Regina Spektor / Remember Us To Life
[Sire Records]

7 Note de l'auteur
7

Regina Spektor - Remember Us To LifeDécouvrir le dernier disque de Regina Spektor est un peu comparable à l’effet ressentit en pénétrant dans une pâtisserie-chocolaterie de luxe ou encore une épicerie italienne raffinée ayant pour spécialités des pizzas autre que la Regina, celle-ci étant la plus modeste… Effectivement la musique de la chanteuse/pianiste américaine est assez  bien empaquetée. Une jolie voix, de beaux arpèges joués au piano, des arrangements de cordes soyeux, des textes intelligents, le tout dans un style pop semi-orchestral, parfois minimaliste au service de  mélodies guillerettes, légèrement enfantines. Le tout est léger et plaisant, on se laisse porter par cette musique comme on pourrait s’offrir 2 ou 3 mignardises en éprouvant un plaisir éphémère afin d’assouvir un petit caprice. Le luxe est un leurre : certain croient y voir la récompense ultime de l’accomplissement de soit socialement et professionnellement, mais  à l’image des parfums hors de prix, ça sent merveilleusement bon, ça laisse un sillage, on croit se faire distinguer mais en définitive le tout ne sert pas à grand-chose et n’apporte que très peu de satisfaction sauf de manière illusoire.

Quel rapport entre les produits de luxe et le plaisir qu’on en retire avec la musique de Regina Spektor ? Peut-être un sentiment semblable, un ressentit du même ordre à savoir une émotion qui n’appartient  pas au domaine du réel. D’autres chanteuses/ pianistes come Agnes Obel ou plus anciennement Fiona Apple (avec son album Tidal) ont une conception différente de la musique, quelque chose marqué par la gravité, la mélancolie, un témoignage d’une lutte pour se stabiliser dans la réalité.

Cette légèreté abordée par Regina Spektor est à la fois caractéristique de la tendance culturelle mainstream mais ses chansons puisent aussi une partie de leur esthétique dans le genre indie pop ce qui leur apporte un plus qualitativement. L’alternatif et le grand public, les deux courants tant démarqués  voient aujourd’hui à l’heure de la globalisation un effritement de leurs distinctions : c’est Coldplay qui collabore avec Beyoncé, David Guetta qui interprète David Bowie….c’est souvent n’importe quoi et ça plaît malheureusement. Un juste milieu, c’est cela que nous offre quant à elle la chanteuse d’origine Russe qui a fait ses gammes dans le Bronx : une sensibilité féminine sans complexe, un hédonisme affirmé tout en jetant à travers ses textes un regard lucide sur les névroses et dualités de notre condition humaine. Ce semblant d’insouciance se présente alors  plus en phase avec notre intégrité pour un petit détour sympathique chez le marchand d’illusions.

Tracklist
01. Bleeding Heart
02. Older and Taller
03. Grand Hotel
04. Small Bills
05. Black and White
06. The Light
07. The Trapper and the Furrier
08. Tornadoland
09. Obsolet
10. Sellers of Flowers
11. The Visit
Ecouter Regina Spektor - Remember Us To Life

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4 Comments

  • Hello Nils ! Tu refais pas ton méchant avec la Régina steupl’ !… 😉

    J’aime bien aussi les Agnes Obel et Fiona Apple qui selon toi proposerait au contraire d’une Régina, le « témoignage d’une lutte pour se stabiliser dans la réalité », mais…
    J’ai tendance à penser que l’esprit du rock indé, et peut-être des chanteuses que tu cites est plus le témoignage d’une lutte pour se positionner contre, à côté de la réalité, repli de l’idéal d’une contre culture qui avait voulu changer le réel.
    Je crois que le registre souvent unilatéralement dramatique d’une bonne partie du rock indé marque plus une séparation, un écart d’avec le réel. Ce que j’aime chez notre Regina c’est un registre de comédie dramatique qui relativise nos émotions, nos postures. Ceci est plus encore marqué dans cet album, mature, qui propose moins une suite de drames étouffants des derniers albums, jusqu’à frôler maintenant parfois quelques instants, oui c’est vrai, un réel un rien banal. Oui Régina est d’humeurS mondaineS. De l’intérieur du monde, elle trace les émotions contradictoires du mouvement de la vie ! A mon sens plus que Obel et le Apple que tu cites.
    Bon 7/10 ça va ! 😉 A une prochaine dans ce monde !

