérique conquérante et multiculturelle (mais blanche) qui nous plaît tant de ce côté-ci de l’Atlantique. Elles signent assez vite chez Kitsuné qui leur offre – en plus d’un contrat discographique – l’occasion de jouer aux mannequins pour sa collection de fringues. Parce qu’évidemment le label est aussi polyvalent et achève de les tourner vers Paris, leur seconde ville d’adoption. Merde ! Le conte de fées est si total que cela nous en couperait presque les effets. Dommage car à les voir courir ainsi dans la foret, il y en avait pas mal qui étaient prêts à laisser rugir le frère Jourdain en eux (oh bon sang, elle est osée, celle-ci!).

Énergie primitive 2, le revers de la médaille. A l’écoute de cet Animal Kingdom et des autres morceaux du duo, point une seconde envie tout aussi connectée à notre être animal. Cette idée que les voix des deux filles ainsi emmêlées sont assez vite INSUPPORTABLES. Leur folk est catchy, rentre-dedans, séduisante par bien des aspects. Les morceaux sont enlevés mais bon sang… on croit au détour d’un fourré reconnaître en nous les symptômes du célèbre « effet Björk« , ce sale truc qui nous donne de l’urticaire dès qu’on entend une voix qui en fait trop, se prend pour une scie et nous donne des envies de meurtre. Mais oui, c’est bien lui. Beau nous fait déchanter, débander et perdre toute retenue à la fois. Rien de tel qu’un marécage pour assouvir notre second fantasme. On imagine les sables mouvants, luisants devant nous, et les deux filles ménestrels aux robes tournoyantes qui s’enlisent, les poitrines qui battent de désespoir tandis que la boue les engloutit entières. Plouf. Beau trépasse et la caravane passe. On est méchant comme une hyène. Beau ne mérite pas cela, pas autant d’érotisme gratuit, à moins qu’on y ajoute aussi dans un plan cosmique et qui nous débarrasserait dans le même temps d’une obsession du même style, la plastique de Lana Del Rey (Du Cul… pfff), qui, bien entendu, se trouve être leur idole.

Ce n’est pas comme cela que vous réussirez dans la vie. Beau(f).

Ecrits aussi par Benjamin Berton

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