The Hangman’s Beautiful Daughters / Smashed Full of Wonder
[Optic Nerve Recordings]

8.9 Note de l'auteur
8.9

The Hangman's Beautiful Daughters - Smashed Full of WonderNotre amour de la musique et des arts en général n’aurait aucun sens s’il ne s’agissait de remettre la main et l’oreille sur des pépites du passé. Notre goût se construit à rebours et par une série de voyages dans le temps dont on espère bien ne jamais se lasser. C’est à un nouveau petit miracle qu’on s’expose à l’écoute de cette première anthologie des The Hangman’s Beautiful Daughters, groupe méconnu et forcément mineur ayant œuvré avec discrétion et un sens assez formidable de la beauté au milieu des années 80. Citer les membres du groupe est une coquetterie nostalgique à laquelle on cède de bonne grâce : Emily Brown est au chant, Gordon Dawson et Sandy Fleming aux guitares et Phil King à la basse. Ray Phillpot tient la batterie. De tout ce petit monde, le plus célèbre est Phil King que l’on retrouve avant et après avec le Jesus and Mary Chain, Lush et avec Felt, notamment. Emily Brown est alors la petite amie de Daniel Treacy, le génie masqué des Television Personalities qui tient lieu d’ange gardien au groupe avec un apport à la production et en pourvoyeur bénévole de morceaux (notamment dans les premiers temps).

Le résultat, indépendamment de l’aspect historique, est enchanteur, mi-psychédélique, mi-twee pop avec notamment un duo moteur autour de Brown et Dawson qui fait des étincelles. Il ne faut pas longtemps pour se trouver projeté dans un univers parallèle, fait de guitares smithiennes et de chant onirique, le cocktail global s’avérant finalement assez envoûtant et magique mais surtout s’affirmant précurseur sur les sonorités qu’on retrouvera quelques années plus tard et jusqu’au milieu des années 90 chez nombre de groupes de femmes (on pense aux Breeders). Il y a une légèreté dans les prises de position, une science du placement et surtout une énergie qui font un bien fou et donnent à l’ensemble une singularité et une force extraordinaires. Côté titres, la compilation est dominée par les titres plus punk et sonores comme l’ouverture phénoménale Out of My Head qui fait penser (en plus cool) à un chef d’œuvre perdu des Cranberries. Le single (de l’époque) Love Is Blue, composé par Treacy et Brown, est splendide et les morceaux s’enchaînent ainsi en révélant un univers sonore à la fois riche et foisonnant, offensif et plein de peps. Darkside est un sommet d’équilibre et Strange Things (composé et chanté par Phil King) une chanson formidable.

Difficile ainsi de s’emballer sur chaque titre mais l’ensemble fait une forte impression et donne le sentiment que ce petit groupe avait à l’époque de belles choses à exprimer. L’histoire a fait que les HBDs n’ont pas marqué l’histoire, même s’ils ont pris la route sur scène avec les Television Personalities, avec My Bloody Valentine ou encore House of Love. C’était une autre époque bien entendu. Est-ce que le groupe manquait de caractère ? Avec ses faux airs de Viv Albertine, Emily Brown ne manquait pas de charme et les autres membres du groupe portaient pourtant beau. Liés au sort du label Dreamworld, les Hangman’s Beautiful Daughters (dont le nom, ceci dit en passant, est emprunté au nom du 3ème album de l’Incredible String Band) n’ont finalement pas fait long feu. Dreamworld n’a pas pu les accompagner jusqu’au deuxième ep. Le groupe a enregistré des défections et a étiré sa petite affaire le temps d’une sorte de compilation américaine avant de fermer le ban. Chacun est parti de son côté et a fait sa vie.

L’histoire de Hangman’s Beautiful Daughters fait partie de ces passages fugaces et pourtant infiniment précieux et réussis qu’on peut capturer en re-balayant l’histoire du rock indé. Ce n’est ni une histoire triste ni une histoire heureuse, plus une trace qu’on suit et qu’on caresse avec un brin de nostalgie, quelques regrets et beaucoup d’émotion. C’est un bonheur immense que de s’aveugler ainsi, de prendre le mineur pour du majeur et de célébrer l’anodin. L’infiniment petit, l’infiniment fragile, l’infiniment vivant : voilà ce dont il est question.

Tracklist
01. Out of my head
02. Love Is Blue
03. Pushing Me Too Far
04. Darkside
05. Don’t Ask My Name (Just Call Me Jack)
06. Popular Trend
07. Cat’s Got Nine
08. They Fell For Words Like Love
09. Jonathan
10. Something about today
11. Call Her Name
12. Strange Things
13. King of Sweden (demo)
14. If it Means Anything (demo)
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