Slayyyter, l’Angèle trash de l’Amérique, vaut-elle le coup ?

Slayyyter - Broke Bitch FreestyleLe nouvel album de la petite fiancée de l’Amérique Slayyyter s’appelle The Worst Girl In America. Ce titre un peu bravache vise à durcir l’image de la jeune femme, 29 ans désormais, Catherine Grace Garner, dont cet album est le troisième en date et qui marque sa lente progression vers une forme d’indépendance artistique et l’assombrissement de son image de baby doll. Née à la campagne, la jeune femme est une sorte d’anti-Lana Del Rey débarrassée de sa coolitude californienne, une petite réplique pop et blonde de Marylin, aux sourcils fins et à la voix plutôt intéressante, qui évolue entre pop 80s et Y2K, pop hypersexualisée et standardisée à laquelle on rattachera aisément ses débuts et premiers essais.

De titre en titre, la jeune femme terrifie et séduit à la fois, développant une musique électro-pop, trash, rave, RnB, bordélique qui oscille entre le génie pur (le single Cannibalism par exemple) et l’horreur absolue (les titres sont trop nombreux pour être cités ici). L’ensemble donne le tournis sur la durée d’un album, réalisant le fantasme autant sexuel qu’artistique de retrouver sous une même enveloppe la beauté virginale d’Angèle, l’efficacité d’une Madonna morte depuis 20 ans, le côté dance de Kylie Minogue et la trash attitude de Courtney Love. Tout ceci s’inscrit (I’m Actually Kinda Famous) dans le cadre d’une Amérique décadente, sexuelle, vulgaire et pourrie jusqu’à l’os sous les paillettes, le fric et la chair fraîche. Slayyyter incarne les désirs les plus innocents comme les plus dégueulasses, l’Amérique “alternative” et celle qui tient les urnes. C’est l’amie des chasseurs, des serial-killers et des intellos progressistes.

Histoire de brouiller les cartes, la jeune femme ne dédaigne pas de temps à autre s’afficher en mode lo-fi (relatif) comme sur le titre assez dément intitulé Gas Station où la baby doll est abandonnée comme une loque par son cheum à la station essence.

When you left me all alone at the gas station
I was cryin’ out my eyes, oh, the despеration
I kept lookin’ at my phone, I was hopin’ you would call
Sayin’ “sorry”, that you’re on your way back homе
There, you left me all alone at the gas station, mm

Le morceau est fulgurant, intense, ultra-sensible et empreint de cette poétique typique de la pop américaine qui met sur le même plan l’intimité et le dance-floor, la cour d’école et le peep-show. La beauté de Slayyyter apparaît ici à son zénith, avec sa féminité indéfinissable (enfant, femme objet, ado, vierge,…), ses tenues redneck ou de rodéo, proposant une représentation presque pure et parfaite de l’Amérique d’aujourd’hui. On n’est pas certains de revenir en détail sur l’album mais The Worst Girl in America est l’un des disques curieux et signifiants croisés cette année. C’est quand même plus excitant que de se farcir le nouvel album d’Angine de Poitrine. La jeune femme sera le 18 octobre 2026 à Paris au Trianon.

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