    • Bon, compliqué ton commentaire… ma chronique a voulu être bien plus simple. Oui la perception de la ou les réalités est subjective. Il en existe plusieurs mais une globale et c’est celle-là que j’évoque. En effet la musique et l’attitude de Régina me semblent plus légères que celles de Obel et Apple, j’ai choisi ces 2 artistes car pianistes chanteuses. Des 3, Spektor se rapproche plus du format mainstream même si les frontières de ce genre ont tendance à devenir flou (ce que je mentionne dans ma chronique) pourquoi ? Parce que mélodiquement plus pop, moins élaboré, plus commercial, mais bon tout de même (je lui ai mis 7/10). Aussi Régina mélange gravité et légèreté (un côté espiègle donc enfantin pour reprendre la chronique de Télérama). C’est cette facette qui me fait dire qu’Obel et Apple, (il suffit de voir leur (belles) mines sombres et non pas souriante comme Regina), livrent à travers leurs chansons un témoignage de lutte pour se stabiliser dans la réalité. Un témoignage qui semble plus profond que celui de Regina Spektor car dénué d’auto dérision ou de sentimentalité. Bref le disque est bon tout de même, Regina Spektor est une très bonne musicienne mais dans un autre registre que Fionna Apple et Agnes Obel. Voilà, j’espère avoir dissipé les malentendus !

  • Bonjour Nils, merci pour ta réponse !

    J’ai écouté 2 fois le dernier Obel. J’ai trouvé qu’il était d’une mélancolie bien plus de douce et erratique que précédemment. Toujours assez austère mais bien moins de douleur. Sauf que hélas, le disque m’ennuie, excepté lorsque Agnès est plus directe, simple. Est-ce que je peux oser dire que cela confirme mon propos (pas si lisible il est vrai !…) qu’après s’être posée contre (en lutte contre) le monde, elle se met maintenant plutôt contre (à côté de) lui, dans une bulle mélancolique, et semble donc bien moins lutter ?

    Oui Régina passe par plus de légèreté mais pas seulement. Elle embrasse, il me semble, plus de choses, de passions que Obel. On ne va pas débattre sur le fait que la légèreté soit moins profonde ou non ? Je ne pense surtout pas qu’on soit moins profond lorsqu’on pratique l’auto dérision ou la sentimentalité. De la légèreté de notre Régina, il y a ses moments de grande ironie, mais aussi la légèreté de sentiments composés et interprétés de façon si purs, avec une grande sincérité. L’enfantin chez Régine n’est pas qu’espiègle. Il sait aussi être sincèrement tendre, amoureux. Notre Régine, dramaturge, sait jouer toute une alternance de l’infini féminin et de ses rêves d’enfant.
    La sentimentalité chez Régina n’offre pas tant de confort que ça. Dans son flux théâtral, Régina ne nous laisse pas tant de repos et joue avec notre cœur aux montagnes russes ! Régina est à la fois épuisante et fragile !
    Ne cotoyons-nous pas tous deux des Regina ? Elles densifient la vie !… 😉

    Alors je te rejoins pour dire qu’elle est oui « mélodiquement plus pop », plus sentimental et « plus commercial ». Mais par contre plus du tout sur le « moins élaboré ». Mélodiquement Regina est, comme souvent dans ce disque, à mon avis à des sommets dans la composition, extrêmement sophistiquée dans la ligne mélodique, comme dans la structure. Le piano y est tout simplement remarquable. C’est ce qui me convainc et m’emporte vers ici oui le mainstream, mais d’une qualité que j’échange volontiers contre une partie de la production indé !
    Pardon d’être long. Merci encore Nils.

    Regina me pardonnera j’ai rdv avec Hope Sandoval… 😉
    A une prochaine.

    • OK , je te suis sur le dernier Obel…. décevant. Essaie de faire tout de même des commentaires un peu moins longs, sinon mets ta plume au service de chroniques et non pas de critiques de chroniques. Tu verras ce n’est pas si facile. il est en effet compliqué d’évoquer avec exactitude et dans leur totalité la complexité des univers propres à chaque artiste. Mon papier était une chronique et non pas les mémoires ou la biographie de Regina Spektor.

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