Stereolab / Instant Holograms On Metal Film
[Duophonic Ultra High Frequency / Warp]

6 Note de l'auteur
6

Stereolab - Instant Holograms On Metal FilmUn été. C’est le temps qu’il aura fallu pour digérer cet Instant Holograms On Metal Film, onzième album de Stereolab. Le digérer et se faire son idée, pas forcément plus claire aujourd’hui que le 23 mai, date de sa sortie. Parce qu’enfin, soyons un peu cohérent : oui, on l’attendait ce disque. On l’attendait parce qu’au fond, on ne pouvait se satisfaire de l’idée d’un groupe jadis plein de principes uniquement reformé pour les basses œuvres commerciales : ressortir un à un la quasi-totalité des albums du groop en 2019 puis 2025, exhumer des fonds de tiroirs de quoi alimenter deux nouvelles gargantuesques compilation Switched On, les volumes 4 et 5 et tourner, tourner, tourner pour alimenter cette petite entreprise florissante jouant sans vergogne sur la nostalgie du bon vieux temps de la vingtaine. On l’attendait parce qu’au-delà de cette reformation que l’on ne se résolvait pas à imaginer exclusivement commerciale, on était absolument charmés par les travaux solo de Laetitia Sadier et presque tout autant emballés par le kraut expérimental d’un Tim Gane en pleine forme au sein de Cavern Of Anti-matter : ces deux-là, ré-influencés, ressourcés, requinqués par le temps passé loin l’un de l’autre ne pouvaient que revenir plein de bonnes idées. On l’attendait sans trop savoir à quoi s’attendre après 15 ans de pause discographique, pris dans le dilemme de certains fans de la première heure entre une première période space-kraut totalement brillante et une transition pourtant douce (toute une période en réalité entre Emperor Tomato Ketchup en 1996 et Sound Dust en 2001) vers une forme d’easy-listenning fréquentable, assez mal acceptée par certains qui se sont pourtant privés de très belles réalisations d’un groupe qui montrait qu’il pouvait évoluer et se régénérer.

Spoiler : Instant Holograms On Metal Film déçoit. Il faut se rendre à l’évidence : passé l’effet madeleine, tout en continuité 15 ans plus tard, il se range du côté des insipides Not Music et Chemical Chords dont on serait aujourd’hui bien incapable de citer un titre ou fredonner un air sans la moindre révision. Selon l’expression consacrée, l’album reprend les choses où elles s’étaient arrêtées ; problème : si l’on s’en souvient bien, c’était exactement au milieu de nulle part. Si le groop bénéficie toujours autant de sa côte de popularité et d’un crédit illimité, force est de constater qu’il a égaré son génie créatif au tournant des années 2000 et ne capitalise plus que sur sa période faste datant déjà du siècle dernier. Le pire, mais c’était déjà le cas avec ces albums précédents, c’est que Stereolab n’inspire musicalement aucun dégout. Sa musique a fini par intégrer pour de bons les codes fondamentaux de l’easy listening, glissant d’une inspiration sixties qui se heurtait pour le meilleur aux tendances de la fin des années 1990 (le génial Dots And Loops sur lequel la patte de John McEntire à la production faisait merveille) à une musique devenue un peu fade, mais en aucune façon dérangeante. Instant Holograms On Metal Film s’écoute, plutôt bien au fond, mais il ne s’y passe pas grand-chose et il tourne en rond, sans trop savoir où aller ni où nous emmener.

Tenez, le single : c’est à Aerial Troubles qu’incombait la charge pas si lourde au fond au vu du public conquis d’avance de lancer les hostilités commerciales. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il annonçait un album pantouflard, pour ne pas dire flemmard, reprenant en 3 minutes les codes habituels du groop, mélodie légère, trop sans doute, rythmique motorique renforcée par un petit gimmick de synthé bien connu et démultiplication de voix aériennes mais rien de franchement emballant. Au fond, ce single laissait déjà planer le doute : à part quelques one shot plutôt intéressants dont le groupe a (avait ?) le secret (la série de singles sortis sur Too Pure en 2006 et compilés sur Fab Four Suture cette même année), à quand faut-il remonter pour trouver un extrait-locomotive commerciale et si possible tube d’un album de Stereolab vraiment captivant ? Captain Easychord sur Sound Dust en 2001 mais plus surement The Free Design sur Cobra And Phases Group Play Voltage In The Milky Night en 1999. Ça commence à dater.

