The Chemical Brothers / Born in the Echoes [Virgin EMI]

The Chemical Brothers / Born in the EchoesTemps pluvieux pour les formations précurseurs de l’électro 90’s : pendant que le retour de Leftfield n’a guère intéressé grand monde et que le dernier Prodigy voit Liam Howlett recycler ad vitam aeternam les infrabasses de Firestarter, la paire Ed Simons / Tom Rowlands joue au poker avec un huitième album façon recyclage.

Difficile d’être méchant avec Ed et Tom. D’une part car leurs trois premiers albums (et particulièrement le séminal Exit Planet Dust) furent des bornes, des repères pour les adolescents festifs que nous étions alors (et cela compte beaucoup, la nostalgie). Ensuite car, plutôt qu’un best of destiné à faire tourner les Chemical Brothers dans les plus grands festivals d’été, le duo prend le risque de « l’album de trop ». Sur ce dernier point, Born in the Echoes (Virgin EMI) n’est pas un disque honteux. Gageons cependant que la prochaine rentrée effacera définitivement des mémoires ces onze nouveaux titres (quinze dans la version deluxe) dont l’écho vire à la sourdine.

La recette Chemical ne changera plus, trop tard. Voire même : il y a maintenant chez les mancuniens un bricolage copier / coller qui plaisait sur l’excellent Further mais qui, en 2015, renvoie à leur gloire passée, à un savoir-faire basé sur la sempiternelle jonction entre descentes et montées, extases et accalmies, clubbing et dreaming. Et à moins de n’écouter Born in the Echoes que sous le seul angle du regard rétrospectif (beaucoup de titres, effectivement, donnent aujourd’hui l’impression que les Chemical s’amusent à piocher dans leur propre répertoire), force est de constater que l’orage est dorénavant mécanique, le sentier peu glorieux.

Dans cette marmite assez bordélique dans laquelle s’entrecroisent aussi bien Cate Le Bon (souple et simple Born in the Echoes), Beck (Wide Open, épouvantable sirop pour la toux) que Q-Tip (qui assure sur Go, titre parfait dans ses couplets mais indéfendable lorsque débarque le refrain), Ed et Tom misent sur l’aspect technique au détriment du songwriting. Car, jusqu’à présent, les Chemical Brothers réussissaient à en foutre plein les oreilles tout en imposant un don d’écriture, une aliénation pop / house qui les plaçait en tant que furieux descendants de Blue Monday et Confusion ; ceci doté d’une extravagance rock pas si répandue dans l’électro d’antan (seul Goldie, qui partagea avec Ed et Tom les grattes et le chant de Noel Gallagher). Dommage collatéral : dans Born in the Echoes, plutôt que d’entendre la table de mixage, l’auditeur la visualise ; au lieu de frémir et partir en vrille, cette musique suinte à présent la réflexion, le gros son désincarné.

Mais peut-être le relatif échec de ce huitième album doit-il moins à l’inspiration bérézina qu’à l’actualité électronique ? Car face aux récentes sorties de Blanck Mass et Ichliebelove (sans même parler du Lost Tracks Vol. 1 de Miss Kittin & The Hacker), le retour des Chemical Brothers fait un peu sourire ; sans méchanceté aucune donc, mais avec la conscience d’un album déphasé car souvent à la ramasse de l’époque.

Tracklist
01. Sometimes I Feel So Deserted
02. Go [ft. Q-Tip] 03. Under Neon Lights [ft. St. Vincent] 04. EML Ritual [ft. Ali Love] 05. I’ll See You There
06. Just Bang
07. Reflexion
08. Taste Of Honey
09. Born In The Echoes [ft. Cate Le Bon] 10. Radiate
11. Wide Open [ft. Beck]
Écouter The Chemical Brothers - Born in the Echoes

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