Stephen Jones / A Heartbreaking Album About Illness
[Autoproduit]

8.2 Note de l'auteur
8.2

Stephen Jones - A Heartbreaking Album About IllnessLa maladie est un état de santé qui ne tient plus. C’est dans cette optique instable mais aussi familière finalement et inévitable que passagère que Stephen Jones (Babybird) a composé cet album de 10 morceaux, lumineux et ambient. A Heartbreaking Album About Illness, parmi les étranges cahiers des charges que s’impose le compositeur à lui-même pour soutenir le rythme dingue de ses sorties et livraisons sur Bandcamp,  a été composé, enregistré et mixé en une unique journée alors que l’artiste recouvrait (péniblement) d’un Covid sévère attrapé alors qu’il tournait (plutôt triomphalement) en Angleterre dans le cadre de son F-Word Tour 2023.

Le disque suit de près une autre livraison notable, di’sek​-​tidcette fois signée Babybird, à travers laquelle Jones réinterprétait une dizaine de ses standards (Goodnight, Cornershop, Take Me Back, Failed Suicide Club, etc) en version acoustique minimaliste. L’entreprise, somptueuse, augurait d’un mouvement d’ascèse et de dépouillement qui est porté à son sommet avec ce nouveau disque instrumental dont les 10 titres portent tous (à l’exception du dernier mais c’est tout comme) le nom… d’une maladie. On enchaîne ainsi un cancer (The Big C), un arrêt cardiaque (Heart Disease, Stroke), une maladie chronique (Diabetes) et des affections plus originales ou amusantes comme Tiger Penis. Comme l’explique lui-même l’artiste dans les quelques mots qui servent de présentation au disque, ce n’est pas parce que les plages portent des noms de maladie que le disque est déprimant et… qu’il ne faut pas l’acheter. Sage précaution puisqu’il ne s’agirait pas de détourner de cet album les quelques dizaines de personnes qui font vivre le bonhomme semaine après semaine. Mais il faut avouer que A Heartbreaking Album About Illness n’est pas le plus souriant, pop et amusant des disques de l’oisillon mais peut-être l’un des plus justes, touchants et délicats.

On est pas loin de penser que Stephen Jones après toutes ces années excelle lorsqu’il agit en mode instrumental et compose ces plages minimalistes, abstraites et poétiques, qui font le coeur de ce projet-ci. Heat Disease tient, par exemple, en moins de quatre minutes, sur quelques notes répétées de clavier, enveloppées dans une onde, un écho magnétique. C’est à la fois et beaucoup, en tout cas suffisant pour donner l’idée exacte du coeur qui peine à trouver le chemin de la vie, du sang qui accélère, ralentit, bout et puis cesse de circuler. Il y a une solennité dans le mouvement, une sorte de gloire modeste qui permet de toucher du doigt le secret de la vie, sa grandeur et son infinie fragilité. Un peu plus loin, sur Menieres, maladie dont Jones est lui-même atteint, le jeu sur le son, les cliquetis, les niveaux de production, renvoie avec justesse aux rapports entre le son et la lumière pour suggérer cet état de désorientation provoqué par le déséquilibre dans la pression des liquides de l’oreille. Stephen Jones souligne, dresse de petits portraits de malade en quelques dizaines de secondes et puis les fait disparaître devant nos yeux.

Il joue avec nous sur Stroke, suggérant à mi morceau la manière dont le réel se dérobe avec le malaise. Morphine est une belle réussite, presque insignifiante mais qui s’écoute avec un ravissement extraordinaire, pour inspirer paix et tranquillité. Le disque, signé Stephen Jones, renvoie aux travaux de l’Anglais sous son nom de Black Reindeer ou de Death of The Neighbourhood, à la fois cheap et proches de bandes-son imaginaires qu’on associe aux rêves, aux souvenirs qu’on en garde. On aime la façon dont les maux guérissent sur The Cure Comes With Complications. 

A Heartbreaking album est juste un album de plus dans l’étrange entreprise discographique de Babybird. Il a été recouvert deux semaines après sa sortie par un nouveau disque, chanté celui-ci, et baptisé To Express Happiness Without Sarcasm Is Impossible, qui est composé de 3 CDs et de plus de 30 chansons. Celui-ci a été composé en une journée. L’autre probablement sur quelques semaines. Les disques vont et viennent. C’est la vie d’un artiste qui passe devant nos yeux. Les bonnes inspirations, les grandes chansons, les miniatures, celles qu’on aime moins. On les écoute. Elles passent. Elles restent. On s’en souvient tout le temps un peu. Le miracle de la pop est sous nos yeux. Stephen Jones met en scène son pouvoir instantané brique après brique. On ne sait pas du tout qui a le pouvoir de dire ce qui doit rester ou pas, ce qu’on doit retenir ou ignorer.

Tracklist
01. The Big C
02. Heart Disease
03. Diabetes
04. Shingles
05. Menieres
06. Stroke
07. Morphine
08. Tiger Penis
09. Malaria
10. The Cure Comes With Complications
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