Shorty Shit Stain : La Droogz Brigade revient tout en fureur 10 ans plus tard…

Droogz Brigade - MécaniqueDécidément la Droogz Brigade est un groupe qui ne fait pas les choses comme les autres. Dix ans après leur désormais légendaire premier et unique album, Projet Ludovico, l’un des meilleurs albums hip-hop français de tous les temps (rien que ça), le commando toulousain est de retour avec un single qui annonce la sortie le 11 décembre de son nouvel album, Mécanique, dont les précommandes ont été ouvertes il y a quelques jours chez Modulor Records.  La couverture a une allure forte et continue à rattacher le groupe à l’univers d’anticipation ultraviolent et contestataire d’Orange Mécanique.

Après leur album de jeunesse, Terreurs de Jeunesse, il y a six ans, le groupe surfant toujours sur les productions de l’incontournable beatmaker punk Al’Tarba (qui chante aussi avec la Brigade), fait ainsi son retour avec un titre plutôt audacieux et dont le texte rend hommage à une figure pas si connue du hip-hop américain, le pas très fameux Shorty Shit Stain. Ce choix de premier single est étonnant car on s’attendait plutôt à un morceau bien rentre-dedans et à un single au texte franco-françois, social et coup de poing. Au lieu de ça, on a droit à un brûlot punkcore, dopé aux basses, mi-oï, mi-raisin qui laisse aux MCs du groupe, un large espace de création littéraire/poétique, et accueille, en guise d’invité spécial, le non moins étonnant Furax Barbarossa. Shorty Shit Stain est un rappeur associé à Old Dirty Bastard (dont il est le cousin si on se souvient bien), et parfois affilié par erreur au Wu Tang Clan. Il fait partie du crew chaotique et à géométrie variable baptisé le Brooklyn Zoo du ODB et apparaît ainsi sur pas mal de titres culte sur lesquels il prend quelques vers d’une façon quelque peu maladroite. On trouve sa trace ainsi sur Protect Ya Neck 2 et Gettin High, et surtout sur un unique (?) album solo Life Happens, Shit Happens, sorti en 2017. Depuis cette année, il faut avouer qu’on ne s’était jamais soucié de lui avant que la Brigade n’aille faire mumuse avec son souvenir et n’aille tisser quelques couplets autour de cette figure mi-risible, mi-funky cool. On suppose que SSS est toujours en vie quelque part et qu’il enregistre même des disques. Il fait partie d’un groupe Dem Dirty Boyz qui se produit sur scène de temps à autre mais dont on n’a pas croisé la musique. C’est cette figure, synonyme ici d’un rap sincère, sans afféterie et qui sort tout droit du… colon, qui sert de fil rouge au morceau, la Brigade proclamant son droit à produire un hip-hop instinctif, non réfréné et de première intention.

Drug free, possiblement la meilleure/pire intervention de SSS chez ODB.

Le single est emmené, très punk et remuant à l’image de son premier compositeur qui assure, comme il sait le faire, un couplet incisif et enragé. Comme souvent, on a un petit faible pour l’ouverture assurée par le rocailleux Staff L’Instable mais on prend aussi un immense plaisir à redécouvrir un à un les membres du crew. Rhama le Singe et Sad Vicious font le boulot et signent des retrouvailles qui mettent en avant leurs qualités respectives, la roublardise et l’élasticité du flow. Le rappeur toulousain Furax, héraut local du rap conscient, ajoute un grain de sel musclé et musculeux qui va à ravir à une production survitaminée. On est pas certains de comprendre tout ce qui se passe ici mais on se laisse balader/bousculer avec un plaisir non dissimulé par les punchlines et formules à l’emporte pièce des droogies. Pour dire la chose, on a l’impression de débarquer en plein milieu d’un gros pogo où nos pieds ne touchent pas terre et où on ne sait pas trop où on est. Ce sentiment de dépaysement est enivrant et donne envie de sauter sur place, de donner des coups de pieds dans les tibias et d’aller étouffer un ours brun à mains nues. On ne sait pas si c’est l’effet souhaité par la Droogz Brigade mais à défaut d’autre chose, c’est ce que ça nous inspire.

On sera en place avec nos Docs et nos cheveux (chauves) tondus de près – on a passé l’âge d’être un skin de gauche mais l’idée nous plaît toujours – en décembre pour la suite.

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