Elliot Maginot / Easy Morning
[Audiogram / The Orchard]

8 Note de l'auteur
8

Elliot Maginot - Easy MorningParfois, on se souvient plus de la découverte, de la rencontre, de l’émotion suscitée, du contexte que de l’œuvre.

Été 2012. Un CDR regroupant une poignée de chansons composées et interprétées par le tout jeune Elliot Maginot fait partie des souvenirs ramenés d’un roadtrip canadien sur l’insistance d’un disquaire montréalais bien intentionné (et bien avisé). En découvrant Monsters At War, on sait alors que le Québécois dispose de ce supplément d’âme qui permet de transcender une belle chanson en confidence intime. Sûr de son fait et parce qu’il joue sa vie à chacune de ses chansons, il écume tous les endroits où il peut se produire dans la mégalopole et commence à se faire un nom dans la Province. Il réalise alors Young/Old/Everything.In.Between (Indica) entre pop cotonneuse comme le fog londonien et sonorités boisées folk-rock. Avec Comrades sorti en 2018 via Audiogram, Maginot s’affirme comme l’une des figures de proue de la scène québécoise, en s’éloignant de ses influences européennes pour se caler sur un “middle of the road” typiquement nord-américain : exit les incursions francophones, il lorgne vers la même ligne d’horizon que The War On Drugs. On pourrait croire qu’il a perdu son âme en chemin. Mais non. Le garçon sait d’où il vient, les épreuves qu’il a traversées et il sait manifestement où il veut aller. En tout cas, il ne manque pas de personnalité et ne se laisse pas dicter son avenir.

Avec Easy Morning, il débranche les amplis et évacue les synthétiseurs. Place à une orchestration outrageusement ambitieuse, malicieusement voyageuse et ouvertement acoustique. Cordes, cuivres, percussions, guitares, mandoline, banjo, balafon, glockenspiel, xylophone, accordéon et flûtes soutiennent les confessions doucereuses du Canadien au creux desquelles viennent se nicher des sonorités venues d’Afrique de l’Ouest. Avec l’aide de Connor Seidel qui coréalise le disque, Elliot Maginot a effectué un travail d’orfèvres pour trouver l’équilibre, éviter l’écueil de l’emphase et ne pas céder aux boursoufflures de production. Le résultat est très riche et on n’a pas fini d’en découvrir les milles et un détails. Le jeune homme fait un petit pas de côté pour observer le monde qui tourne (au ralenti en cette période de pandémie), s’interroger sur sa propre histoire (Holy Father). Il se pose, se repose. Regarde d’où il vient et porte son regard sur le lointain (le beau Easy Morning). Lui qui était tellement à fleur de peau semble serein, sûr de pouvoir tracer sa route. Voilà bien un message réconfortant.

Tracklist
01. Emilio (Any Day Now)
02. Holy Father
03. Holy Water
04. Dead Church
05. Dead Men Walking
06. True Love Might Not Find You In The End
07. While You Were Feeling The Water
08. Easy Morning
09. You Are Free
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