Un temps que les plus jeunes et les autres (fans d’indie musique surtout) ne peuvent pas connaître : né en 1943, mort le 9 juin 2025, Sylvester Stewart, dit Sly Stone, fait partie de ces personnages légendaires du funk et du rock dont on connaît souvent mieux le nom que la musique. Si la disparition de ce musicien disparu donc à l’âge de 82 ans déclenche ce jour un tel émoi dans la presse, c’est parce que le groupe du jeune garçon prodige qui (comme Prince) maîtrisait presque tous les instruments essentiels dès l’âge de huit ans, a non seulement signé quelques grands albums mais aussi amorcé le grand métissage musical qui (pour faire simple) ferait fusionner la soul, le funk et le rock psychédélique, avant de résonner et de servir de matrice à quelques milliers de morceaux de hip-hop et de rap dans les décennies qui suivraient. Chose heureuse ou pas (selon où on se place), et contrairement à ce qu’on croit, la carrière de Sly & The Family Stone tient en assez peu de choses et peut être abordée tranquillement en isolant une grosse décennie d’activité entre le premier album officiel du groupe, A Whole New Thing (1967), et Heard You Missed Me, Well I’m Back (1976), disque faussement signé du nom du groupe mais qui marque le.. milieu de la fin pour un Sly Stone depuis longtemps assombri et perdu dans une consommation de coke qui ne le quittait plus.
Pour ceux qui se découragent vite, les choses intéressantes démarrent lorsque Sly a 22-23 ans et se terminent à peine dix ans plus tard. Les quatre premiers albums (entre 1967 et 1969) forment un corpus à peu près cohérent qu’on peut résumer comme l’invention du funk moderne et sont animés d’une allégresse et d’une énergie redoutables, servis par des prouesses techniques de Sly et de ses musiciens. L’album There’s A Riot Goin On (1971) marque une bascule vers la seconde période avec ici un discours politique un peu plus prononcé sous l’influence du mouvement noir, avant que quatre/cinq albums ne suivent, constituant une période plus sombre, moins qualitative aussi, et qui marque la lente décadence du musicien aux prises avec ses démons. Selon ce qu’on privilégiera, on verra du bien sur la quadrilogie originelle et du moins bon ensuite, ou on se délectera des rythmes plus minimalistes et du ralentissement des tempos sur des albums comme Fresh ou Small Talk. Pour ceux qui aiment aussi ces histoires de légende noire du rock, Sly aura été au funk ce que Shane McGowan aura été au punk, un passeur génial, un artiste fulgurant, mais qui entre 1979 et aujourd’hui (et on est sympa de démarrer en 1979), n’aura quasiment rien fichu. Incapable de monter sur scène ou de se produire en studio, Sly avait plus ou moins disparu des radars depuis quelque chose comme 50 ans, sans cesser d’être présent dans la musique de Prince, de FatBoy Slim, de Beck ou de dizaines d’autres. La phrase la plus célèbre le concernant reste celle du journaliste Joel Selvin qui écrivit : “Il existe deux types de musique noire : la musique noire d’avant Sly Stone, et celle d’après.” Quelques années plus tard, on serait presque tenté d’enlever l’adjectif noire, tant l’électricité funk soul de Stone est omniprésente dans les musiques dominantes.
Bobby Freeman – C’mon and Swin
Sly démarre comme programmateur radio. Il officie sur une radio spécialisée dans les musiques noires et diffuse des titres “blancs” comme les succès des Beatles et des Stones. Sur le label de San Francisco Autumn Records, il entre dans le business de la musique comme producteur et décroche un premier succès avec ce titre de Bobby Freeman, C’mon and Swin qui est une tuerie absolue. On est en 1964.
Sly and The Family Stone – Underdog (1967)
Le début sonne “Frère Jacques….” et la suite comme du James Brown. Ce titre emblématique du premier album de Sly & The Family Stone est notre préféré. Le jeune musicien a les coudées franches et produit un disque brillant et à l’énergie un peu crade et souvent débordante. La musique bouscule, sonne autant soul/funk que rock. Les textes sont plutôt ambigus (I Hate To Love Her) et le groupe varie les tempos entre le poisseux et le funk conquérant. Le premier disque ne marche pas et le producteur exécutif prend la direction des opérations pour une suite plus commerciale qui constitue le coeur de l’oeuvre de Sly and The Family Stone. C’est dit… on préfère le premier album, A Whole New Thing, à tous les autres.
Sly and the Family Stone – I Hate To Love Her (1967)
Sly and The Family Stone – Dance To The Music (1967)
Sly & The Family Stone – I Aint Got Nobody (1968)
Album n°2 et les succès tombent. Le virage psychédélique est pris et entraîne nombre de groupes soul dans son sillage. Il y a tout de même quelques chansons plus lentes ou plus sombres sur ce disque comme Color Me True ou encore I’ll Never Fall In Love Again.
Sly and The Family Stone – I’ll Never Fall In Love Again (1968)
Little Sisters – Somebody’s watching You (1970)
Sly Stone offrit quelques succès à son groupe les Little Sisters comme cet excellent morceau. Ça vous rappelle quelque chose ?
