Hania Rani / Home
[Gondwana Records]

Hania Rani - Home Quelques mois seulement après la parution de son premier album, Hania Rani délivre déjà le second volet de ce qu’elle a imaginé comme un diptyque, comme « l’achèvement de la phrase » selon ses propres mots. Mais que la surprise est grande en découvrant le magnifique Home (Gondwana Records).

Non pas que Esja était dépourvu de qualités. C’était un bien bel album de néo-classique comme certains labels (Eased Tapes, !K7 et plus rarement Gondwana Records) produisent ces temps-ci, constitué de pièces uniquement instrumentales jouées au piano. Un sésame pour la Polonaise lui permettant d’apparaître ici ou là aux côtés de ses confrères masculins déjà nombreux sur le segment et jouissant d’une belle médiatisation. Mais autant le dire sans ambages : au moment de faire un choix pour mettre un disque sur la platine, on a toujours tendance à privilégier les œuvres de Nils Frahm ou Ólafur Arnalds parce qu’elles dégagent une énergie, des émotions qui peinent à s’exonérer du vernis un peu trop policé de la production sur Esja – un mal assez récurrent dans le genre. Pourtant Gijs van Klooster qui oeuvrait au mixage sait y faire – il a collaboré avec Joep Beving et s’est attelé à l’immense Oceanic de notre chouchou Niklas Paschburg. D’ailleurs, Hania Raniszewska a encore fait appel à lui et à son ami Piotr Wieczorek pour s’occuper de la mise en son de Home. Si l’équipe reste la même, pour autant, le résultat est transcendé. Une écoute attentive au casque de l’un puis l’autre des disques est une démonstration éclatante de l’importance des détails pour une musique aussi dépouillée – sans qu’il ne s’agisse pour autant de donner trop d’importance à la technique. Ce qui importe, ce sont ces mille et uns détails qui donnent de la matière, du souffle, du corps aux compositions quand bien même elles sont uniquement acoustiques et interprétées au piano. Il y a une différence majeure entre entendre la note produite par un piano et distinguer le son produit lorsque le musicien enfonce avec plus ou moins d’intensité la touche blanche ou noire, d’entendre le marteau frapper la corde.

Bien évidemment, l’évolution est encore plus manifeste sur d’autres pièces, lorsque la jeune femme démontre qu’elle dispose d’un joli grain de voix qu’elle utilise comme d’un instrument, en jouant sur la réverbération et les dédoublements, sans verser dans la mièvrerie, la préciosité. Elle a également ajouté de subtiles touches d’électroniques, des bruissements, des crépitements, probablement quelques field-recordings. C’est ténu mais on imagine plein de choses quand on croit entendre un cri de mouette sur Ombelico, par exemple, ou lorsque la frénésie du piano se confond avec ce qui pourrait être une myriade de vieilles machines à écrire ou d’un métier à tisser (Buka). N’est-ce pas le balancier d’une pendule qu’on entend sur Letter To Glass à moins que ce ne soit une roue de charrette grippée ? A chacun de se faire son histoire… Pour certaines chansons, elle s’est fait accompagner d’un bassiste et d’un batteur, et bien évidemment, ses compositions y gagnent en intensité, en puissance. En premier lieu, la chanson-titre, l’élégiaque Home, enchaînée avec l’anxiogène Zero Hour, n’est pas sans rappeler ses compères de label, Portico Quartet (dont on conseille encore et encore Memory Streams – 2019).

Si Esja n’était qu’une invitation, certes joliment tournée et policée, on entre dans Home, sur la pointe des pieds, avec la retenue et la pudeur qu’on réserve à ceux qui ne se sont pas dévoilés. Alors, Hania Rani papillonne sur son piano, elle se livre, se délivre, donne des mots à ses maux pour nous happer, nous envoûter à tel point qu’on finit par se confiner dans son univers.

Tracklist
01. Leaving
02. Buka
03. Nest
04. Letter to Glass
05. Home
06. Zero Hour
07. F Major
08. Summer
09. Rurka
10. Tennen
11. I’ll Never Find Your Soul
12. Ombelico
13. Come Back Home
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