Avant le festival : Momus et l’extravagant scandale du Bonhomme Michelin

HippopotamomusOn est en 1991. L’Ecossais Momus, Nick Currie de son vrai nom, après un premier album remarqué chez El, a tapé dans l’œil de Alan McGee, le fondateur de Creation Records, qui est persuadé qu’il doit étoffer son catalogue de nouveautés avec des groupes arty, classe et précieux, susceptibles de lui donner une aura chez les gens qui comptent et qui font la mode à Londres et en Angleterre. Pour le reste, en cette année 1991, il a Primal Scream ! Merci pour eux. Momus aligne entre 1987 et 1991 trois albums de haute tenue, The Poison Boyfriend, un pur chef d’oeuvre, Tender Pervert, un disque fabuleux qui porte très bien son nom, et Dont Stop The Night, un disque plus indé compatible, et qui passe, dans les rangs, qui sont devenus des rails (de coke), de sa propre maison de disques, totalement inaperçu. Cela ne perturbe pas outre mesure le chanteur qui continue son petit bonhomme de chemin. McGee qu’il croise de temps à autre en soirée l’incite même à faire n’importe quoi et surtout à ne pas céder une once de terrain à la morale et aux impératifs commerciaux. Creation Records a encore quelques belles années devant soi et McGee n’a jamais été du genre à appeler à la raison. Momus s’engage alors dans l’écriture et la production d’un album au moins aussi cool que les précédents. L’Ecossais accouche en un temps record de ce qui deviendra l’un de ses nombreux albums référence, un disque de pop remarquable, mêlant délicatesse, audace et une séduction presque entraînante qui tient beaucoup à un usage savant et bien proportionné des synthés et des guitares électriques. A l’image d’un Ventriloquists and Dolls, épique et en avance sur son temps, Momus signe avec Hippopotamus un album décadent, aberrant, absurde et d’une imagination invraisemblable. Qu’il parle de son pêché mignon les petites nanas, de cannibalisme érotique (i Ate A Girl Right Up) ou d’un singe domestique qui fout la merde et écoute du hard rock (A Monkey For Sallie), Momus évolue en roue libre et déploie une imagination surréaliste qui n’a pas beaucoup d’équivalent dans la pop contemporaine. Tandis que le narrateur dort avec sa petite amie, Sallie, le singe se pointe dans le lit et joue… avec son sexe…

Il y a une bonne douzaine de choses qui auraient pu éveiller sur ce disque l’attention des ligues de vertu mais c’est bien le service juridique de la prestige société Michelin qui bondit quand il découvre que l’Hippopotamus qui orne la couverture du disque et tient lieu de logo promotionnel à l’album est assez largement inspiré de son célèbre Bibendum. Pire encore, les huiles de la firme clermontoise retiennent leur souffle quand en plage 3, ils se mettent à écouter une chanson intitulée Michelin Man. Momus signe avec cette chanson un vrai attentat d’image contre le débonnaire bonhomme de plastique qu’il transforme en hérault gonflé d’air d’une sexualité faite de plastique et de fétichisme. Le texte est hilarant et génial, aussi cool que l’est le thème du bibendum. Le synthé suggère des coups de fouet ou des séances de fessée où nos fesses rugissent de plaisir sous le frottement du caoutchouc obèse. Jamais le Bibendum n’a été aussi sexy, olé-olé et peu associé à des pneus à l’adhérence renforcée. On ne vous fait pas un dessin, voici l’objet du délit :

Pump, pump it up
Pump it up if ever it goes limp
Dress in crepe, dress up in silk
Pump it up, cos when he’s hard and when he’s big

He’s the Michelin Man
Made of rubber
The Michelin Man
Josephine Baker
Make him Zeppelin big
On your bicycle pump
And he’ll bump you till your bed’s just junk
So pump the Michelin Man
Pump the Michelin Man up

Honey bunch dress it up
Dress it up and you can pump him up
Put a boob tube round your bust
Pump it up, he’ll slam it up your dress

Gros et dur, le Michelin Man te tamponnera jusqu’à ce que ton lit soit ravagé ! On imagine l’émoi. Aussitôt écouté et digéré, et sans ciller, Michelin saisit Creation Records qui, pour une fois, ne va pas trouver la chose amusante. Déjà que Momus ne vendait pas beaucoup de disques, mais en plus… il nous emmerde avec de potentielles poursuites judiciaires. Michelin menace Creation du pire et Creation prend peur. Les albums qui ne sont pas encore vendus sont rappelés et mis au pilon. Les futures rééditions se feront sans le titre incriminé. Michelin a gagné sans combattre et fait disparaître la chanson la plus compromettante de son existence. On ne rêve plus de baiser le Bibendum ou de lui caresser les bourrelets avec les seins, même s’il reste sur ce disque érotique, mille et une raisons de s’exciter comme ce Bluestocking de rêve qui passe en revue toute la littérature érotique disponible, l’unique chanson qui rivalise cette année là en sensualité et en charge sexuelle avec le Diamonds and Pearls de Prince.

Contrairement à ce qu’on lit parfois, Creation ne se séparera pas de Momus après cet incident. McGee n’avait pas de temps à perdre avec ces questions juridiques. Il leur faudra encore 2 ou 3 albums avant de le refourguer à Cherry Red Records.

A tout prendre, on préférerait entendre sur scène Sex For Disabled, l’une des meilleures chansons de l’artiste qui parle de sexe et de handicap… et qui fait partie des chansons qui ont fait dire à tant et tant de monde : c’est Bowie qui chante ? Non, c’est encore mieux, c’est Momus. On a l’impression à l’écoute que Currie a tout appris à Jarvis Cocker, le spoken word, l’observation sociale et le pas de côté.

En attendant le concert du vendredi 26 septembre, il est possible qu’on évoque un ou deux autres scandales scandaleux déclenchés par les disques du bonhomme.

Billetterie Momus à Paris

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