Mike Donovan / Meets The Mighty Flashlight
[Drag City]

8.1 Note de l'auteur
8.1

Mike Donovan - Meets The Mighty FlashlightCoup de cœur ou arnaque : c’est la question que se poseront ceux qui tomberont sur ce troisième album solo de l’ancien Silc Alps, Mike Donovan. Pour nous, il n’y a guère de doute : ce Meets The Mighty Flashlight est le n’importe quoi psyché-garage le plus expérimentalement cool de l’année en cours. C’est une proposition foutraque 100% américaine qui fouille, avec autant d’aplomb et de liberté, dans les entrailles des musiques US que disons, le Melbourne de Jackson Scott, disque unique en son genre, et performance jamais rééditée.

Mike Donovan nous propose un parcours musical dans un univers où aucune chanson ne ressemble à une autre. On passe de titres de pure pop délicate à la Sufjan Stevens (Whistledown, The Godly Orator) à des développements psyché-hippie traînards et brillamment inachevés (Planet Metley), en passant bien sûr par des instrumentaux de l’espace (Amalgam Wagon) et des balades bringuebalantes marchant sur trois pattes (Mr Eepwell). D’aucuns trouveront cela paresseux et rengaine mais on peut aussi y voir une forme de génie lo-fi à l’œuvre, sorte de mélange délicat entre les meilleures séquences d’un Devendra Banhart en jeune homme et un Sparklehorse débranché. Il y a dans cet album un faux rythme qui finit par contaminer l’auditeur. Le disque détend, déséquilibre et nous projette dans une Amérique fantasmée où les grands espaces cotoyent les bars de campagne où l’on s’envoie de l’herbe et des champis hallucinogènes avant d’aller traîner dans des rues semi-désertes. Sadfinger Meets the Mighty Flash donne le sentiment qu’on traîne les pieds à demi-bourré pour rentrer chez soi dans un petit meublé loué au dessus d’une agence de location de voitures ou d’un marchand d’armes. C’est sur le chemin, sans qu’on sache si c’est l’effet de l’alcool, de la drogue ou de la solitude, que le Mighty Flash nous apparaît dans toute sa splendeur western.

Mike Donovan offre un flash cheap et gratos un peu flippante mais qui fonctionne comme une synthèse magistrale des musiques américaines. Originaire de San Francisco, son art à l’image de la baie et de ses habitants, vient d’un peu partout : du blues, de la country, du rock sudiste, et se donne dans l’intimité et au milieu  de ses amis. C’est une musique de partage, intimiste et qui, dans ses meilleurs moments, est très précieuse et poétique. Total Devastation est un morceau formidable, et John The Alarmist, le portrait précis et formidable de ces personnages hauts en couleurs qu’on croise parfois sur la route. Il y a évidemment un côté beat generation dans ce voyage musical dont la faiblesse tient dans le côté relâché et un brin effondré sur lui-même. Mike Donovan ne hausse jamais le ton, ni ne se détourne de son errance parce que c’est elle qui contient et fonde sa liberté. Le dernier titre Our Liberty évoque cela de manière frontale et il y a une vraie cohérence et un vrai parti pris à s’y tenir avec une telle abnégation.

Mike Donovan s’en fout un peu des tubes et des chansons bien construites. Il a bien raison. On peut faire un meilleur tout avec des bouts de ficelle et des embryons d’idées qu’avec un big band, du mortier et un burin. La pop est une histoire d’air entre les notes, rien d’autre.

Tracklist
01. Planet Metley
02. Amalgam Wagon
03. The Goldy Orator
04. A Capitol Pitch
05. Whistle Down
06. Mr Eepwell
07. Pollardian Jack
08. Sadfinger Meets the Mighty Flashlight
09. Wild Strip / Beeline Subway
10. Total Devastation
11. John The Alarmist
12. Laurel Lotus Dub
13. Our Liberty
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