Erreur de casting ? Pas vraiment tant aucun titre de l’album ne parvient réellement à se démarquer, à accrocher l’attention à part peut-être If You Remember I Forgot How To Dream Pt. 1 qui, sans être passionnant, casse au moins les codes avec son boogie plein de cuivres, de piano, de guitares funky et même de wah wah. Mais passons : on le dit souvent, un album n’a pas forcément à se concevoir comme une compilation de singles (tendance très actuelle) mais doit s’aborder dans son entièreté artistique et créative ; on dira que Stereolab nous a mal habitué avec sa collection de hits imparables et que nous ne sommes que des enfants gâtés. Gâtés et exigeants car oui, sans doute est-on en droit de quémander un peu d’innovation de la part d’artistes majeurs et influents se retrouvant pour travailler de nouveaux morceaux pour la première fois depuis 15 ans. Car c’est au fond bien de cela qu’il s’agit : qu’ont, en 2025, Laetitia Sadier et Tim Gane à nous proposer, ensemble ? A part des éditions limitées pour spéculateurs avertis (certaines versions à peine sorties se revendent déjà 200$ ou plus), un merchandising de folie (coquetiers, bac à glaçons, tabliers de cuisine, crayons de couleurs pour les plus récents) et une bonne grosse ordonnance de nostalgie à la posologie agressive ? Pas grand-chose ici, il faut en convenir. Bien moins que séparément en tout cas, moins aussi que d’autres issus de la même génération et eux aussi sur le retour, mais on n’est pas forcément là pour délivrer prix et accessits, beaucoup moins c’est certains qu’un paquet de groupes bien plus jeunes, parfois les citant dans leurs sources d’inspiration, mais capable, eux, de propositions mélodiques et créatives bien plus excitantes. Tant mieux car si c’était très bien avant, ça l’est bien heureusement toujours autant aujourd’hui.

Alors oui, Instant Holograms On Metal Film s’écoute, sans réel entrain ni émotion particulière, sans sifflotements, sans dodelinements de la tête, sans le moindre « waouh », ça, on l’a bien compris. Il s’écoutera plutôt agréablement encore quelques temps puis, à moins que les amateurs d’encadrement de belles pochettes ne l’exposent (c’est déjà ça), il rejoindra sans doute assez vite ses nombreux congénères à la lettre S. Alors, quand viendra l’envie d’écouter « un bon vieux Stereolab », c’est sans doute invariablement vers Transient Random-Noise Bursts With Announcements, Mars Audiac Quintet, Dots And Loops ou même Sound Dust à la rigueur que l’on se tournera. Mais comme tout indécrottable fan, même déçu, on se souviendra aussi que d’autres ne se sont pas montrés plus convainquant sur leur album du retour avant de finir par monter en puissance sur le second album de leur deuxième vie. Dans l’espace-rock, les étoiles, même tombées dans la facilité, ne meurent jamais.

Tracklist
01. Mystical Plosives
02. Aerial Troubles
03. Melodie Is A Wound
04. Immortal Hands
05. Vermona F Transistor
06. Le Coeur Et La Force
07. Electrified Teenybop!
08. Transmuted Matter
09. Esemplastic Creeping Eruption
10. If You Remember I Forgot How To Dream Pt. 1
11. Flashes From Everywhere
12. Colour Television
13. If You Remember I Forgot How To Dream Pt. 2
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mathieu
mathieu
6 mois il y a

Merci Olivier. C’est exactement la meme impression que j’ai eu lors de l’écoute de cet album.

Cédric Hédin
Cédric Hédin
2 mois il y a
Répondre à  mathieu

N’est pas Christophe Conte qui veut, lui aussi était injuste mais au moins il était drôle. Instant Holograms on Metal Film est un excellent album, vous devriez vraiment l’écouter une deuxième fois.