Echo and The Bunnymen / Apples For Isaac
[BMG Recordings]

8 Note de l'auteur
8

Echo & The Bunnymen - Apples For IsaacIl y a toujours eu un petit côté désuet dans la pop des Echo and The Bunnymen, un classicisme et un romantisme qui, même durant leurs meilleures années, empêchaient qu’on considère cette musique comme quelque chose de branché, complètement connectée à son époque et d’avant-garde. Est-ce le jeu de guitare de Will Sergeant dont la virtuosité a toujours éveillé en nous une curiosité et un esprit de sérieux qui nuisent à l’évidence rock’n’roll d’autres rois du manche ? Est-ce la voix de baryton de Ian McCulloch, ou sa gravité permanente, qui nous ont toujours laissé penser que ce groupe était beaucoup plus intéressant et passionnant qu’il n’était léger ou cool ? Il y a toujours eu dans la musique d’Echo and the Bunnymen un “point de rigidité”, une rythme mécanique qui nous a toujours empêché d’être pleinement décontractés en sa présence. Le groupe qu’on a vu sur scène à plusieurs reprises nous a toujours enchanté par cette distance naturelle qu’il entretient avec nous, refusant de tirer, même après des décennies, sur la corde de la complicité et de la camaraderie pour s’en tenir à son projet : nous épater avec ses chansons et rien que ses chansons. Les Bunnymen ne seront jamais nos amis.

Cela faisait douze ans que les Bunnymen n’avaient pas livré d’album et de nouveau matériel. On avait bien sûr acheté les diverses compilations et lives sortis entre temps et fait notre miel de leur entrée dans l’âge des commémorations, persuadés toutefois que lorsque viendrait l’heure des comptes, d’ici trente ou quarante ans, Mac et les siens n’auraient AUCUNE chance de survie dans la mémoire des hommes, de ce côté-ci de la Manche du moins. Echo and The Bunnymen est un groupe comme d’autres (The Fall) qui disparaîtra avec les derniers fans que nous sommes et qu’aucune personne n’aura plus la chance ni d’écouter ni de réécouter dans quelques décennies. Cette disparition programmée ajoute une solennité touchante à Apples for Isaac, un disque à l’image du groupe, lessivé et fringant à la fois, pop, foutrement élégant et qui aurait pu être fabriqué il y a dix ou vingt ans.

Apples for Isaac démarre par un titre magnifique, Take Me By The Hand, qui donne le ton. On y trouve quelques solos de guitare un peu bavards mais ultra séduisants, un McCulloch en majesté et surtout surtout une énergie, un allant et un sens de la mélodie qui font mouche. Le refrain est engageant, simple, efficace et donne envie d’entrer de plein pied dans cet album qui nous accueille les bras grands ouverts.

Take me by the hand
I’m an honest man
Take me by the hand
Making honest plans
Take me by the hand
From this godless land
Take me by the hand
From the promised land
Running out in the sand
Sand

Cant Be Sold a beau faire son âge et avoir un arrière goût de déjà entendu, il prolonge la magie d’une œuvre amorcée au tout début des années 80. Le texte est con comme la lune, la mélodie à deux balles mais qui s’en soucie. McCulloch sait qu’il est dans le vrai et qu’il peut la porter sans mal. Ce qui est amusant avec Echo and The Bunnymen, à l’inverse d’autres vieux groupes, c’est qu’ils n’ont jamais changé leur formule d’un iota, ni pris en compte leur propre vieillissement dans leurs textes. Les histoires qu’ils racontent sont toujours les mêmes, amoureuses, schématiques, poétiques. Elles étaient parfois tristes et nostalgiques quand ils avaient 20 ans. Elles ne le sont pas plus, ni moins aujourd’hui, universelles et sans âge. C’est le cas d’un Cant Be Sold qui aurait pu être écrit il y a trente ans. Brussels Is Haunted a beau évoquer de vieux souvenirs de tournée et les Bert et Plastic Bertrand d’un âge lointain, c’est avant tout une chanson qui s’entonne et s’enjôle autour de shalalas irrésistibles. Mac est un éternel cabotin, séducteur et maniéré. Il n’est jamais meilleur que lorsqu’il se prend pour le centre du monde. Ce qu’il fait avec une maestria et une foi en lui intactes sur le joli I’ll Be Your Sunshine. L’amour chez Echo and The Bunnymen prend des proportions stellaires et c’est de toute beauté. Le couplet 2 est magnifique, ample et virtuose.

