Richard Corben tire sa révérence sur un dernier pain de viande (dans la gueule du bon goût)

Meat Loaf - Bat Out Of HellL’auteur de comics cultissime Richard Corben nous a quittés à l’âge de 80 ans. Celui qui dessinait les nichons les plus gros du marché de la fille à gros nichons mais aussi les dégénérés les plus dégénérés du monde, venait de signer avec la réédition de son MurkyWorld chez les excellents Delirium, un dernier baroud d’honneur. Portée par quelques campagnes récentes de crowdfunding fulgurantes, la carrière de Corben avait retrouvé un nouvel élan grâce notamment au marché français. La légende Corben  s’était nouée en deux temps entre les magnifiques séries d’horreur Creepy et Eerie du début des années 70 et la version américaine du magazine Heavy Metal dont il était un des tauliers au milieu de la décennie. Avec ses héros débiles, ultraviolents et musclés, ses histoires de barbares très sexuées, Corben incarnait une Amérique populaire entre fantasy, SF et apocalypse culturelle. C’est très naturellement qu’il avait signé en 1977 l’une des plus importantes pochettes du rock avec le Bat Ouf of Hell de Meat Loaf. Premier album du groupe, composé par Jim Steinman, le disque (qui figure parmi les meilleures ventes historiques de disques avec une cinquantaine de millions d’exemplaires écoulés) marque le chant du cygne du rock progressif au moment où celui-ci est dynamité par le punk et l’affreuse disco. Normal dès lors d’y retrouver un dessin d’un Corben particulièrement inspiré dès qu’il s’agit de rendre compte d’une agonie ou d’une décadence prononcée. Ses monstres sont réellement terrifiants, grossiers et aux traits soulignés de noir. Pour ce disque, Steinman convoque une partie du E Street Band de Springsteen pour produire quelques morceaux épiques à l’image du morceau titre, initialement mesuré à 20 minutes et que la production coupera de moitié. Privé de radios (car injouable en raison de son format), le disque se vend par wagons et enchante un public qui aime se fait peur mais aussi rigoler avec, par exemple, l’assez drôle Paradise By The Dashboard Light). Meat Loaf sonne comme un Who hard rock ou un pantomime wagnérien, grandiloquent et pétillant. Pas sûr d’ailleurs à l’époque que la pochette ait eu grand chose à voir avec le disque…

Corben retrouvera Steinman pour un Bad For Good plus discutable mais son esthétique (que d’aucuns trouveront plus que douteuse aujourd’hui) aura sans nul doute marqué l’histoire, construisant (les gros nichons et les croupes épaisses) des décennies de fantasmes bien en chair. Pour ne choquer personne, on se contentera de terminer par le visuel de son très sobre Venus pour les chevelus de Morningstar. On a les héros qu’on mérite. Corben n’avait peur de rien. C’était l’un des derniers grands cowboys américains.

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