Rencontre avec Rivkah, l’adoptable indomptable

Rivkah par Mina MurrayOn lisait il y a quelques jours une interview de Justice dans les Inrocks en s’attardant sur une phrase énoncée par le duo : « On s’habitue à l’idée de faire de la musique ». C’est tout à fait quelque chose qu’aurait pu énoncer Rivkah, musicienne à peine quadra qui se « déclara » musicienne il y a dix ans. Une décennie à façonner des disques bouclés et puisés essentiellement dans l’intime, mais au rendu universaliste (Second, album paru en 2009, illustre cela admirablement). Deux lustres à avancer vaille que vaille, sans les connexions qui lui permettrait de toucher au succès, mais avec les bonnes vibrations transmises par son héritage et son métissage.
Deux ans après Shara, Rivkah mit en chantier Birthdayz, disque faussement apaisé, pétri par l’attente et quelques inquiètudes, mais joliment cuivré et orchestré.
Si dans l’univers de l’artiste le jazz est (toujours) là, il faudra que le monde tourne plus rond pour que la java vienne s’y blottir. 

Avant de retrouver Rebecca / Rivkah le 17 octobre au Très Honoré Bar (35 Place du Marché Saint-Honoré, 75001 Paris) où elle ouvrira pour Falling for Frankie, on fait connaissance avec elle. Cette interview précède un track by track que l’on publiera ultérieurement et une présence prochaine de l’artiste dans notre rubrique En playlist.

Crédits photos : Mina Murray et Photograph’ink dans le Terrier de Paul Toupet.

Hola Rebecca ! Je me trompe peut-être, mais j’ai l’impression que Birhdayz a été mise en chantier très rapidement. Et, en tout cas, qu’il s’est passé peu de temps entre sa fabrication et sa livraison. Qu’en est-il exactement ?

Pas plus que ça… Hola a été écrite au moins 1 an avant le début du projet, qui a pris forme l’été 2015 et s’est terminé l’hiver suivant… sans compter le concert à Petit Bain du printemps qui suivi.

Tu écris dans ta bio que ce disque sort au moment de fêter les 10 ans de ta carrière musicale, or tu es apparue sur cette musicale en 2003. Pour toi tout débuta vraiment avec la parution de Walking Our Dogs ?

Oui « officiellement » car avant 2006 les seules personnes qui savaient que je chantais mes propres chansons faisaient de même dans la cave du Pop In mais ni ma famille ni mes potes d’autres milieu ne le savaient.

Il semble que David Herman Düne ait joué un rôle déterminant dans la concrétisation de Walking Our Dogs. A quel moment vous êtes-vous rencontrés ?

On s’est connu au Pop In vers 2000, j’ai commencé par fabriquer des t-shirts pour des musiciens, Herman Düne en faisait partie, et c’est David qui a instauré les open mic du Pop In alors a cette époque on se connaissait tous on était pas nombreux et on chantait… quand David m’a dit que je devais faire un disque je ne m’yattendais pas vraiment et au même moment Stéphane Buriez m’a proposé la même chose et voila… je suis contente d’avoir pu me lancer avec eux !

A l’époque de sa chronique Luzing my Edge dans Magic, Luz te croqua après t’avoir découverte lors d’un concert. Il évoquera la sortie de Curly Songs dans un autre dessin paru cette fois dans Charlie Hebdo. Comment as-tu reçu ces attentions ?

Luz est également un joyeux luron rencontré au Pop In… C’est un peu la plaque tournante de la pop-song, de la folk anglophone et du rock indé à Paris ! J’ai été super fière de figurer dans ses chroniques

La musique était-elle occupait-elle déjà ton esprit quand tu étais enfant, puis adolescente ? Quelle fut ta première expérience de concert en tant que spectatrice ?

