
Sorti en septembre dernier, i remember i forget, le nouvel album de Yasmine Hamdan, a vu le jour dans un contexte international particulièrement sombre, notamment au Moyen-Orient. Dans cette interview, l’artiste nous rappelle combien la création peut devenir un refuge et un outil thérapeutique pour rester debout face aux drames du monde.
Il y a une actualité très lourde en ce moment, au Moyen-Orient comme en Europe. Tu es libanaise et tu vis en France. Est-ce que cela a été pesant pour démarrer ce nouvel album ? Est-ce que ça t’a donné envie d’enregistrer dans un lieu “neutre”, en Sicile ?
Non, parce que j’ai commencé à travailler sur l’album bien avant les événements récents au Liban. Ils sont arrivés au milieu du processus de création.
En revanche, c’est vrai que les thématiques du disque sont en résonance avec ce qui s’est passé.
Ce qui a été très difficile, c’est de sortir le premier single quelques semaines seulement après le cessez-le-feu à Beyrouth. Mais quand on sort un disque, on entre dans une sorte de mouvement automatique : on doit continuer. C’est notre métier. Il faut vivre, avancer. La vie continue.
Il y a un morceau que j’adore sur l’album, Chma Ali, inspiré du Tarouida, que je ne connaissais pas non plus…
Le Tarouida est une musique folklorique palestinienne. À l’origine, j’avais décidé de chanter ce morceau dès 2022. C’est intéressant de voir comme certaines choses finissent par résonner avec l’actualité.
Il existe très peu d’enregistrements de ce morceau. J’avais entendu une version très douce, très belle et très sensuelle. Mais moi, j’avais envie d’en faire un hymne. Quelque chose de victorieux.
Je pars du principe qu’on peut perdre et rester digne. Rester victorieux. La joie est une force.
Comment s’est passé l’enregistrement avec Marc Collin ?
J’ai commencé à travailler seule, chez moi, sur Ableton Live. Quand je suis arrivée au studio chez Marc avec mes démos, nous avons développé les morceaux ensemble. Il a apporté sa patte, son langage, ses textures de synthés vintage incroyables. On s’est beaucoup amusés.
Par exemple, sur Chma Ali, il venait d’acheter un synthé qu’il n’avait jamais utilisé. On l’a allumé, on a commencé à expérimenter, et beaucoup d’accidents heureux sont nés comme ça.
L’album s’est construit progressivement, dans le temps. Le premier morceau que j’ai écrit est lié à l’explosion du port de Beyrouth, qui m’a évidemment traumatisée. Ça m’a plongée dans quelque chose de très difficile.
Il y a cette expérience propre à la diaspora : on vit ailleurs, mais le lien avec son pays natal ne s’arrête jamais. Les crises s’accumulent. À un moment donné, j’avais besoin d’écrire en mettant du sens dans mes morceaux. Je ne voulais pas faire “une chanson de plus”. J’étais un peu perdue par rapport à ça : pourquoi je fais ça ?
J’ai passé trois mois en Sicile. Là-bas, je me suis retrouvée. Être dans la nature, dans un endroit sublime, entourée d’oiseaux… ça m’a réorientée, j’ai pu retrouver mon chemin.
Tu vis en France. As-tu déjà pensé à écrire et chanter en français ? Je t’ai entendue chanter avec Christophe.
Oui, je prépare aussi un duo avec un chanteur français, mais ce n’est pas encore sorti.
Au début, j’avais du mal à chanter en français, parce que je ne comprenais pas son rythme. Pourtant, je parle couramment français, j’ai étudié dans des lycées français, j’ai lu les classiques très jeune — à 11 ans, j’avais déjà lu Marcel Proust.
La langue française m’a instruite intellectuellement et émotionnellement. Elle a façonné mon intelligence émotionnelle.
Mais musicalement, je ne comprenais pas comment la poser sur un groove. Puis j’ai écouté Christophe attentivement, j’ai travaillé son rythme, je l’ai presque imité. Et là, quelque chose s’est ouvert. J’ai commencé à prendre du plaisir.
Je chante en arabe parce que c’est ma langue émotionnelle. Mais c’est aussi un choix artistique et politique. Pour moi, chanter en arabe, c’est affirmer que cette langue est universelle.
C’est aussi une manière de refuser certaines catégorisations. Ce n’est pas parce que je chante en arabe que je dois être enfermée dans une case “world music”. Je veux me positionner dans le monde entier, sans frontières imposées.
Tu as collaboré au cinéma, notamment avec Jim Jarmusch. As-tu des projets en cours ?
En ce moment, j’écris et je travaille sur mes clips. Je les réalise moi-même, je les conçois avec un artiste, et j’y prends beaucoup de plaisir.
Aujourd’hui, on demande énormément aux artistes : communiquer, construire leur image, s’exprimer en permanence. Cela prend beaucoup de temps — un temps de moins en moins bien rémunéré par l’industrie musicale.
Pour finir, puisqu’on parle de réalisation de films, peux-tu nous faire quelques recommandations en cinéma ?
Je recommande vivement La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer — un film très esthétique et profondément politique.
J’aime aussi le cinéma de Roy Andersson, d’Elia Suleiman ou encore de Yasujirō Ozu.
Tournée 2026 :
- 27 février 2026 – La Cabane – Toulouse (billetterie)
- 28 février 2026 – Le Paloma – Nîmes (billetterie)
- 03 mars 2026 – Le Splendid – Lille (billetterie)
- 05 mars 2026 – Le 106 – Rouen (billetterie)
- 18 mars 2026 – Le Trainon – Paris (billetterie)
- 07 juin 2026 – Festival We Love Green – Paris (billetterie)
- 25 juillet 2026 – Festival Les Escales – Saint-Nazaire (billetterie)
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Portrait : Yasmine Hamdan par Adrien Viot
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