When my dark clouds leave your sky
Remember how, remember why
You lit the spark, you lit the sky
You’re the star that never dies
After the dark, light the sky
After the dark

Si les chansons d’Echo and The Bunnymen, la guitare de Sergeant notamment, sont un peu prévisibles ou sonnent de manière familière, c’est parce que l’on touche ici à la source même de la pop : des compositions qui, au lieu de dérouter ou de surprendre, nous parlent immédiatement. Cela ne marche pas tout le temps et il arrive que des titres ronronnent ou n’éveillent pas notre attention (Hijacked par exemple, l’hédoniste The Honey) alors qu’ils ne sont pas si différents de ceux qu’on considère comme vraiment réussis, mais cela a toujours été une caractéristique du groupe de donner parfois l’impression de se mettre en pilotage automatique. Le duo dégage une telle facilité, un tel sens mélodique qu’on ne tarde jamais à retomber sur un morceau intrigant ou en apparence supérieur aux autres. C’est le cas de An Unstoppable Force, où McCulloch feint le goût de fatigue et l’épuisement avant de laisser jaillir la force de vie et d’aimer qui le conduit depuis des années. Cette force incontrôlable nous vaut l’une des chansons les plus soyeuses et puissantes du disque, mêlant constat intime du temps qui passe et visée universelle voire cosmique dans la droite ligne des plus belles chansons élémentaires (la pluie, l’océan, le vent) du groupe. Dans un registre plus rock, Lab Rats Ran témoigne de la verdeur d’un groupe qui, même privée de sa section rythmique d’origine, ne dédaigne pas aller droit au but et tutoyer le mainstream, en dégainant un accompagnement cuivré au saxo aussi anachronique qu’approprié. Asimov sonne comme une chanson sans queue ni tête mais qui, si on l’écoute attentivement, est joliment libre et œcuménique. McCulloch semble s’être adouci avec le temps. Il est beaucoup moins vachard, beaucoup moins clivant. Tout n’est évidemment pas formidable ici. Personne n’est capable de produire un album entier de joyaux après quasiment cinquante ans d’activité mais rien n’empêche d’essayer.

Les tentatives des Bunnymen sont nobles, fières et presque toutes dignes d’intérêt. La dernière chanson, We Prayed In The Dark, est un modèle d’intelligence. L’écriture est soignée, le chant irréprochable et l’accompagnement dosé avec une précision harmonieuse et une minutie qui ne laissent rien au hasard. Il y a suffisamment de chansons réjouissantes ici pour qu’on ne fasse pas la fine bouche. Il faut profiter de McCulloch et de ses Bunnymen tant qu’ils tiennent encore debout. Apples for Isaac n’est pas leur meilleur disque mais ce n’est pas non plus un disque de plus ou un disque pour rien. Il y a plus de chansons ici que chez beaucoup d’autres, un vieux style qui fait mouche, bien mis, bien pris.

Tracklist :
01. Take Me By The Hand
02. Can’t Be Sold
03. Brussels Is Haunted
04. I’ll Be Your Sunshine
05. Hijacked
06. The Honey
07. An Unstoppable Force
08. The Light That Surrounds You
09. Lab Rats Ran
10. Asimov
11. We Prayed In The Dark

Liens :
Le site officiel du groupe
Le groupe sur Facebook
Le groupe sur Instagram

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