Ça plane avec Archive et son nouvel album Glass Minds

Archive - Glass MindLes années ont beau passer, de l’eau et des… disques couler sous les ponts (Glass Minds est le 13ème d’après les décomptes officiels), on n’abordera jamais un album d’Archive sans le situer par rapport au choc esthétique et musical qu’avait représenté pour nous en 1996, le premier disque du groupe, Londinium. C’est une malédiction en forme de bénédiction qui depuis exactement trente ans nous amène à chercher dans les travaux d’Archive quelque chose qui n’y est pas ou plus depuis longtemps et qui de fait, aura disparu aussitôt expulsé du studio. Le Archive de cette époque est mort, privé de sa voix Roya Arab et de son rappeur Rosko John, lequel reviendra bien plus tard.  Archive persiste et déroule trois décennies de musique autour de son duo nucléaire constitué de Darius Keeler et Danny Griffiths. Il ne fait plus du tout la même chose mais conserve, sur chaque disque et même (disons) lorsqu’il compose pour Mylène Farmer (2010), un peu de cet ADN des origines qui rend leur musique souvent intéressante, passionnante et leur assure de manière incompréhensible (et au même titre que, disons, Divine Comedy) l’éternel attachement d’un large public français. Car quand d’autres sont big au Japon, Archive, lui, est gros dans l’hexagone, pays où il ne cesse de battre la campagne, de composer, pour des films, des auteurs, de revenir année après année.

Le cru 2026 est annoncé depuis un bout de temps maintenant et a donné lieu à plusieurs singles déjà. Le premier Look At Us était plutôt pas mal et assez dark/cold avant de déborder dans une électro pop trop dansante pour nous. Le deuxième Wake Up fonctionnait à l’économie dans un registre de synthpop vintage qui faisait le grand écart entre les époques. Et on arrive au dernier (sans doute avant la sortie le 28 février du tout, Glass Minds donc) City Walls qui ressemble bien à du Archive atmosphérique et progressif sur lequel (sans qu’on sache si on en est déçus ou heureux) il ne se passe rigoureusement rien de bout en bout. On adore paradoxalement quand Archive se refuse à aller chercher le “hook” ou le crescendo attendu, la note de trop qui sent l’effort et la programmation mentale de nos goûts d’auditeur, pour le Archive qui s’égare, dérive, s’étend au delà du raisonnable pour laisser les machines se détendre les orteils et les ondes.

City Walls sent bon le Archive qui divague, celui qui envisage un futur dont il ne connaît rien, conduit tout droit avec les lumières (de la ville) dans les yeux. La voix de Pollard Berrier (qui est là depuis vingt ans maintenant) est magnifique et amène une touche de mélancolie et d’humanité triste à l’ensemble, abritée derrière les hauts murs protecteurs de cette ville imaginaire. On aime quand Archive nous projette dans ces univers à la Blade Runner dont on ne connaît pas grand chose et fait ce qu’il fait de mieux : construire pas à pas la bande-son d’une vie future, déployée dans un territoire de science-fiction lui-même déjà anéanti par le présent. Il y fait froid. Les rapports humains sont distendus et animés par le souvenir.

La représentation du futur chez Archive est elle-même débordée par la modernité, constituant comme musicalement un état similaire au cyberpunk, d’un futur qui n’arrivera jamais. En chansons, cela donne une version moderne et fantasmée d’un Pink Floyd 4.0, à la pointe mais né has been, parfois plus proche du rock progressif des années 70 que de l’avenir de la musique en 2030. La plus grande qualité d’Archive est d’être devenu un groupe romantique par la désuétude technologique qu’il véhicule. Les voix sont fantomatiques, les progressions ne mènent nulle part. C’est ce qui est bien. L’album attendu affiche une durée de 80 minutes qui promet un beau voyage encore, fait d’étapes intersidérales qui touchent à l’ambient comme au rock à guitares. Les voix de Pollard Berrier, de Lisa Mottram, ou encore de David Penn se présentent comme autant de plats à la carte. Trois salles, trois ambiances. Mais une même direction : le néant vital.

Le groupe sera en tournée européenne aussitôt après avec une étape à Reims et une autre à Paris.

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