Voici un album parfait pour une période de canicule : funk en diable, cool et rafraîchissant. Le disque est signé d’un nouveau groupe, Parlor Greens, qui est né de la réunion sur le label Colemine Records (Ohio) de trois musiciens très renommés : Adam Scone à l’orgue (The Sugarman 3), Jimmy “Scratch” James à la guitare (Delvin Lamar Organ Trio), et Tim Carman à la batterie (GA-20). Si vous ne suivez pas trop l’actualité jazz ou celle du label Colemine qui est depuis un peu plus de quinze ans, l’un des foyers essentiels du renouveau du soul funk aux Etats-Unis avec Daptone, vous n’aurez aucun mal à entrer dans ce disque et dans cette musique instrumentale qui vous transportera d’emblée (Driptorch, impeccable à l’ouverture) dans l’Amérique black des années 60 à 70. Le matos est vintage, les gars hauts en couleur et portent la chemise à chevrons à la perfection. Ca joue bien, sublimement bien, et cela transpire la décontraction et la maîtrise sur chaque morceau.
Les entames sont franches, déterminées et il y a un sens de la direction qui s’impose avec précision, comme si ces trois là s’étaient trouvés et avaient répété en trio pendant des années avant de composer ce disque. L’histoire veut qu’ils se sont juste retrouvés en studio pour essayer un truc et qu’en une dizaine de minutes, ils aient accouché du très chouette West Memphis, plage 4 et premier single d’un disque, qui est tout simplement dépaysant, charmant et caressant. Il y a des morceaux où c’est l’orgue pétillant de Adam Scone qui occupe l’avant-scène et d’autres où c’est la guitare de Jimmy Scratch qui crache le feu. Dans tous les cas, tout en restant sur des pièces plutôt mid-tempo, le trio dégage une magie et une énergie remarquables qui culminent sur les pièces les plus marquantes du disque comme l’allègre Sugar Maple, classique instantané du genre en mode balade stellaire et un brin psychédélique, ou le beau, solennel et romantique Flowers For Sharon, sur lequel on demanderait bien notre amoureuse/amoureux en mariage avant de se lancer dans une scène de sexe (cli)torride.
On est pas toujours certain de ce qu’expriment ces morceaux strictement instrumentaux (The Ripper ne fait pas vraiment peur mais fait penser à Screaming Lord Sutch sans le scream) mais on sait que chacun d’entre eux nous offre un joli voyage dans le temps vers une Amérique mythique un peu blues rock (The Jelly Roll ou l’excellent Parlor Strut) mais aussi prog, jazz, soul ou pop. On peut se faire son cinéma à la Tarantino ou se retrouver aux côtés de John Shaft dans les Nuits de Harlem, prendre un verre (avec une olive) dans un bar lounge qui a de faux airs de repère de bandits, et se dire que ce In Green We Dream (qui pourrait ressembler aussi à une BO de film de Michel Legrand… époque Affaire Thomas Crown) contient et résume une bonne partie de l’Amérique en trois minutes chrono.
In Green We Dream est un album somptueux, rétro et original à la fois, qui se conclut brillamment par une reprise du My Sweet Lord de George Harrison sublimée par le jeu de batterie d’un Tim Carman. Possible que ce soit ce troisième membre du trio, par définition le plus discret, qui amène au disque un tel ressort et un tel rayonnement. On doit y aller les yeux fermés.

