Playlist : les concerts au cinéma

Breakfast at Tiffany'sAu cinéma, on se rend souvent aux concerts. De rock (Désordre ou Clean d’Olivier Assayas), de blues (les Blues Brothers), pour voir David Bowie (Moi, Christiane F.), Johnny Thunders (Mona et Moi), Brian Slade (Velvet Goldmine), Dorothy Vallens (Blue Velvet), et même Cook Da Books (La Boum 2). Pour admirer une cantatrice d’opéra (Opéra), une chorégraphie à la Busby Berkeley (le second Indiana Jones), Diane Lane en clone féminin de Bruce Springsteen (Les Rues de feu), Christophe Malavoy en idole yéyé (Souvenirs, Souvenirs), et surtout Claudine Longet en comité privé (The Party).

Bref : impossible de recenser toutes les scènes de concert au cinéma. D’où cette playlist fatalement subjective, uniquement basée sur nos propres émois.

Par facilité, sinon cette sélection ne connaitrait aucune fin, ne sont pas cités les films-concerts (qui mériteraient une playlist à eux seuls) ou les biopics (idem). Restons dans la fiction, ou presque…

P’tit Quinquin (Bruno Dumont)
Dans l’hilarité, la folie et le burlesque, Bruno Dumont lacère toujours la tonalité de ses derniers films d’une soudaine apparition élégiaque. Quelle soit follement romantique (Billie dans Ma Loute) ou, comme dans P’tit Quinquin (l’un des sommets de la décennie en cours), musicale jusqu’à la grande émotion. Impossible d’oublier le titre Yes I Knew que chante Lisa Hartmann en pleine campagne. Outre la beauté du titre, c’est le stupéfiant découpage de Dumont qui permet à la séquence d’atteindre le statut de magique : à la fois intime, ancrée dans l’esprit de la chanteuse, mais également arrimée à un territoire et à un public précis. Pas la première fois que Bruno Dumont ensorcelle avec une scène de concert puisque dans Hadewijch, en 2009, le cinéaste, dans un autre instantané purement physique, filmait déjà, sur la durée, un live à ciel ouvert.

Twin Peaks – The Return (David Lynch)
Si chaque film (ou presque) de Lynch détient une scène de concert, et si l’apparition de Dorothy dans Blue Velvet (sous les yeux admiratifs / amoureux de Kyle MacLachlan) restera l’un des gros chocs de notre enfance, soyons contemporains et retournons (pour toujours) dans la troisième saison de Twin Peaks (LE sommet de la décennie). Embarras du choix puisque les 18 épisodes s’achèvent par un groupe en live : Chromatics, Au Revoir Simone, The Veils, James Hurley, Rebekah Del Rio… Dans l’épisode 08 (ce classique), c’est en plein milieu de l’action qu’intervient soudainement « The » Nine Inch Nails pour y interpréter le titre She’s Gone Away. Le spectateur, comme l’audience du Roadhouse, y abandonne ses repères. Tel Bruno Dumont avec P’tit Quinquin, Lynch donne la sensation concrète d’être en plein concert – et non pas devant sa télé, car il s’agit de séries.

Journal Intime (Nanni Moretti)
Moretti, qui rêve de savoir danser depuis sa vision de Flashdance (« Jennifer Beaaaals ? »), ne peut s’empêcher, admirant un concert ensoleillé, de rejoindre le groupe sur scène pour y scander « Saper Ballare ». Entre réalité et fantasme, docu et fiction, Moretti y filme, tout simplement, une séquence anthologique que l’on se revoit plusieurs fois par an.

Hannah et ses sœurs (Woody Allen)
Moretti conduisant à Woody, le souvenir d’Hannah et ses sœurs revient logiquement en mémoire : l’hypocondriaque Allen, plutôt fan de jazz, soudainement plongé malgré lui en plein concert punk, pendant qu’à ses côtés Dianne Wiest carbure à la coke. « Après le concert, le groupe va nous prendre en otages », s’inquiète un Woody vraiment guère à son aise et craignant pour sa surdité.

J’ai engagé un tueur (Aki Kaurismäki)
Dans Masculin, Féminin de Godard, Jean-Pierre Léaud draguait une jeune chanteuse nommée… Chantal Goya. C’était déjà sublime (aujourd’hui encore). En 90, sous le regard tendre mais désabusé d’Aki Kaurismäki, Léaud, dans un café-concert, assiste à une prestation de Joe Strummer. Une certaine idée de la perfection cinématographique : les cadrages humbles d’Aki, le dynamisme de Léaud, et le Burning Lights de Joe.

Joe Strummer dont les rapports avec le cinéma mériterait également une playlist (Ossang, Jarmusch, Scorsese, Hazan, Cox, Frank).

Les Ailes du désir (Wim Wenders)
À l’âge de douze ans, cette séquence des Ailes du désir aurait probablement été classée en numéro un de notre Top « concerts au cinéma ». Logique : Nick Cave et ses Bad Seeds, en pleine période berlinoise, sous l’œil angélique de Bruno Ganz, permettent à Wim Wenders (qui s’y connaît en matière de concerts filmés) de tourner la « séquence live » de toute une génération.

Les Incorruptibles (Brian De Palma)
Un peu d’opéra. Nous aurions pu citer Coppola et Le Parrain 3, mais De Palma, avec Les Incorruptibles, dans une éblouissante scénographie, met en parallèle la terrible mort de Malone (Sean Connery) avec les larmes de Capone (Robert De Niro) assistant à une représentation de Pagliacci. Et comme chez Coppola, De Palma transforme le spectacle d’un opéra en pur moment tragédien.

J’ai pas sommeil (Claire Denis)
Les films de Claire Denis s’écoutent autant qu’ils se voient. Et rarement en France un cinéaste n’avait accordé autant de méticulosité dans la sélection de chansons aux voiles parfois hors du temps. Coup de foudre personnel : Richard Courcet chantant en playback Le Lien défait de Jean-Louis Murat. L’action s’arrête, le spectateur se laisse porter par l’hypnose, J’ai pas sommeil devient soudainement un très grand film des années 90.

Only Lovers Left Alive (Jim Jarmusch)
Il faudrait également songer à une playlist Jarmusch tant le sujet musical, chez l’auteur de Stranger than paradise, est vaste, complexe, sincère, historique. Pour l’heure, remémorons-nous la découverte Yasmine Hamdan, à Tanger, sous les yeux des plus beaux vampires des cinquante dernières années. Un autre classique de la décennie.

Diamants sur canapé (Blake Edwards)
Trichons un peu car il ne s’agit pas d’une scène de concert, quoi que : George Peppard surprend Audrey Hepburn en train de chanter Moon River, sur les toits, avec l’envol Mancini qui rend le spectateur forever young. Audrey joue pour George. Sans le savoir. De cette intimité : la plus belle séquence de toute l’histoire du cinéma (ex aequo avec le final du même film – le chat sans nom, des retrouvailles, des larmes, et toujours Mancini).

 

Photo : Diamants sur canapé (capture d’écran)

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