Marlin’s Dreaming / Quotidian
[Auto-production]

8.5 Note de l'auteur
8.5

Marlin's Dreaming - QuotidianPour prétendre au titre de “bon album”, tout le monde s’accorde à considérer qu’il faut au moins un bon single. La chanson qui servira de Cheval de Troie, la mélodie imparable, le gimmick qui vrille le cerveau. Avec Sink Or Swim, placé d’entrée de jeu sur ce véritable premier album, Marlin’s Dreaming remplit haut la main le cahier des charges. Un roulement de batterie tonitruant rattrapé par des guitares jangly, on arrive déjà ébouriffé lorsque Semisi Maiai commence à chanter, ralentissant outrageusement cet emballement primesautier qui ne retrouvera sa vélocité que sur une nouvelle inflexion instrumentale finale. La mélodie est alors nimbée d’une aura bleutée, celle qui irradie les chambres des adolescents romantiques. Rien qu’avec cette chanson, le groupe néo-zélandais s’impose comme une alternative crédible et probante à l’âge d’or de Captured Tracks qu’on situera arbitrairement entre 2010 et 2011 (Minks / Beach Fossils / Wild Nothing / Craft Spells), ravive les souvenirs de Slumberland Records et fait oublier la redondance du dernier album de Real Estate. Une grande chanson de pop euphorisante donc, qui présente forcément une certaine filiation avec ses ainés et compatriotes The Clean et The Chills.

Mais aussi malicieux soit ce single, ce n’est pas suffisant. Alors Marlin’s Dreaming double la mise avec Outwards Crying, formidable contre-pied aux stratégies commerciales. Car mieux vaudrait privilégier les tubes instantanés pour se faire une place au soleil. Mais non, eux choisissent leur morceau le plus mélancolique, porté par une guitare noisy noyée dans un océan cotonneux. Et cette ligne de chant encore placée sur deux plans, imparable. On misera sans difficulté sur Alike pour faire un 3éme single. En écoutant avec attention, on distingue aussi plein de détails, des field-recordings et des arrangements qui donnent de l’épaisseur à toutes les compositions. Ces gars-là sont, à n’en pas douter, des malins doublés de travailleurs persévérants. Ils savent déjà ménager la mise en lumière : passer par des parties plus ardues et parfois mal troussées pour mieux mettre en valeur la mélodie afin de rendre le beau plus beau encore. Voilà qui relève la maturité et le potentiel du groupe déjà auteur d’un premier EP Talk On / Commic (2018) qui titillait le génial Kevin Morby. Souvent, les introductions sont ainsi un peu balourdes ou plan-plan (le simili slow False Start) en comparaison de la suite : des refrains surf-pop irrésistibles, des digressions psychédéliques ou noisy-pop comme sur le justement intitulé Pavement, des rythmiques chausse-trappes (Colourful Disarray). Sur Outristic Pt 2, le quatuor durcit même le ton en prenant une posture post-punk avant d’enchainer sur un interlude à la The Durutti Column. Ils ne s’interdisent donc pas grand-chose et savent faire preuve de l’étendue de leur spectre musical.

Comme sur les bons albums, les qualités de Quotidian se dévoilent progressivement, comme les émotions qui défilent selon les saisons et l’heure de la journée. Marlin’s Dreaming fait tomber la pluie sur les fenêtres du salon et rayonner le soleil pour un après-midi d’été à la campagne. Il y a aussi des passages moins excitants, ces moments qu’on laisse filer. On ne criera donc pas aux génies, mais quand même, les groupes capables de claquer des tubes pareils ne courent pas les rues. Ici ou à l’autre bout de la planète.

Tracklist
01. Sink Or Swim
02. Alike
03. Outwards Crying
04. Lick The Brains
05. Cabbage Tree
06. Colourful Disarray
07. False Start
08. Outristic Pt 1
09. Outristic Pt 2
10. Mr Sun
11. Pavement
12. Filling In Time
Liens
Ecrit par
Ecrits aussi par Denis

Là où ciel et horizon se confondent avec Yellow6

Il serait exagéré de prétendre que toutes les productions de Yellow6 sont...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *