Garorock 2016 : interview de Douchka

Report Interview Douchka -Lou Winckler

Douchka, la tête sur les épaules et des étoiles plein les yeux

En à peine une année, Douchka est devenu incontournable pour beaucoup. Après avoir participé à la Red Bull Music Academy à Tokyo et joué au Pitchfork festival à Paris en 2014, il a fait son entrée chez Nowadays Records en 2015 avec un premier EP très remarqué Joyfull. Aujourd’hui, il revient pour vous faire vibrer avec un nouveau disque riche en émotions Together, une œuvre poétique, prônant l’amour d’être ensemble. Fait de beats percutants et chaleureux, on se laisse emporter par les quelques notes du mythique Steinway mélangées à des drums scintillants et à une bonne dose de mellotron.
Après avoir effectué la première partie de Fakear à l’Olympia, quelques DJ sets révélateur et un live flambant à la Gaîté Lyrique en compagnie de Jabberwocky, Il poursuit sa route en évitant les sentiers battus, digne des producteurs les plus talentueux de sa génération.

C’est ainsi que se dresse le portrait officiel de Douchka.

Garorock – Juillet 2016. Douchka est arrivé sur la plaine de la Filhole. Pendant sa tournée d’été et entre quelques sets prévus lors du festival, il nous accorde un moment pour nous parler un peu de lui et de sa musique intergalactic beats. Discussion avec un jeune homme qui a la tête sur les épaules et des étoiles plein les yeux.

Photos : Lou Winckler.

D’abord un style de musique d’aujourd’hui…

Je pense que c’est un mélange de plein plein de choses, principalement orientées hip hop, électro et pop, notamment parce qu’il y a une structure un peu couplet refrain dans ce que je fais. Il y a des breaks assez lents, enfin je dirais que les tempos sont lents mais que les drops sont puissants. Il y a des gros synthés et on rejoint l’esprit club d’où je viens à la base en tant que DJ. C’est un mélange de plein de choses. Les gens appellent ça future beat mais j’ai pas trop l’impression d’être dans le futur, je pense juste que je fais mes trucs de maintenant et que je kiffe, voilà.

Avec un label, Nowadays Records, avec qui il « veut  grandir »…

Cette scène là en France ne s’est pas trop développée. Tu vas en Australie avec des labels comme Future Classic, des gens comme Flume, Ta-Ku qui étaient hier à Paris (NDLR : Le Trabendo à Paris le 01 juillet) la scène est beaucoup plus développée ! Après en France il y a un label qui fait vraiment ça, c’est Nowadays, celui dans lequel je suis . Et heureusement qu’ils sont là sinon ce serait la cata. […] Mon label je l’adore et j’ai envie de grandir avec lui. On commence à faire des dates à l’étranger cet été, c’est vraiment bien. Il y a Londres, puis Montréal à la rentrée. Donc c’est vraiment vraiment cool. Après ça se développe, mais en France on a toujours ce problème d’attendre que le truc soit vraiment à la mode. Quand j’ai vu jouer Fakear la première fois, c’était en tremplin à Astropolis, on était 50 devant lui et il avait 800 fans sur sa page Facebook. Quand je suis allé checker le truc devant, je savais que le mec allait tout exploser et il n’était pas encore signé chez Nowadays à l’époque. Faut le temps que les gens apprécient le truc, je pense.

Justement comment s’est passée ta tournée avec Clément Bazin et Fakear ?

C’était mortel parce que c’était la première fois que je faisais une vraie tournée, c’est-à-dire une date chaque soir et pas de temps libre. Tout le temps que tu as, tu le passes sur la route et à bouger de salle en salle. Tu arrives dans les villes, tu ne vois rien des villes. Tu arrives dans la salle, tu joues, tu vas dormir et tu fais de la route. Mais en fait c’est génial parce qu’on est entre potes.

Fakear c’est une crème, humainement c’est un mec incroyable et c’est ce qui fait le succès de sa carrière aussi, je pense. C’est le mec qui a su garder son intégrité et sa belle personnalité. Clément et moi on est un peu deux mecs de nawa qui profitons de ce truc là. Je me souviens à Lille (NDLR : L’Aéronef en mai 2016), c’était ouf, tu vois, je jouais en premier et à 19h30 la salle était blindée, t’avais déjà 1500 personnes et c’était le merdier, les gens étaient complètement fous. Et t’hallucines, tous les soirs c’est comme ça. C’était vraiment dingue !

Et cet été ce sera encore sur les routes…

Jusqu’à mi-novembre je joue tous les week-ends. Essentiellement en France, après il y a des dates à Londres. On va à Dour en Belgique là bientôt aussi. Mais sinon après ce sont des festivals, petits ou gros. Là c’est un peu dingo parce que le week-end dernier c’était pareil c’était festival (NDLR : Festival la nuit des sables blancs le 26/06 à Douarnenez), c’était une scène où il y avait 5 000 personnes. Là c’est pareil ce soir, je ne sais pas combien il va y avoir de personnes. Avec Petit Biscuit (NDLR : compositeur rouennais électro multi-instrumentiste) pareil on en parlait, c’était un truc de fou hier. Que tu joues devant plein de monde ou tu joues devant une salle de 500 personnes, c’est complet à chaque fois, donc cc’est top.

Si on parlait un peu de Together maintenant, ton nouvel EP. Comment est-il accueilli ?