Sly and The Family Stone – Plastic Jim (1968)
L’album 3 s’appelle Life et marque déjà une rupture dans le succès du groupe. Peu de tubes et de hits. Les thèmes sont assez variés à l’image de ce Plastic Jim assez curieux qui cite le Eleanor Rigby des Beatles. On aime aussi Jane Is A Groupee, joli portrait d’une groupie.
Sly and The Family Stone – Jane Is A Groupee (1968)
Sly & The Family Stone – Everyday People (1969)
Sly chante sur le disque suivant, Stand!, la fraternité, l’amour de son prochain. Musicalement, le bassiste Larry Graham introduit sur son instrument la technique du slap qui est une innovation importante dans le jeu de l’instrument et consiste pour faire simple à produire des percussions à partir des cordes en utilisant le pouce de sorte à ce que les cordes soulevées “percutent” le fret. Graham. Sur le disque, on trouve quelques chansons plus politiques et qui témoignent de l’intérêt de Sly pour la cause noire. On est en 1969. Album n°4 et c’est presque déjà fini. Il y a quand même un paquet de chansons qui resteront au patrimoine sur ce disque ou qu’on retrouvera dans les samples comme le célèbre I Want To Take You Higher.
Sly and The Family Stone – I Want To Take You Higher (1969)
Sly and The Family Stone – Runnin’ Away (1972)
Sly and the Family Stone – Family Affair (1971)
L’album There’s A Riot Going On (1971) est avec le premier disque celui qu’on préfère. C’est le plus aventureux, le plus sombre, le plus expérimental. C’est un disque qui marquera profondément George Clinton et surtout Miles Davis. On voit en écoutant Runnin’ Away et Family Affair, à quel point on s’est éloigné des débuts et surtout quelle sophistication est ici à l’oeuvre. Il ne reste plus grand chose de l’insouciance et de l’allégresse des débuts sur le plan musical.
Iggy Pop – A Family Affair
Sly and The Family Stone – Sex Machine (1969)
Prince- Sex Machine (cover)
Sly And The Family Stone – In Time (1973)
In Time, tiré de l’album Fresh, était l’un des morceaux préférés de Miles Davis qui le faisait écouter en boucle à ses musiciens afin qu’ils s’inspirent de sa liberté et de son sens du rythme. Tout ou presque est très bon ici. On peut noter la qualité de la production qui met particulièrement en avant dans le mix la section rythmique et la basse en particulier. Le disque est parfois considéré comme LE disque de Sly Stone. On y retrouve une densité propre aux disques précédents (et notamment à Riot) mais celle-ci n’est jamais pesante et conserve une “fraîcheur” qui avait été quelque peu égarée depuis les premiers enregistrements. Attention pour les auditeurs : ce disque existe dans des versions très très différentes car Sly n’a jamais cessé de le retravailler. Il doit bien y avoir 10 versions qui circulent.
Fly and The Family Stone – Que sera sera (1973)
Peut-être la reprise (Doris Day) la plus classe de ce morceau devenu standard. L’histoire veut que Sly Stone ait joué cette chanson pour la première fois au piano avec Doris Day elle-même qui lui avait été présentée par son producteur Terry Melcher, qui était… son fils. C’est aux soirées de Melcher que Stone croisa également Charles Manson à quelques reprises. Après avoir interprété Que Sera Sera, certains disent que Stone et Doris Day ont eu une aventure mais cette version n’a jamais été vérifiée.
Sly And The Family Stone – Blessing In Disguise (1976)
On s’achemine vers un tarissement de l’inspiration avec ces albums “de la fin” qui portent encore le nom de Sly and The Family Stone mais sont largement des albums solo. Il y a tout de même de belles choses sur Heard Ya Missed me, Well I’m Back comme ce Blessed in Disguise qui a une belle amplitude. Mais on frôle aussi parfois le pilotage automatique et la recette.
Funkadelic – Funk Gets Stronger (part 1)
Sly Stone collabora avec George Clinton sur cet album de Funkadelic. On est en 1981 et les deux hommes font des plans tous les deux avant que Stone ne disparaisse de la circulation pour se consacrer pleinement à son addiction. Sly Stone produit quelques morceaux de The Electric Spanking War Babies.
Sly Stone – You Really Got Me (Kinks cover, 1982)
Sur cet album très moyen, il y a cette reprise des Kinks qui témoigne de l’intérêt permanent de Sly Stone pour le rock et de sa capacité à créer des liens entre les genres. C’est officiellement le dernier album de Sly Stone.
Sly and The Family Stone – Live 2007
Il reste 2 ou 3 trucs à prendre dans ce live tardif de 2007, l’une des rares performances de ces quarante dernières années. Il reste dans le groupe l’une des soeurs Stone. Freddie le frère, cofondateur du groupe, et guitariste a lui quitté le navire depuis le début des années 70 et s’est reconverti en pasteur.
Crédit photo : By Distributed by Epic Records, Daedalus Management, and William Morris Agency, Inc. Photographer uncredited and unknown. – The photo was first published as a publicity photo.Original source: A scan of a signed copy of the original publicity photo can be seen at Heritage Auctions and in the upload history below to verify the lack of valid copyright notice as originally published.Instant source: High-res, cropped scan via RollingStone.com (retrieved March 20, 2021). Cropped and retouched by uploader; see unretouched original in upload history below., Public Domain, Link


Wow Benjamin, quel Slyologue en plus!