La musique est la depuis toujours dans ma vie, j’ai composé mes premiers titres a l’adolescence, je prenais des cours d’orgue électronique sans solfège avec un prof qui nous faisais jouer en mode « instrumental » des trucs genre Jean-Michel Jarre, etc… J’en ai inventé quelques uns de morceaux sans paroles… mais personnes ne les a vraiment entendus. Il m’a fallu du temps pour trouver mon mode d’expression musicale. Avant de trainer au Pop In je ne connaissais pas beaucoup de musicien anglophone plutôt folkeux ou popeux….
C’est en entendant un interview de Françoise Hardy dans laquelle elle disait « mais les chansons que j’écris tout le monde peu les écrire… » que je me suis dis : « bon ben ok,  je vais m’y mettre » je me suis mise à écrire des chansons avec un petit clavier… j’ai fait beaucoup de reprises à ma façon aussi.

En 2009 tu proposes Second qui est pour moi un disque exceptionnel par l’éventail des thématiques abordées et par son universalisme alors que c’est ta vie, avec ses hauts et ses bas, qui le nourrissent. Comment l’as-tu conçu ? Quelle place occupe-t-il dans ta discographie ?

Je l’ai conçu avec mon petit ami de l’époque qui travaillait à Radio France comme ingé-son, ce disque n’a pas de place particulière, c’est le 2em c’est tout… a part qu’il y a plus d’intervenant que dans le 1er, c’est a partir de cet album qu’a commencé ma collaboration avec JL Cayzac, le contrebassiste qui participe à tous mes albums depuis.

je ne prémédite pas les chansons que j’écris, dans le sens où les choses viennent au moment où je les vis ou au moment où je les observe… Au moment où je me suis « déclarée » musicienne je me suis imposée de faire un album tous les 2 ans… J’en ai fais 5 en 10 ans… A l’avenir je ne sais pas si ce sera aussi régulier mais je n’ai pas l’intention de freiner pour le moment.

Le rêve que tu chantes dans Write For Me s’est-il réalisé ?

Non, personne ne m’a écrit de chanson… Ma vie n’est pas finie, on verra bien !

Rivkah - Photograph’ink dans le Terrier de Paul Toupet

Tu dédies une chanson à Rewind, ton lévrier whippet, sur ton dernier album. Aujourd’hui tu as rencontré Mune. Cette petite beauté sera-t-elle de tes prochaines aventures artistiques ?

Rewind a été comme ma fille, Mune est sa petite sœur… elle est déjà sur des tas de photos que je vais certainement utiliser pour illustrer les pochettes et autres interviews !

As-tu des projets de vidéos pour illustrer certains titres de Birthdayz ?

oui, Hola et Heads or tails… La première sera réalisée avec une amie (Vanessa Barcenas), la deuxième je ne sais pas encore.

Tu as réalisé ton premier clip (ndlr, Now I Do) l’année dernière. Comment s’est déroulée cette première expérience ?

Je voulais un clip avec Rewind, et je voulais dessiner… du coup j’ai eu l’idée de dessiner les décors extérieurs près de chez mes parents et de me mettre en scène dedans et avec ma chienne ensuite. j’ai filé un petit billet à un pote vidéaste, Étienne Vitaux, pour me filmer et monter tout ça. La charmante Alice Syrakvash a proposé de faire l’étalonnage. J’ai par ailleurs demandé à mon amie Mélyssa de fabriquer quelques peluches en forme de goutte et nuage pour agrémenter les scènes extérieures et leur donner un coté un peu enfantin. Mon ami Eric est aussi venu filer un coup de main.
On a tourné pas mal de scènes en plus car je savais que les préparatifs et les effets voulus pour certaines d’entre elles pouvaient échouer parfois et je voulais être sure d’avoir assez de matière au cas où… Et j’ai bien fais car certaines scènes furent raccourcies pour cause de divers mini soucis… mais mon expérience sur le clip de Swimming Pool m’a appris à filmer plus que prévu pour éviter les séquences en doublons.

Tu as écrit une chanson intitulée 13 et qui fait référence aux attentats de novembre 2015. Comment as-tu vécu cette soirée ?