Bien je crois, enfin je pense (rires). Moi j’étais content de sortir ce maxi et surtout content parce que je l’ai fait rapidement. Alors que quand tu mets trop de temps à constituer un corpus, un disque, parfois il y a des morceaux qui sont dessus que tu n’aimes plus forcément. Là, pendant deux mois j’ai vraiment speedé pour faire le disque, je savais exactement ce que je voulais, j’avais une ligne directrice, un fil rouge, comme on dit. Et du coup ça c’est super bien passé sur la créa.

Ensuite c’est l’EP qui me permet d’arriver en live. Tu vois, je joue l’EP sur scène en refaisant tous les trucs de batterie, les plans de piano et en faisant des versions un peu remixées. J’étais super content, on a fait un beau clip en 3D, on a fait plein de belles choses, des vinyles. J’étais trop dingue de voir ma musique gravée sur un vinyle. Mon père il était fou aussi. […] Et puis ça a ce grain particulier…

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Tu disais en parlant de ton vinyle, tu as dessiné toi-même la pochette d’album ?

J’ai dessiné le piano escalier en fait. Parce que je voulais intégrer un élément très présent pendant la création de cet EP. J’ai tout écrit au piano, toutes les mélodies étaient écrites avec cet instrument avant de commencer le beat. Et donc je voulais rendre plus ou moins hommage à cet instrument là. J’ai donc cherché une forme un peu cool et du coup j’ai fait ce truc-là dans un train. Et après ce sont des mecs un peu fous de la 3D à Paris qui ont, par je ne sais quel moyen, réussi à rentrer dans ma tête pour faire exactement ce que je voulais. Je ne voulais pas d’image réelle, je voulais de la 3D, de l’image fabriquée. De la peinture, du dessin, ce que tu veux mais fallait que ce soit fabriqué. Et pareil pour le clip et ceux qu’ont fait la cover, ils ont su rebondir sur mes idées.

Et je trouve ça bien aussi d’avoir fait les beaux arts. Je me raccroche à ça très souvent. Je suis très au taquet sur tout ce qui est image, j’y pense énormément. En ce moment on est en train de prévoir les lumières pour le live de la rentrée et ben pareil tu vois, le mec il avait jamais vu et il est là « putain mais t’es super investi » et je lui réponds que c’est normal.Pour lui d’habitude les gens ne pensent qu’au son. C’est tout aussi important ce qui gravite autour de ta musique, c’est aussi important que la musique elle-même : la manière dont tu parles sur les réseaux, la gueule de tes photos, tout ça influence énormément.

Tu joues d’un instrument ?

Non, j’ai eu une petite période batterie, mais j’ai grandi dans une toute petite ville à Douarnenez dans le sud Finistère et il n’y avait pas beaucoup de gens pour faire de la musique là-bas. Donc en fait je suis arrivé un peu à la musique électronique par accident justement. Faut que je puisse faire des trucs tout seul.

Comment ça « par accident » ?

C’est-à-dire que je n’avais pas envie d’être dans un groupe et c’était trop compliqué d’être dans un groupe. Avec la musique électronique tu fais ton truc dans ton studio, c’est peinard. Après ce petit apprentissage de la batterie, je me suis mis piano depuis 2 ans maintenant. Et même si je suis très loin d’avoir un niveau à la FKJ (Vincent Fenton), c’est quand même un élément que j’adore amener sur scène avec moi. Parce que même si je me plante, si je fais une fausse note ou si je ne suis pas dans les temps, au moins je joue tu vois. Je ne voulais pas arriver avec un live ordi, c’est pas un DJ set parce qu’il n’y a pas de platine mais c’est la même chose. Et là c’était vraiment plus cool avec le piano, j’aime beaucoup ça.

Est-ce que tu peux revenir sur le début de ton parcours ?

C’est arrivé au fur et à mesure. T’as la Red Bull Music Academy à Tokyo qui a été un moment très important quand même. Parce que c’est ça qui m’a décidé à arrêter l’école. J’étais diplômé des Beaux-arts mais je voulais continuer en Master. J’ai passé deux semaines de Master, puis je leur ai dit que j’arrêtais et que je m’en allais. Ils m’ont dit que j’avais raison, qu’il fallait que vive ça et que je m’éclate. Même mes parents quoi, alors que t’es super flippé. Mais j’en vis, je paye mon loyer, je paye mes courses, etc. Être indépendant grâce à la musique à 24 ans, c’est pas donné à tout le monde. Et quand les choses ne se concrétisent pas assez vite, je relativise.

[…] Ça c’est fait au fur et à mesure et moi ça m’allait très bien. Je n’aurai pas forcément aimé vivre ce qu’a vécu Théo (Fakear) : l’énorme buzz direct. Ça dépend comment tu gères ça et si tu as les bonnes personnes autour de toi. Mais tout seul quand un truc comme ça t’arrive, c’est super compliqué à gérer et ce qui est bien avec mon projet, c’est que ça augmente petit à petit. Depuis décembre dernier, j’ai signé chez Warner en édition et depuis je vis de la musique, en devenant intermittent. Tu fais des dates de plus en plus conséquentes, de plus en plus grosses, mais calmement. Cela te permet de te rappeler d’où tu viens et de relativiser quand tu fais des dates un peu plus modestes.

Tu penses déjà à la suite de Together ?

Oui, je suis déjà dedans. Il y a des morceaux nouveaux que je joue ce soir qui sont probablement sur le prochain maxi ou le prochain album. Je ne sais même pas quel format ça aura. J’ai un autre groupe aussi à côté avec lequel on sort un autre projet à la rentrée. Donc je n’ai plus le temps quoi. Faut que je m’invente des journées de 36h parce que sinon c’est plus possible. Là c’est l’horreur… Enfin vaut mieux que ce soit le bordel que le calme plat.

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