Daniel Johnston et Casper se marient à l’âge de 58 ans

Daniel JohnstonLa mort de Daniel Johnston à l’âge de 58 ans est une excellente nouvelle pour Casper, son fantôme fétiche, pour les canards extraterrestres, les pieuvres aux longues tentacules mauves et globalement pour toutes les créatures aux yeux exorbités. La mort de Daniel Johnston est bonne pour la pop, pour les Beatles et pour Syd Barrett, pour la ville de Sacramento où il est né, pour la bande dessinée, pour le Texas où il est mort hier aux limites des comtés de Waller et Harris, dans une ville d’un peu plus de 3000 habitants qui ne le connaissaient pas vraiment sauf quatre ou cinq à tout casser. Elle est bonne pour le Mc Do où il travaillait dès les années 70 et qui ne comptait plus trop sur lui depuis un bail pour développer son réseau de restaurants, bonne pour sa copine de jeunesse qui l’avait amenée à la musique par amour et avait finalement refusé son cœur pour épouser un croque-mort, bonne pour l’Assurance Sociale qui en avait soupé de ses internements et de ses maladies de maniaco-dépressif chronique. Bonne pour l’industrie pharmaceutique, pour la malbouffe qui perd un bon client, pour Donald Trump et Donald Duck. La mort est bonne pour son frère qui l’accompagnait en tournée et l’aidait à répondre aux interviews quand elles devaient chiantes ou embarrassantes.

La mort de Daniel Johnston est bonne pour l’art brut, pour le mouvement lo-fi dont il avait été l’une des figures marquantes, dès que, dans les années 80, ses cassettes avaient commencé à circuler de main en main. Bonne pour la musique bien léchée, les radios FM, bonne pour le circuit indépendant qui n’attendait plus que son départ pour expirer et oublier qu’il fut un temps où les majors aimaient mettre en avant ce genre de personnages pour mieux les jeter quand ils avaient fini leur truc. Bonne, la mort de Daniel Johnston pour la guitare acoustique, les types qui s’appellent Daniel et qui pourront vivre leur vie tranquille, pour la planète, les avions, pour la poésie, Captain America, pour le piano à gros doigts, pour les singes du zoo, pour Beck et la scientologie.

La nouvelle est excellente pour Kurt Cobain qui avait arboré un tee-shirt à son honneur, pour la ville de Nantes qui avait exposé ses dessins et ses créations dans une belle exposition il y a quelques années, bonne aussi pour son compagnon musicien Jad Fair, pour Mark Linkous qui l’attendait ce matin à l’aube, assis en tailleur, à côté du rocher du désespoir. La mort de Daniel Johnston est vraiment ce qui pouvait arriver de mieux pour Fun, le disque qui l’avait popularisé en France, en 1994, pour des chansons comme Life in Vain, Crazy Love et Psycho Nightmare qui en avaient ras la casquette d’être chantées par un mec déséquilibré, obèse, psychotique et sans AUCUNE justesse. Bonne pour True Love Will Find You In The End, même s’il n’y a personne, personne au bout, ce qui devrait se savoir maintenant.

La mort de Daniel Johnston est ce qui pouvait arriver de mieux pour son best of Welcome To My World, pour les versions originales, pour les magnétophones à bande, pour Eddie Vedder, pour les rockeurs couillus du samedi soir, pour le noir, pour Jean-Luc Le Ténia, l’un de ses plus grands fans français (même s’il ne connaît pas tout), pour ses disques passés et à venir, pour la fragilité, l’amour et pour tous ceux qui ont porté des slips trop grands.

La mort de Daniel Johnston est mauvaise pour le cœur. Il est cassé maintenant.

Crédit Photo : Wikipedia

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