Ça a été très bizarre. Comme tout le monde j’ai été abasourdie, mais en réalité j’avais décidé de sortir le lendemain, de ne pas rester enfermée. Je suis donc allée sur la Place de la République avec des amies et puis le sur-lendemain je suis allée boire des verres dans le même quartier. Il y a eu un mouvement de panique sur la place qui se répandit tout autour (jusqu’à Voltaire, jusqu’aux quartiers alentour en fait) et dans le bar où j’étais, les gens ont pris peur, ils se sont précipités au sol… et moi je regardais dehors de ma place et je ne bougeais pas… Mon amie Faten m’a tiré le bras pour me mettre sous la table (elle ne s’en souvient pas).  Je n’y serais pas allée de moi-même, pas par courage ni par inconscience, mais parce que mon cerveau me disait « c’est pas possible, ça va pas se reproduire là, si peu de temps après… ». Bref, le lendemain la chanson est sortie… Comme d’habitude je ne décide pas de la « sortie » d’une chanson, ça arrive… c’est certainement le fait d’avoir vécu en directe la panique et la peur des gens de devenir victime de terrorisme… Ça m’a choqué d’entendre le soir du 13 qu’il y avait eu ce drame au Bataclan et autour… C’est le quartier où j’ai vécu longtemps et où a vécu la famille de mon grand-père aussi… En plus le bar où j’ai commencé à chanter est juste derrière. De vivre et voir la panique en direct, on ressent les choses autrement…
Je suis resté figée comme si la panique m’avais loupée… comme sur la vidéo Youtube sur laquelle on voit le début du mouvement de panique sur la Place de la République et juste un mec qui ne court pas… qui regarde et ne comprend pas pourquoi tout le monde court… comme si la panique avait prit tous es autres et pas lui… Bizarre, bizarre.

Tu évoques également Madeleine Riffaud sur cet album. Comment cette dame – qui entra dans la Résistance alors qu’elle était mineure – est venue se glisser dans ton univers ?

J’ai découvert cette femme dans un documentaire… Pourquoi elle et pas les deux autres ? Elle, avec sa longue tresse. Elle qui fume et qui raconte sa vie. Elle qui parle comme personne et qui n’a pas conscience que sa plume est aussi belle que celle d’Eluard. Elle qui est partie résister, qui est partie ensuite couvrir la résistance des autres pour en informer le monde, qui a observé les infirmière et leur labeur… En fait elle a croisé sans le savoir les chemins de tous mes grands parents, certains juifs caché pendant la guerre de 39, certains indochinois/vietnamien, certaines infirmière, etc… Elle m’a touché et cette chanson est arrivée…

Je suis bien contente qu’elle ait pu l’écouter et l’apprécier… Assez fière d’avoir réussi à lui faire une traduction en français et très émue d’avoir pu lui parler.

Tu as créé des vêtements pour des artistes. Tu continues d’ailleurs à réaliser des fringues et une jolie pochette en tissu enveloppe Birthdayz. Imaginons-nous dans un monde totalement absurde, dans lequel on te demanderait de choisir entre la création de vêtements et l’écriture de chansons. Que choisirais-tu ?

En réalité la création de vêtement n’a jamais été une passion, je ne maitrise que quelques genre de fringues, je ne suis pas couturière, je déteste la machine à coudre ! J’ai fais tout ça car il fallait faire quelques chose de mes 10 doigts, un peu comme tous ces gens qui font une fac d’histoire et qui finissent profs car pas il n’y a pas d’autres boulots dans le secteur… J’ai fais des écoles d’arts super chouettes, et quand on m’a mis dans la communication visuelle (la pub quoi !), j’ai détesté. Je me suis retrouvée en école de mode – le meilleurs moment de ma vie étudiante – et la mode c’est le pire milieu du monde !, alors j’ai habillé des musiciens et danseurs car je ne me voyais évoluer dans ce milieu… Et tout simplement je me suis rendu compte que j’arrivais dans la musique par un autre chemin… J’avais écris mes premiers morceaux longtemps avant, sans confiance, sans modèle musical qui me « parle »… Au fil du temps et des rencontre, ce fut l’évidence…
En plus , écrire des chansons ça ne se prémédite pas… on peut apprendre à jouer d’un instrument toute sa vie et ne jamais rien écrire.
J’écris des chansons, c’est comme ça… je ne veux pas faire des vêtements tout le temps, c’est très agréable de faire des robes de mariées de temps en temps et des vêtements de scène? si le projet me plait… mais c’est tout.

Tu t’intéresses à la psychologie des criminels, notamment aux plus serials d’entre eux. Peut-on imaginer que tu écrives une chanson dessus un jour ?

Mon histoire avec la criminologie ne vient pas de nulle part a priori… J’ai déjà écris sur ce genre de chose indirectement : Rivkah’s Balad parle de la shoah… La chanson My Friend raconte la mort de mon ami Jo qui a été tué dans un métro par un « asocial récidiviste ». On peut dire quelque part que ma famille a eu a faire a un psychopathe… Je ne sais pas si je finirais par écrire sur Jack the ripper, mais je suis allée au Crime Museum de Londres et, de voir les armes des crimes et les scènes fait froid dans le dos… Je vais aller voir celui de Paris bientôt…

Je t’énonce les noms de trois personnalités, peux-tu nous dire ce qu’elles évoquent pour toi et à quoi elles sont liées : Jean Gabin, Alfons Mucha et Sarah Bernhardt ?

Je suis fan des 3 ! (rires)
Bon, Jean Gabin c’est mon acteur préféré depuis que je suis née… Alfons Mucha c’est mon peintre préféré depuis que je suis née… Sarah je l’ai découverte dans les affiche de Mucha… et après j’ai lu son autobiographie. Elle était incroyable… sa vie, son œuvre, sa place dans le féminisme, etc… Et puis la ressemblance avec mon arrière grand tante (qui se prénomme Sarah aussi) a du jouer aussi beaucoup. J’ai écris une chanson intitulée Sarah qui parle de ma tata et meilleurs amie jusqu’à sa mort à mes dix ans. Elle avait passé 80 ans, était née à Constantinople. Elle me racontait les guerres et les choses de la vie avec toujours de l’humour en me chassant les choses tristes et dramatiques de son existence…
Si j’ai un Mucha tatoué dans le dos c’est a cause du film Le tatoué dans lequel le personnage joué par Gabin a un Modigliani dans le dos !

Tu t’investis régulièrement dans les projets initiés par The Fantasy Orchestra. Le groupe a donné quelques concerts autour du répertoire de David Bowie. Quelle place occupe cet artiste dans ton panthéon personnel ?

Je ne suis pas du tout « invitée » par le Fantasy Orchestra, j’en fais partie… comme les 35 autres personnes qui le composent. En fait, le chef de chœur est un ami et c’est un projet auquel tout le monde peut participer.

La spéciale Bowie était prévu le 14 novembre 2015, donc nous l’avons repoussée au 16 janvier 2016… quelques jours après sa mort, sans le savoir bien sûr. Ce fut un concert fort émouvant.

Pour moi Bowie c’est « Dieu », pas dans le sens du personnage inaccessible, mais Dieu car si je devais avoir une religion ce serait la musique… dont Björk et Bowie seraient les dieux… mais plutôt comme chez les grecs, où tous les dieux sont des humains qui accomplissent des choses qui les élèvent.

Rivkah – Hola

Tracklist
01. Hola
02. Heads or tails
03. A life alive
04. Rewind
05. 13
06. Adoptable
07. Intuition
08. Madeleine Riffaud
09. No lyrics
10. Give me a baby
Écouter Rivkah - Shara

Écouter Rivkah - Curly Songs

Écouter Rivkah - Walking Our Dogs

Écouter Rivkah - Second

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